Existe-t-il une pédagogie chrétienne ?

Ce texte a été publié dans le numéro 68 de la revue Liberté politique, pour le dossier consacré à l’Ecole. Ce numéro est actuellement en vente sur le site de Liberté politique.

Les écoles, les familles, les mouvements de jeunesse, l’Église elle-même parlent volontiers d’une éducation chrétienne, c’est-à-dire une formation intégrale de la personne, dans tous ses aspects, à la lumière de l’Évangile, devant contribuer à préparer des hommes et des femmes libres, disciples joyeux de Jésus Christ. Mais de pédagogie il est moins souvent question, quoiqu’on évoque volontiers la pédagogie de Dieu dans la manière dont le Créateur amène peu à peu son peuple à la Révélation complète, au long de l’Histoire sainte. Ce point est essentiel ; on parle bien de manière de faire.

En effet, la pédagogie, terme polysémique, peut être à la fois comprise comme synonyme de l’éducation, donc enseignement complet, et comme manière d’instruire, en somme comme méthode. Le dictionnaire de l’Académie française, dans sa neuvième édition, la définit, pour l’instruction et l’éducation des enfants comme « l’ensemble de procédés employés pour les instruire et les former en fonction de certaines fins morales et sociales ». Mais aussi, en deuxième sens possible, voisin, comme une « discipline théorique visant à définir des méthodes d’enseignement, à déterminer de nouvelles pratiques éducatives ». La pédagogie, lorsqu’elle est distinguée de l’éducation, est donc avant tout une manière de faire et d’être qui s’inscrit dans une démarche éducative dont elle est une part.

Ce premier point établi on peut plus aisément se demander s’il y a une pédagogie chrétienne. Le chrétien se revendiquant disciple de Jésus Christ, il est raisonnable de considérer le Verbe de Dieu comme le socle de la pédagogie. C’est à son exemple et son imitation que le pédagogue chrétien peut le plus raisonnablement agir. Lire la suite

Connaître l’islam pour dialoguer et évangéliser

 

L’été dernier, errant dans les rues de Vannes, votre serviteur acheta, au comptoir d’une librairie catholique, ce petit hors-série du magazine « Famille chrétienne », au titre évocateur ; « Connaître l’islam pour dialoguer et évangéliser ». La couleur était clairement annoncée, il s’agissait de se connaître pour mieux se comprendre, avec en finalité l’annonce sereine de Jésus Christ.

Cet ouvrage, hélas ! Regagna vite et sagement les rayonnages de la bibliothèque familiale, où il prit la poussière quelques temps, avant que les récents événements ne poussent la main curieuse de l’auteur de ces lignes à le reprendre. Lire la suite

Saint Colomban, l’Europe venue d’Irlande

Cet article a été initialement publié pour l’excellent site de Liberté politique, à lire et soutenir.

Le 21 novembre 615, au fond d’une grotte obscure près du monastère de Bobbio, dans le nord de l’Italie, s’éteignait en ermite le plus grand fondateur de monastères du VIIe siècle, saint Colomban. La règle qu’il avait imposée à ses maisons religieuses et qui se répandait alors dans toute la chrétienté latine allait permettre d’unifier l’univers monastique européen. De ces monastères rejaillissaient la civilisation, sous la plume des moines et par la force de leurs bras. Lire la suite

11 novembre 1215 : Latran IV… et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle

(Fresque représentant le pape Innocent III)

Cet article a été initialement publié pour l’excellent site de Liberté politique, à lire et soutenir.

La chrétienté du XIIe siècle finissant se vautrait dans les hérésies, la débauche du clergé, les divisions politiques. En période de trouble, le successeur de Pierre est toujours un recours. Le concile de Latran IV, sous la poigne de fer du jeune pape Innocent III, allait recadrer le fonctionnement de l’Église selon des règles toujours en vigueur. Lire la suite

Une Eglise qui ne juge plus, vraiment ?

(Le procès du cadavre du pape Formose par Etienne VI, d’après Jean-Paul Laurens, 1870)

En première place de la compilation des stupidités qui sont venues ternir le déroulement du dernier synode, cette petite rengaine est celle que l’on a eu le loisir d’entendre le plus souvent : « nous sommes contre une Eglise qui juge » ; avec ses variantes : « L’Eglise désormais ne jugera plus »  ; « Nous inaugurons le temps d’une Eglise qui ne juge plus » ; « Nous arrivons à une nouvelle Eglise, qui ne sera plus dans le jugement ».

Que c’est gentil ! Que c’est mignon ! Que c’est bête !

La plupart des journalistes y sont allés de leur petit commentaire mielleux, y compris des vaticanistes chevronnés, au risque d’oublier le sens même du mot jugement, qui consiste à porter un avis, positif ou négatif, afin de qualifier un fait, une personne ou une situation. Sans jugement, il n’y a plus aucune qualification possible, c’est l’encéphalogramme plat de l’intelligence.  Lire la suite

Sub Petro et cum Petro

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(La remise des clefs à Saint-Pierre, par Le Pérugin)

Les moulins à parole n’ont pas fini de fonctionner au sujet du synode sur la famille qui vient de se clôturer. Le texte est assez évasif dans certaines de ses formulations pour laisser libre court à toutes les interprétations et à l’expression de toutes les tendances, de l’extrême rigueur jusqu’à l’apostasie.

Tout le monde y va de son commentaire et trouve midi à sa porte. Chers lecteurs, ce n’est pas des conclusions du synode que votre serviteur vous entretiendra. Il y a bien assez de canonistes, de moralistes, de théologiens et de journalistes soi-disant spécialisés pour le faire, et ils ne s’en privent pas. S’il ne fallait lire qu’un seul résumé des conclusions du synode, nous vous conseillerions celui donné par Jeanne Smits, la seule à avoir dépassé la question des divorcés remariés pour livrer un commentaire intégral du texte, même succinct. La seule, enfin, qui ne crie ni défaite, ni victoire, et ne tire par la couverture à elle. Lisez et faites lire l’article de Jeanne Smits sur le synode.

Il y a par contre un sujet dont personne ne parlera, alors qu’il est, sans doute, le plus lourd de conséquences ; c’est la conversion des cœurs. Lire la suite

8 octobre 415 : Sainte-Sophie, témoin de l’histoire mouvementée de l’Orient chrétien


(Justinien présente la basilique à Notre-Dame, Constantin présente la ville)

Cet article a été publié, initialement, sur l’excellent site de Liberté politique, à lire et à soutenir.

La consécration de la seconde basilique Sainte-Sophie, le 8 octobre 415 à Constantinople, n’est pas en elle-même un événement. Il ne s’agit que de la deuxième basilique sur trois, et celle qui est offerte aux regards actuels fut consacrée en 537 par l’empereur Justinien dont nous connaissons la maxime ambiguë et orgueilleuse : « Gloire à Dieu qui m’a jugé digne d’achever un si grand ouvrage ! Ô Salomon ! Je t’ai vaincu ! » Pourtant, se souvenir de la consécration de ce second édifice n’est pas tout à fait inutile. Elle est un jalon, un témoin de l’histoire mouvementée de l’Orient chrétien, héritier direct de l’Empire. Lire la suite