Frédégonde, reine de France


(La reine Frédégonde visite l’évêque Prétextat, mourant, dont elle a ordonné l’assassinat peu auparavant ; par Lawrence Alma Tadema)

Voici un premier billet sur les reines mérovingiennes. D’autres suivront, à intervalle irrégulier, sur ces souveraines méconnues et qui pourtant contribuèrent, au côté de leurs époux, à faire la France.

Il n’y a pas de reine plus infâme, dans la mémoire française, que Frédégonde ! Née vers 543, on ignore son origine. Les chroniqueurs en firent une fille de ferme. Chilpéric Ier, petit-fils de Clovis, régnait sur le nord de la France, autour de Soissons. Sa première épouse, Audowère, avait pris Frédégonde dans sa suite, à cause de sa beauté. Mais Chilpéric, souverain libidineux et insatiable, eut tôt fait de la placer dans son lit. L’élue se mua en intrigante. Elle voulait être reine. Avec la complicité d’un évêque de la cour, elle obtint la répudiation d’Audowère, peu après la naissance de sa dernière née, Basine. Elles furent enfermées en couvent, tandis que restaient ses trois fils, Thibert, Mérovée et Clovis.

Mais Chilpéric, jaloux de ce que son frère Sigebert, roi en Austrasie, dans l’est de la France, ait accompli un magnifique mariage avec la princesse wisigothe espagnole Brunehaut, contracta union avec la sœur de celle-ci, Galswinthe. Le roi Athanagild accepta à condition que son futur gendre renvoyât ses concubines. Chilpéric congédia Frédégonde. Mais elle avait obtenu de servir dans l’une des villas du roi. C’est là que, peu de temps après le mariage, elle le séduisit de nouveau. Galswinthe, bafouée, était prête à abandonner son douaire, contre son renvoi en Espagne. Chilpéric supplia, elle resta. Frédégonde ne l’entendait pas ainsi. Un soir de 568, elle la fit étrangler dans son sommeil. Veuf, Chilpéric épousa sa maîtresse en justes noces…

Ce drâme domestique plongea les Francs dans la guerre civile. Sigebert, allié à son troisième frère Gontran, roi de Bourgogne, exigea réparation au nom de Brunehaut. La guerre fut courte. En 569, Sigebert récupérait les villes données jadis à Galswinthe par Chilpéric.

Le couple infernal ne s’avoua pas vaincu. En 573, Chilpéric attaquait Sigebert. Thibert était tué au combat, ses armées vaincues tandis que Sigebert s’emparait de Paris. Mais Frédégonde arma deux aristocrates. Se faisant passer pour déserteurs, ils assassinèrent Sigebert. Son armée se débanda. Chilpéric, sauvé, s’empara de Brunehaut qu’il plaça sous la garde de Mérovée. Le fils de Brunehaut, Childebert, seul, avait échappé à la défaite.

La captive séduisit Mérovée qu’elle épousa malgré l’interdit religieux, avec l’accord de l’évêque de Rouen, Prétextat, ennemi personnel de Frédégonde. Mérovée allait affronter Chilpéric. Brunehaut avait regagné son royaume. Mais Frédégonde, obnubilée par la succession de la descendance qu’elle avait eu de son époux, ruminait ses vengeances. Mérovée fut assassiné en 577. Clovis le suivit de peu, puis l’innocente Audowère, recluse dans son couvent. Basine seule échappa. Frédégonde avait perdu ses trois garçons en 580, d’une épidémie. Elle croyait à une malédiction divine pour ses forfaits. Mais en 584 naissait le futur Clotaire II. L’avenir était assuré. Chilpéric fut assassiné à ce moment, pense-t-on toujours par Frédégonde pour couvrir un adultère…

Privée de son protecteur, mais régente au nom de son fils, la reine se préserva en faisant tuer Prétextat, puis Childebert en 595. Seule demeurait Brunehaut, vaincue, régente pour ses petits-fils. Frédégonde n’eut pas le temps d’achever son œuvre et mourut dans son lit, en 597, laissant à Clotaire II le soin d’y veiller…

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Connaître l’islam pour dialoguer et évangéliser

 

L’été dernier, errant dans les rues de Vannes, votre serviteur acheta, au comptoir d’une librairie catholique, ce petit hors-série du magazine « Famille chrétienne », au titre évocateur ; « Connaître l’islam pour dialoguer et évangéliser ». La couleur était clairement annoncée, il s’agissait de se connaître pour mieux se comprendre, avec en finalité l’annonce sereine de Jésus Christ.

Cet ouvrage, hélas ! Regagna vite et sagement les rayonnages de la bibliothèque familiale, où il prit la poussière quelques temps, avant que les récents événements ne poussent la main curieuse de l’auteur de ces lignes à le reprendre. Lire la suite

Limite : Une revue pour les enfants d’Antigone

(L’arrestation d’Antigone)

Cet article a été initialement publié pour l’excellent site de Liberté politique, à lire et soutenir.

Au début du cet automne 2015 est apparu le dernier né de la presse chrétienne, la revue trimestrielle d’écologie intégrale Limite. Une initiative courageuse et novatrice, dont les multiples filiations dessinent peut-être le destin…

C’EST UN BEAU DEFI pour les éditions du Cerf et ce groupe de jeunes rédacteurs d’un âge moyen de vingt-cinq ans de se lancer dans un projet de publication imprimée, à l’heure où tout le monde prétend que le papier est sur le déclin. Défi relevé et pari remporté, la revue a dû lancer un second tirage pour répondre aux demandes de son lectorat.

À l’exception de l’article mal informé et mal rédigé du quotidien Libération, les médias ont bien et largement relayé le lancement de la revue. Tant mieux. Cela est à la fois l’effet du talent de ces jeunes plumes, de la réponse qu’ils offrent à une réelle attente dans le monde éditorial chrétien, et à l’appui tout à fait opportun d’un bon réseau d’hommes de lettres bienveillants. Issus du sérail des défuntes revues Réaction et Immédiatement, anciens pour la plupart de la génération militante d’Action française des années 1980, le christianisme marqué au fer de Bernanos et de Péguy leur est parfaitement familier, et ils se passionnent pour les modèles alternatifs, l’écologie, les questions de croissance et de décroissance… Limite était pour eux !

Est-ce-là le « code ADN » de nos nouveaux amis ? On a lu que notre jeune consœur faisait bouger les lignes, qu’elle entérinait une profonde évolution dans le monde chrétien français en ouvrant la brèche de l’écologisme intégral et de l’antilibéralisme. On a lu aussi que ce serait le cache-sexe d’une chrétienté droitarde et conservatrice, faussement convertie à un vernis d’écologisme. Fausses routes ! Lire la suite

Cathoscopie

Il y a quelques années, en 2013, votre serviteur s’était livré à une étude sociologique sur les catholiques en France, qui avait donné lieu à une conférence durant un colloque organisé à l’institut catholique de Lille sur le thème ; Où sont passés les catholiques ?

Par la suite, cette étude s’était étoffée, jusqu’à devenir un petit livre regroupant une première partie sur l’histoire de l’évangélisation en France des premiers siècles de l’Eglise jusqu’à la fin du XIXe siècle ; une seconde partie d’étude sur le peuple catholique français actuel ; enfin une troisième de réflexions plus personnelles, et thématiques, sur la place des laïcs dans l’Eglise en France, sur le rôle des intellectuels chrétiens, etc.

La partie plus purement sociologique s’appuyait essentiellement sur les études d’opinion réalisées par IPSOS, TNS Sofres et BVA de 1987 à 2013, le guide annuel de l’Eglise de France, publié par la Conférence des évêques, les ouvrages de Danièle Hervieu-Léger et Denis Pelletier sur l’histoire contemporaine et la sociologie du catholicisme français.

Chaque chapitre se terminait par des conseils bibliographiques pour aller plus loin, l’ensemble dépassant à peine la centaine de pages, afin de rester dans un format agréable et accessible.

Les aléas de l’existence n’ont pas permis à votre serviteur de porter ce projet jusqu’à l’édition. Depuis, d’autres projets d’écriture l’ont accaparé. Mais considérant qu’il serait dommage de garder ce petit essai sous le boisseau, vous en trouverez, ci-après, une version pdf, en espérant qu’elle vous soutiendra dans votre réflexion chrétienne pour l’Eglise de demain.

Bonne lecture !

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Programmes d’histoire : la descente aux enfers de la déconstruction

Cet article a été initialement publié sur l’excellent site de Liberté politique, à lire et soutenir.

Les réformes des programmes d’histoire au collège se suivent et se ressemblent, accélérant la déconstruction, selon la logique des thèmes, idéologiquement sélectionnés. Professeur d’histoire, l’auteur explique comment, « en France, c’est une vieille mode que d’utiliser l’histoire à des fins politiques ».

DÈS LEUR ANNONCE, les projets de nouveaux programmes d’histoire et de géographie au collège n’ont pas cessé de susciter la polémique dans l’opposition conservatrice et libérale, mais également à gauche.

On accuse le ministre de l’Éducation nationale de vouloir brader l’histoire, de détruire la chronologie, de préparer une génération d’incultes privés d’identité nationale, de minorer les hauts faits du passé de la France pour mettre en avant les « heures sombres » prétextes à l’auto-flagellation. Enfin, on l’accuse d’abîmer la jeunesse par pure idéologie. Le ministre dénonce l’exagération et présente le retour de la chronologie dans une histoire jadis enseignée sous des angles excessivement thématiques au détriment de la logique des époques. Qu’en est-il vraiment ? Lire la suite

Cinéma antimilitariste pour société militarisée Cinéma guerrier pour société démilitarisée ?


Cet article de votre serviteur a été publié initialement sur le site royaliste d’opinion et d’information Vexilla Galliae.

« J’ai glissé chef », répond avec ses yeux de cocker battu Jean Lefebvre, alias soldat Pitivier, à Pierre Mondy, dans le rôle de l’adjudant-chef Chaudard, au détour des nombreuses scènes bouffonnes de Mais où est donc passée la septième compagnie ?

Sortie en 1973, cette comédie burlesque sur la débâcle de 1940 peut être considérée, aujourd’hui, comme la quintessence du film de bidasses à tendance antimilitariste. Lire la suite

Pourquoi faire de la théologie ?

(La leçon de catéchisme. Jules-Alexis Muenier)

 

L’hebdomadaire l’Homme nouveau consacrait, cet été, un numéro à l’édition catholique. Au détour d’un entretien, le directeur du réseau La Procure, François Maillot, lâchait cet aveu terrible ; dans le religieux, ce qui marche, ce sont les témoignages et les livres de développement personnel. Hormis saint Augustin, la théologie se vend très mal, et plus spécialement la théologie fondamentale. Pour François Maillot, ce désintérêt est lié à une diminution inquiétante de la culture générale et de la culture catéchétique, qui rend les problématiques théologiques inintéressantes ou inintelligibles pour de nombreux lecteurs. Lire la suite