Maurras et l’Eglise

Non ! Il ne s’agit pas ici de faire encore une fois le procès des relations entre Maurras et l’Eglise. Il ne s’agit ni de dénoncer, ni de sauver le maître à penser de l’école d’Action française.

Les ouvrages sur les relations entre l’Action française et l’Eglise, et entre Charles Maurras et cette dernière, sont nombreux et documentés. Un billet de bloc notes ne saurait les remplacer.

Cependant, on a vu ressurgir, à l’occasion de plusieurs ouvrages récents, cette ritournelle selon laquelle Charles Maurras aurait eu de l’Eglise une vision utilitariste, faisant d’elle la gardienne de l’ordre social. En somme, elle aurait été le parfait opium du peuple, pour reprendre la phraséologie marxiste.

Ce sont ces affirmations récentes, venant d’auteurs et de commentateurs sans doute mal informés, qui nous font réagir. Lire la suite

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Mise au point : Le respect dû à l’Église et à ses ministres

La récente crise de confiance entre l’Église, en France, et certains de ses fidèles, autour de la question des migrants ou des signes visibles de la culture chrétienne a amené ces fidèles ou prétendus tels à utiliser, contre le pape, les évêques, les prêtres et l’Église elle-même, des propos d’injure ou de mépris que l’on se gardera bien de reproduire ici.

En général, ces ecclésiastiques, ou l’institution, étaient accusés de candeur, voire d’imbécilité quand ce n’était pas de collaboration active avec l’ennemi.

Devant un problème d’ordre politique, ces fidèles ont, en somme, perdu la tête, portant leurs accusations contre les personnes représentantes du culte. Certes, elles étaient insultées à cause de ces questions politiques. Mais elles l’étaient sans justement préciser cette nuance.

Concernant notamment le pape François, c’est toute sa personne qui a fait l’objet d’injures de la part de catholiques qui, ce jour-là, ont montré les limites de leur foi…

Non pas que leur foi doive porter sur le pape. Mais le pape, celui-ci comme ses prédécesseurs, représente une institution et est le serviteur d’un Dieu qu’ils affirment adorer. Où est l’adoration s’ils ne sont pas capables du respect le plus élémentaire envers la personne du souverain pontife servant ce Dieu ?

On a vu une association dite catholique proposer au vote de ses sympathisants une phrase du pape, livrée aux rires et aux moqueries car considérée comme relayant l’une des plus grosses imbécilités de l’année sur l’islam.

Quel est cet état d’esprit qui consiste à traîner dans la boue le vicaire du Christ ?

Enfin, pour ces gens qui se disent chrétiens, critiquer, moquer et traiter par l’ironie la personne du pape et son enseignement, c’est insulter l’Église et surtout c’est insulter Jésus Christ lui-même en oubliant que chacun, Pape ou gueux, nous sommes des enfants du Bon Dieu, créés à son image et sa ressemblance.

Comment défendre la culture chrétienne ? Comment défendre la France chrétienne ? Lorsqu’on n’est pas capable, soi-même, de cette rectitude morale qui consiste parfois à se taire et endurer la contrariété, parce que l’homme que l’on voudrait attaquer est notre prochain, parce qu’il est le représentant d’une institution dont on sait qu’elle est le canal du salut.

Il devrait y avoir matière à réfléchir ici. En tout cas il est sûr que ceux qui, actuellement, s’injurient et injurient les ecclésiastiques ne sauraient être considérés comme des chrétiens en bonne santé, ni comme des Français civilisés, mais plutôt comme des chrétiens malades et des Français ensauvagés.

Espérons que la paix et le bon sens reprendront au plus vite leurs droits.

Mise au point : Le discours anti-élite, un outil récurrent des nouveaux polémistes

Depuis que la polémique a été ouverte entre Erwan Le Mordehec et ses contradicteurs, une accusation récurrente portée contre lui et ceux qui adhèrent à ses thèses est celle de l’appartenance à une élite sociale conservatrice, engoncée dans ses privilèges, coupée de la misère populaire et incapable de la comprendre.

Ce mépris pour une classe sociale dite bourgeoise, de la part de gens qui, pour la quasi-totalité d’entre eux, sont également de bons bourgeois, cela prête à sourire.

Cet amour du peuple, voire du populaire, et cette haine du bourgeois était jusqu’à présent l’apanage d’une certaine gauche républicaine. Le déclassement social et l’avachissement mental a déporté cette lubie à droite.

Le mécanisme n’est pas d’hier cependant, jusqu’à l’utilisation de ce concept fumeux de « peuple », utilisé au singulier, là où nos rois parlaient, avec plus de justesse des « peuples » au pluriel, refusant de réduire la complexité de leur société à un unitarisme abstrait.

L’historien Fustel de Coulanges, déjà, en son temps, fustigeait cette adoration du populaire, en ces termes, peu après la Commune, dont il avait été témoin :

« On n’a jamais dit au peuple ses vérités. Tous nos livres sont sévères pour les rois, pour les nobles, pour les prêtres. Ils ne sont indulgents que pour le peuple. On parle avec franchise à un roi ou à un empereur, et on lui dit ses fautes. On ne fait entendre au peuple que la langue de la flatterie et de l’obséquiosité. Le gouvernement le flatte, l’opposition le flatte, la presse le flatte, le théâtre le flatte. Nos auteurs comiques et nos romanciers ont jeté le ridicule sur les souverains, sur la noblesse, sur la bourgeoisie ; ils ont toujours respecté le peuple ; ils l’ont exalté, trompé, enivré.

Il existe en France et surtout à Paris une classe d’hommes qui s’intitule « le peuple ». Ils ne sont pas le peuple français ; ils sont simplement et par excellence « le peuple ». Les bourgeois en sont exclus, tous les ouvriers n’en sont pas ; les plus intelligents et les plus aisés restent en-dehors. Les conditions pour faire partie du « peuple » sont d’être pauvre, remuant, bruyant. A l’atelier, dans la boutique, on n’est pas peuple ; on n’est peuple que dans la rue ou dans les clubs. Cinquante désœuvrés en blouse forment le peuple. Ce peuple a de grandes prétentions ; il se croit le droit d’installer un gouvernement sans consulter le peuple français pour lequel il a un souverain mépris. Ce peuple n’est pas toujours républicain, il crie souvent vive le roi et acclame souvent un empereur. Mais il se croit toujours au-dessus des empereurs, des rois, et même de la république. République, rois et empereurs sont également tenus de le flatter et de lui dire qu’il est héroïque. Il rapporte tout à lui et il importe de lui faire croire que tout ce qu’on fait est dans l’intérêt du « peuple. » Il est au-dessus des lois. Il ne permet pas qu’on emprisonne un des siens ; mais lui, il fait, de son seul droit, des arrestations, emprisonnements, fusillades ; et très sincèrement il croit que tout cela lui est permis. Une condamnation permise par des magistrats après un long examen et une défense contradictoire, lui paraît un crime ; fusiller un magistrat au coin d’une rue ou dans une prison, pourvu que les fusilleurs soient en blouse, « c’est la justice du peuple ». On croirait que ce peuple est une démocratie ; non ; le « peuple » est fier et hautain. Il se croit fort supérieur aux bourgeois ; il est d’une autre caste, d’un autre sang ; les bourgeois et les riches sont des êtres vils qu’il méprise. Non seulement il ne cède pas le haut du pavé, mais il prétend qu’on le lui cède. Non seulement il ne souffre pas qu’on lui parle avec dédain ; c’est lui qui est dédaigneux, c’est lui qui cherche à vous écraser et à vous humilier. On est tenté de lui dire : « n’oubliez donc pas que je suis votre égal ». Il a une démarche, un regard, un ton qu’il croit nobles. C’est une noblesse étrange, dont l’orgueil est mêlé d’envie. Le « peuple » de Paris est grossièrement aristocrate. »

Toute la citation de Fustel de Coulanges ne correspond pas à notre problématique, mais il nous a semblé utile de la conserver en son entier tant elle sonne vrai.

Le mécanisme qui consiste aujourd’hui, chez certains catholiques, à se réclamer du peuple ou à se dire défenseurs du peuple, contre une élite méprisable, est le même qu’en 1870.

Dans un cas comme dans l’autre, c’est une manière d’oublier que nous formons une seule nation, composée de différents états et classes dont chacun est indispensable au bon fonctionnement de l’ensemble, dont aucun n’assure la prééminence absolue, ni ne doit être considéré comme méprisable, et dont aucun ne saurait être retranché. Si le bourgeois ne connaît pas véritablement les préoccupations du populaire et serait bien en peine d’assumer ses tâches, on pourrait retourner le compliment à l’autre groupe, et jeter à la face de son contradicteur son milieu est une d’une vulgarité toute imbécile.

En vérité c’est un acte profondément anti-français et non-chrétien, oubliant que chacun, à sa place, à sa part de l’ouvrage et que pour une société équilibrée il faut autant des banquiers d’affaires que des éleveurs de moutons.

Un gestionnaire de patrimoine ne pourrait sans doute pas réaliser les branchements d’une installation électrique d’immeuble, mais l’électricien pourrait-il réaliser les montages financiers générant le bénéfice remplissant les livrets A des Français ?

Ce sont deux réalités différentes, qui se méconnaissent l’une l’autre, mais qui sont également utiles à la vie française. Il n’y a pas d’un côté le vrai peuple et de l’autre le peuple déconnecté du réel. En outre, le milieu social n’est en aucun cas un argument pour interdire tel ou tel à s’exprimer. Enfin, on le sait, nombreux sont les hommes qui, par leur engagement social, transcendent les milieux et plongent les mains dans la pâte des événements, afin de venir en aide à leur prochain, qu’il fut riche ou pauvre.

Mise au point : Le principe évangélique peut-il fonder une politique ?


(La Madeleine, chez le Pharisien, Jean Béraud, 1891)

D’après Laurent Dandrieu, journaliste chez Valeurs actuelles et auteur de Eglise et immigration, le grand malaise, « les principes évangéliques ne fondent pas une politique, quoi qu’en disent les évêques de France, qui trop souvent limitent le débat au martèlement de cette seule phrase [« J’étais étranger et vous m’avez accueilli ».]. De la même manière, « tendre la joue gauche », c’est un chemin de sainteté, mais en aucune façon un moyen de répondre à la violence islamiste quand elle menace la société dans son ensemble ». (entretien donné dans La Croix)

Les papes et le catéchisme de l’Église catholique, cités en appui de la démonstration de Laurent Dandrieu un peu plus haut dans son propos, apprécieront sans doute ce reniement, tout comme saint Louis, qui fut homme d’État et homme de foi goûtera, de là où il se trouve, cette manière toute utilitariste et matérialiste d’utiliser une valeur contre une autre au rythme des besoins politiques du moment.

Cependant, n’en déplaise à l’auteur de ces mots, les principes évangéliques sont la fondation de toute la doctrine sociale de l’Église, de l’action politique et sociale de celle-ci depuis vingt siècles, et de l’action de gouvernement des hommes d’État européens des siècles passés.

Etaient-ils naïfs ? L’Evangile faisait-il d’eux des agneaux bêlants ?

S’il y a de la candeur ou de l’angélisme chez certains prélats du XXIe siècle, ce qui reste par ailleurs à prouver, ce n’est certainement pas la parole de Dieu, qu’elle soit vétéro ou néo testamentaire, qui peut être mise en cause.

L’expérience de deux milénaires montre le contraire.

S’il fallait des preuves, que l’on se souvienne que La Cité de Dieu de saint Augustin était le livre de chevet des fonctionnaires de la chancellerie carolingienne, que c’est au chant des psaumes que Philippe Auguste livra la bataille de Bouvines, que c’est au nom du Christ que toujours saint Louis gouverna.

Faut-il se rappeler que les juges du Parlement de Paris sous Charles V avaient coutume de se confesser, d’ouïr la messe et de communier avant de rendre la justice ?

Louis XIV assistait à la messe chaque jour.

Combien d’évêques siégèrent dans les conseils des rois de Clovis à Louis XVI ? Au moins un par règne et souvent bien plus.

Non seulement la parole biblique et le principe évangélique étaient présents dans les esprits des gouvernants, mais ils étaient traduits en actes par la vie de prière et sacramentelle. Ne pas croire que cela était au soubassement de la politique de ces gens pour lesquels le salut éternel était La question majeure, c’est commettre une erreur grossière.

M. Dandrieu est trop fin amateur d’histoire pour ne pas savoir cela, et dès lors, son propos est sans doute une maladresse.

Mais cette maladresse est révélatrice de tout un courant de pensée qui aime l’Église pour sa hiérarchie, ses ornements, ses palais, son droit, en somme son héritage romain, mais en considérant avec plus de suspicion ce qui fait la vie de cet apparat et lui donne son sens ; la parole même de Dieu.

Cette parole non seulement peut fonder une politique, mais elle le doit.

Comment pourrait-on dénier au Verbe créateur la puissance politique ?

Non pas qu’il faille confondre tous les genres, mais on ne saurait imaginer un croyant sincère vivant de l’évangile en privé et gouvernant comme s’il n’était pas le coeur de sa vie en public.

Dès lors, l’angélisme de certains n’est certainement pas lié au principe évangélique mais à sa mauvaise compréhension ou à des déviances qui font oublier que l’amour inconditionnel est pour tous, pour les nôtres et les autres, et pas seulement pour les autres…

Attaquer l’un à cause de la détestation que l’on a pour les prises de position de l’autre, c’est se tromper et tromper ses lecteurs.

Mise au point : La convergence des luttes entre chrétiens et païens


(L’Eglise apparaissant aux druides ; Caspar David Friedrich, 1820)

Chez certains catholiques, de plus en plus nombreux, se sentant menacés par la montée de l’islamisme, l’immigration extra-européenne qu’elle soit musulmane ou chrétienne, et par le relativisme de leurs compatriotes, la tentation est née de se rapprocher des milieux païens issus de la droite nationaliste, au nom d’une prétendue convergence des luttes pour la défense de la civilisation française.

En somme, catholiques et païens se retrouveraient face à un ennemi commun.

Mais il faut s’entendre sur les termes ; s’il s’agit de défendre la France, ce n’est certainement pas en tant que catholique ou que païen qu’ils agissent, mais en tant que Français.

La France est, pour ces deux groupes, un bien commun. Mais à vrai dire, elle est le bien commun de tout citoyen français, et sa défense ne devrait pas connaître de parti. Le simple fait d’établir cette « convergence », pour sympathique qu’il semblerait, est en fait une exclusion de ceux qui ne se sentent ni de l’un, ni de l’autre groupe, et qui pourtant aiment la France. C’est aussi s’enfermer dans un esprit de parti, de groupe, alors que la promotion et défense de la France est l’affaire de tous sans exception. Que certains ne poursuivent pas ce but ne doit pas les faire désigner à la vindicte, ni exclure de la communauté nationale. Ils doivent être convaincus de leur erreur, car ils partagent avec les autres ce bien qui est la France et il est dommageable à tous (eux comme les autres) qu’ils concourent à son amoindrissement.

Il est vrai cependant que ce souci du bien commun et cet amour de la patrie sont considérés comme des vertus par l’Église, mais des vertus naturelles que le chrétien comme homme doit cultiver.

Par ailleurs, qui sont ces païens ? La difficulté qu’eux-mêmes ont à se définir, et par ailleurs la sympathie de certains de leurs groupes pour des doctrines fascistes ou national-socialistes fermement condamnées par l’Église comme ennemies de la foi doit amener à considérer l’idée d’une coopération dans la lutte de mouvement à mouvement avec la plus extrême prudence.

La coopération ne peut s’envisager sereinement qu’au cas par cas, avec toujours présent à l’esprit l’objectif de défense de ce bien commun et non d‘une chasse gardée que serait la France.

Le risque d’une coopération sans discernement est la progression du relativisme religieux, amenant à considérer ces groupes non-chrétiens, voire anti-chrétiens (considérant l’Église comme traîtresse et Jésus Christ avec suspicion.) comme valant parfaitement le christianisme, confondant ici une proximité de circonstance pour la défense de la France, avec une divergence de nature entre ceux qui vivent de la foi et ceux qui n’en vivent pas.

Cette question de la convergence est aussi valable pour tous les autres cas de figure politique. Ce qui doit toujours primer est le souci du bien commun, que ce soit dans l’action sociale, la recherche, la défense de la nature, la promotion de la famille ou de la vie humaine, etc. En aucun cas cet enjeu ne doit être perdu de vue au profit de rapprochements intégraux et par ailleurs contre-nature. Ceux-ci sont d’autant plus dangereux dans l’état de faiblesse numérique et morale où se trouve actuellement l’Église en France.

L’oubli de ces vérités risquerait ni plus ni moins de faire de nous de bons petits païens ; des adorateurs d’une tête d’âne…

Mise au point : La culture chrétienne


(La bénédiction des blés en Artois)

Depuis plusieurs semaines les médias catholiques sont traversés par une polémique autour de la sortie de deux livres aux thèses opposées ; Identitaire, le mauvais génie du christianisme, d’Erwan Le Mordehec et Eglise et immigration, le grand malaise, de Laurent Dandrieu. La querelle va son train et, comme lors d’un précédent billet, nous faisons le choix de ne pas nous en mêler directement, considérant que d’autres le font avec un talent bien plus certain.

Cependant, certains points récurrents des disputes en cours ont retenu notre attention et semblent nécessiter une mise au point en cinq petites notes, parfois un peu excédées, dont voici la première.

– Dans ce premier billet, nous traiterons la question suivante : La culture chrétienne est-elle en danger ?
– Puis nous aborderons la question de la convergence des luttes entre chrétiens et païens dans un second article;
– Avant de nous intéresser à une récente affirmation de Laurent Dandrieu, dans un récent entretien donné au journal La Croix. Pour lui, le principe évangélique ne saurait fonder une politique;
– Il sera temps, alors, de se pencher sur le discours anti-élites, outil rhétorique récurrent des catholiques identitaires dans leur charge défensive contre l’ouvrage d’Erwan Le Mordehec et de ses soutiens;
– Enfin, nous nous pencherons sur la question du respect dû à l’Église et à ses ministres sans aucune distinction.

La culture chrétienne est-elle en danger ?

Depuis quelques années se sont fondés des groupes de défense de l’identité chrétienne et française face aux attaques laïcistes et islamiques dans notre pays. Les deux plus anciens et plus connus sont l’AGRIF et L’Observatoire de la christianophobie, animés par des catholiques engagés et fervents. Leur objectif est clair, il s’agit de défendre une communauté et son patrimoine, son identité spécifique.

Fort bien.

Mais plus récemment, on a vu des personnalités politiques s’emparer de la question de la défense de la culture chrétienne face à ces deux menaces, l’une athée, l’autre religieuse. Notamment en 2015 et 2016, la présence de crèches de Noël dans les lieux publics fut l’occasion d’une mobilisation politique menée notamment par Robert Ménard, maire de Béziers, Marion Maréchal Le Pen, députée du Vaucluse, et Philippe de Villiers, devenu auteur à succès de livres historico-métapolitiques.

La crèche de Noël est devenue, à l’occasion de cette campagne, un élément inaliénable du patrimoine national, excusez du peu…

Mais la ruade des associations et de plusieurs politiques pour les crèches n’intervient pas à un moment anodin. La France fait face à un afflux de migrants clandestins inédit dans son histoire récente, subit la pression de la menace terroriste sur son sol, se bat hors des frontières en Afrique et au Proche-Orient, et prend enfin conscience, après des années de déni, de l’ampleur de l’islamisation de pans entiers de son territoire et de son peuple.

Dans un contexte de crise économique et sociale profonde, toute attaque contre ce qui est considéré comme un élément du patrimoine traditionnel de la nation est vécue comme un pas en avant vers la disparition. C’est en somme un sursaut pour la survie. Réjouissons-nous en, à condition que nous n’en restions pas à la défense des santons de Provence…

Ce réveil tardif doit nous interroger. En effet, dans les années passées, les atteintes à ce patrimoine chrétien n’étaient pas moins nombreuses. Dans les années 1980 et 1990, déjà, on chassait Saint-Nicolas des écoles publiques, on transformait les congés de Noël en congés de fin d’année, on retirait les crèches des expositions publiques dans les mairies ou les grands magasins, on interdisait aux cloches des églises de villages de sonner, on se scandalisait de la présence d’une religieuse en habit dans un jury de bac, en somme, on refusait à la chrétienté le droit de vivre publiquement.

Cela ne semblait pas beaucoup gêner ceux-là mêmes qui aujourd’hui montent au créneau. En somme, la culture chrétienne est leur bouclier contre la menace islamiste ou contre un laïcisme dont ils ont enfin perçu qu’il était leur ennemi.

Mais comment ces attaques furent-elles possibles durant toutes ces années ? Dans la France pré-révolutionnaire le catholicisme était religion d’État au milieu de l’approbation générale. Dans la France du XIXe siècle, on n’imaginait pas un autre statut que celui du concordat. En 1950 encore on bénissait les blés avant les moissons et on processionnait dans les rues, parfois autorités municipales en tête, les enfants jetant des pétales de fleurs alentour et la foule chantant « Mon Dieu sauvez la France au nom du Sacré-Coeur ». En une trentaine d’années le paysage a complètement changé. En une soixantaine d’années, le pays est devenu méconnaissable.

Ce n’est pas l’oeuvre d’un ennemi implacable. C’est simplement le résultat de la perte de la foi dans un peuple entier, pas à pas, en deux siècles (et l’on pourrait trouver des causes jusqu’à la Réforme et au jansénisme).

Si tous ces symboles de culture populaire chrétienne ont pu disparaître ou être remis en cause, c’est avant tout parce que le peuple dont ils étaient issus a perdu la foi religieuse. Ces symboles ont simplement perdu leur sens en même temps que les Français cessaient de pratiquer et de croire.

Devenus des choses mortes, ils se sont affadis et sont tombés un à un.

Ce point doit nous parler au tout premier chef ; défendre la culture chrétienne comme élément de l’identité française, c’est être le défenseur d’une chose morte et un adorateur de la patrie, pas de Dieu. Or, il y a ici une erreur manifeste.

La culture chrétienne est avant tout le produit d’un peuple chrétien, priant Dieu et espérant en lui. Ce peuple, inscrit dans une terre et une histoire a façonné la France. La culture du peuple français s’est attachée à cette terre et le christianisme de ce peuple a créé cette symbiose entre foi, culture et patrie. Mais que le peuple perde la foi et l’édifice s’effondre. C’est ce qui est arrivé.

Tout comme chez nos ancêtres celtes ou romains, leur culture païenne était l’expression profane de leur foi collective et personnelle en les dieux. Cette culture est entrée en mutation avec la christianisation de ces peuples. Leur déchristianisation récente a donné naissance à une nouvelle mutation culturelle.

Comprenons le bien ; il ne saurait y avoir de défense de la culture chrétienne s’il n’y a pas auparavant souci de répandre une foi chrétienne dont la culture est l’expression.

La crèche élément patrimonial vaut-elle la peine de se battre ? Qui voudrait mourir pour la colonade du Louvre ? Par contre la crèche expression de la foi populaire vécue vaut bien la peine de se battre, non pas pour elle, mais pour ce qu’elle représente, l’hommage des petites gens rendu à leur Dieu.

Tant que les choses n’auront pas été remises à l’endroit et que l’on ne dira pas ; priorité à la vie de la foi ; alors la sape continuera et les crispations des uns et des autres seront vouées à l’échec.

Des millions de Français placent la crèche dans leur salon avant Noël, font bénir leurs rameaux, baptiser leurs enfants, se marient à l’église, demandent des funérailles religieuses, fort bien ! Mais où sont-ils le reste du temps ? Il n’y a pas de reproche à leur faire, mais simplement un constat à dresser ; s’il n’y a plus la foi, eux et leur culture ne sont que l’aimable survivance d’une civilisation quasi-éteinte. C’est de là que tout repartira ; de l’amour de Dieu.

Koz : Savoir raison garder

Le 13 janvier sortira en librairie le dernier ouvrage du médiatique avocat maître Erwan Le Mordehec (connu aussi sous le nom du blogueur Koz Toujours), Identitaire, le mauvais génie du christianisme, aux éditions du Cerf.

L’ouvrage est-il bon ? Fera-t-il date ? Sera-t-il oublié dans les trois mois ? Est-il honnête et factuel ou idéologique et sélectif ? Il est impossible de le savoir pour l’instant puisque nul ne l’a lu, hormis quelques journalistes l’ayant reçu en service de presse et en ayant, pour quelques-uns, déjà fait l’éloge dans leurs colonnes, notamment pour le magazine La Vie. Lire la suite