Une Eglise qui ne juge plus, vraiment ?

(Le procès du cadavre du pape Formose par Etienne VI, d’après Jean-Paul Laurens, 1870)

En première place de la compilation des stupidités qui sont venues ternir le déroulement du dernier synode, cette petite rengaine est celle que l’on a eu le loisir d’entendre le plus souvent : « nous sommes contre une Eglise qui juge » ; avec ses variantes : « L’Eglise désormais ne jugera plus »  ; « Nous inaugurons le temps d’une Eglise qui ne juge plus » ; « Nous arrivons à une nouvelle Eglise, qui ne sera plus dans le jugement ».

Que c’est gentil ! Que c’est mignon ! Que c’est bête !

La plupart des journalistes y sont allés de leur petit commentaire mielleux, y compris des vaticanistes chevronnés, au risque d’oublier le sens même du mot jugement, qui consiste à porter un avis, positif ou négatif, afin de qualifier un fait, une personne ou une situation. Sans jugement, il n’y a plus aucune qualification possible, c’est l’encéphalogramme plat de l’intelligence. 

En outre, le synode et le motu proprio qui l’a précédé de peu sur les procédures de déclaration de nullité de mariage ont, au contraire, renforcé l’importance du jugement, afin de dégager des solutions stables et positives, pour les fidèles et l’Eglise. Un jugement n’est heureusement pas toujours négatif, et l’Eglise n’est pas, n’a jamais été, une mère fouettarde.
Lorsque le motu proprio organise la procédure au niveau des officialités diocésaines et diminue le travail de la rote, il augmente le pouvoir de jugement de l’évêque, et il exige non seulement un jugement, mais qui plus est efficace et rapide, afin de déblayer des situations humaines extrêmement douloureuses.
Lorsque le synode appelle les divorcés-remariés à discerner leur situation au for interne avec un prêtre, qu’est-ce que cela signifie d’autre que de porter un jugement sur une situation de vie, en demandant aux personnes concernées d’établir ce qu’il y a de vrai et de faux dans celle-ci ? En outre, le for interne avec un prêtre, ce n’est pas autre chose que l’entretien spirituel et la confession, à l’issue de laquelle un jugement est émis. Le prêtre donne son opinion au nom de Dieu, dégage ce qui est un péché et ce qui ne l’est pas, il demande au pécheur de faire acte de contrition, donne son absolution et l’assortit d’une pénitence. Nous sommes complètement dans le jugement !

D’ailleurs, le pape François qui, depuis son élection, a tant insisté sur le péché et le combat spirituel, ne fait pas autre chose que d’exiger le jugement des fidèles sur leur propre vie, et le jugement par l’Eglise, avec la confession et l’accompagnement spirituel.

Sans jugement, plus de discernement.

Si l’Eglise ne juge plus, c’est soit qu’elle n’existe plus, soit que les fidèles sont tous morts et ont dépassé l’âge du jugement, soit que les temps derniers sont accomplis. Ou bien… on n’ose imaginer la dernière hypothèse… S’il n’y a pas besoin de juger, et donc de discerner, c’est qu’il n’y a pas de péché. Mais alors ?… s’il n’y a pas de péché, qu’avons-nous besoin de la grâce ? Mais cela n’a pas de sens ! C’est toute l’histoire du salut qui devient caduque, tout l’histoire sainte qui n’est plus qu’une amusante momerie, et le ciel qui se vide de la présence de Dieu. Plus de péché, plus de grâce, plus de Christ non plus alors, et tout ce fatras n’a plus de sens. Est-ce cela que voulaient ceux qui ont proclamé à l’envie que l’Eglise ne jugeait plus ? Si oui, il est temps de tomber le masque et de faire profession d’athéisme, alors le débat changera de nature. Si non, alors il faut réviser vos… jugements…

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