Un catholique peut-il en conscience soutenir M. Mélenchon et la France insoumise ?

Ce vendredi 29 juin, les députés du groupe La France insoumise, à l’Assemblée nationale, et leur leader, Jean-Luc Mélenchon, ont fait savoir qu’ils ne participeraient pas à la séance du parlement, réuni en congrès à Versailles pour entendre le discours solennel du chef de l’État, Emmanuel Macron.

M. Mélenchon invoque une réponse légitime à la violence qui serait faite aux parlementaires par le chef de l’État. De quoi veut-il parler ?

Il est de tradition, en France, que le représentant de l’exécutif s’adressant en premier aux parlementaires soit le Premier ministre, dans le cadre de son discours de politique générale. La stricte séparation des pouvoirs imaginée par les constitutionnalistes rédacteurs de la constitution de la Ve république excluait que le Président puisse s’adresser aux parlementaires.

Mais les choses ont changé. La réforme constitutionnelle de juillet 2008, sans doute la plus intéressante des révisions du texte constitutionnel depuis 1960, prévoit que le chef de l’État puisse s’adresser aux deux chambres réunies en congrès. Cette modification s’inspire de la tradition fort ancienne des discours du trône, telle qu’elle existait dans les lits de justice de nos rois au parlement ou leurs discours aux états généraux et aux états provinciaux par le biais de leurs gouverneurs. Cette tradition est toujours fort répandue dans les autres royautés européennes sans que nul n’y voit une atteinte à la distinction des pouvoirs et à l’état de droit. 

L’intervention du Premier ministre est également constitutionnelle. Mais aucun texte ne prévoit qu’elle doive précéder celle du Président de la république.

Il n’y a là ni violence, ni coup de force.

On peut même considérer que cette initiative du président de la république constitue une avancée politique notable. En effet, pour la seconde fois (Nicolas Sarkozy le tenta en 2008), le chef de l’exécutif s’adressera aux deux assemblées conjointement et non plus à une seule. C’est là une manière de rappeler que le sénat représente autant la nation que l’assemblée nationale.

Cela n’a pas eu l’heur de plaire, pourtant, à M. Mélenchon, quoiqu’il fut sénateur de nombreuses années.

Depuis quelques jours, celui-ci a multiplié les sorties pour le moins surprenantes.

La manière dont il attaqua les députés de la majorité, dès son entrée à l’assemblée, a été remarquée et à juste titre interprétée pour de la suffisance, celle d’un groupe parlementaire et de personnalités se croyant plus dignement représentants du peuple que leurs collègues. Ceux-là ont pourtant été élus par les mêmes citoyens français, dans les mêmes conditions.

L’élection du président de l’assemblée fut également l’occasion de se faire remarquer, pour M. Mélenchon, qui resta assis, contre toute forme de respect due à une autorité publique légitimement élue. De même, son refus de porter l’habit traditionnel des députés, à savoir la cravate et la veste, ont étonné. Il s’en est justifié en expliquant qu’il ne se déguiserait pas et s’habillerait comme tous les Français.

L’argument ne tient pas. En effet, être élu député est un immense honneur. Participer à une séance de l’assemblée nationale est un honneur doublé d’une lourde charge. Dans la vie d’un homme, ce moment n’est pas anodin. Or, un ouvrier, un artisan, un employé, lorsqu’il aborde de ces moments cruciaux de son existence, ne porte pas son habit de tous les jours. Un ouvrier fêtant les dix-huit ans de sa fille, ou le mariage de son fils porte une cravate et une veste, quand bien même il n’en n’a pas l’habitude.

En vérité, M. Mélenchon aurait été plus proche du peuple en portant un costume et une cravate, qu’en s’habillant d’oripeaux soit disant populaires, et dont la recherche du moindre détail laisse plutôt à penser qu’ils sont un déguisement grossièrement populaire.

Par ailleurs, durant sa campagne électorale, certains auteurs de droite et certains intellectuels catholiques ont présenté M. Mélenchon comme un patriote sincère. Sur quelle base ?

Ils ont évoqué sa méfiance vis-à-vis de l’alliance atlantique, mais oubliant de souligner son attachement à l’alliance russe et à toutes les dictatures marxistes du monde, notamment sud-américaines. En somme, nous passons d’un empire à l’autre. D’un château l’autre ?… Ce n’est point là une marque de patriotisme. (et si les Etats-Unis ont du sang sur les mains, que dire des dictatures marxistes encore au pouvoir et de leurs prédecesseurs?)

Ils ont évoqué son attachement à l’interventionnisme d’État, notamment dans les secteurs économique et social. Mais ce système fort récent, né en 1945, n’est pas la patrie française. Il n’en n’est même pas le protecteur, puisqu’il s’est érigé, en 1945, sur la spoliation d’entreprises privées, la création d’un monopole de l’État et de quatre centrales syndicales au détriment de tous les autres syndicats, des entreprises, des personnes et des corps intermédiaires constitutifs de la nation française. En somme, ce système économique et social né de la seconde guerre mondiale a surtout servi et sert encore quelque peu à affaiblir la patrie en créant le vide entre l’État et les personnes par asphyxie des corps intermédiaires démis de leurs droits à assurer eux-mêmes la protection de leurs membres ou des personnes isolées.

Ils ont évoqué son opposition aux communautarisme d’une part, et à l’Union européenne d’autre part. Il s’agit là d’un authentique jacobinisme révolutionnaire, considérant avec méfiance toute forme d’identité particulière autre que celle, commune, façonnée par l’État, dissimulé derrière les traits d’une communauté nationale fantasmée. Ce jacobinisme n’est pas un patriotisme, c’est une doctrine de gouvernement total, soluble dans d’autres échelles de pouvoir, notamment européenne ou mondiale. M. Mélenchon, d’ailleurs, n’a jamais caché son attachement à une certaine internationale et à une certaine Europe. S’il bataille contre le libéralisme, il appelle de ses vœux une communauté homogène où l’État, ou un super-État transnational, organiserait les échanges économiques et la protection sociale.

Ce jacobinisme est profondément anti-national. Depuis la révolution française de 1789, il a contribué à annihiler les corps sociaux intermédiaires, groupes professionnels, Églises, écoles, familles, cultures provinciales, coutumes particulières. Ce faisant, il a brisé l’ossature de la France. Chaque pas en avant du libéralisme actuel vers plus d’individualité, s’accomplit de concert avec un pas en avant de l’étatisme jacobin (qu’il soit national ou européen), afin de maintenir la cohésion du corps social, menacé d’éclatement car ayant été privé de ses cadres historiques. Ce jacobinisme socialisant, avers d’une pièce dont le revers est le libéralisme absolu, sied parfaitement à M. Mélenchon qui s’en revendique sans en admettre les conséquences funestes et les contradictions internes.

Enfin, ils ont évoqué l’attachement de M. Mélenchon a une certaine tradition chrétienne. Il y a ici confusion. M. Mélenchon aime les traditions liées à sa famille. Homme d’honneur, il ne renie rien de ce qui a façonné son être. La religion vécue dans l’enfance fait partie de cette croissance de sa personne et il ne la renie pas. Mais après cela, il n’y a rien d’autre. On a vu, au contraire, M. Mélenchon, vent debout, dès qu’il l’a pu, contre l’Église, ses prises de position publiques, son enseignement, « bouffant du curé » dès que possible avec une agressivité stupéfiante ; manipulant jusqu’à la mauvaise foi les souvenirs historiques et y opérant un tri subtil.

Par ailleurs, M. Mélenchon se trouve en opposition avec l’enseignement de l’Église et l’espérance chrétienne quant à l’avenir de la société humaine sur un certain nombre de points :

– Son étatisme et son attachement à l’État providence se heurtent frontalement au principe de subsidiarité et aux contours du rôle de l’État tels que l’Église les conçoit dans son Compendium de la doctrine sociale, aux paragraphes 351 à 357 (Compendium de la doctrine sociale de l’Église, éditions Bayard, Cerf, Fleurus-Mame) et telles qu’ils sont pratiqués dans d’autres nations plus authentiquement sociales, comme l’Allemagne ou la Suisse.

– Son opposition frontale et révolutionnaire au pouvoir de l’État, dont il est par ailleurs un bénéficiaire grâce à ses indemnités d’élu ; opposition sans nécessité impérative, entrent en contradiction avec l’exigence de l’épître de Pierre sur le devoir d’obéissance et de respect envers le pouvoir politique en place.

– Son attachement à l’immigrationnisme de masse, outre qu’il est une contradiction douloureuse pour son combat social, car il entretient en France un sous-prolétariat dégradé et déraciné, est en contradiction avec l’enseignement des papes Benoît XVI et François considérant que si l’accueil du réfugié et du migrant en détresse est un devoir des puissances développées, le premier droit du migrant est de rester sur sa terre d’origine. En outre l’accueil ne doit pas se faire au-delà des capacités de la puissance accueillante. (La question se pose en Europe depuis de nombreuses années…)

– Son soutien de principe à l’avortement ou au mariage des personnes de sexe identique, sans parler des méthodes de procréation médicalement assistées constituent une autre pierre d’achoppement avec l’enseignement de l’Église, notamment l’encyclique Humanae vitae du bienheureux Paul VI.

– Sa logique de lutte des classes, portée par les principaux membres de son groupe parlementaire, a été fermement condamnée à l’occasion de plusieurs encycliques, par les papes Léon XIII, Pie XI et saint Jean-Paul II.

Quant à l’action concrète, M. Mélenchon s’est-il illustré par ses propositions en faveur de la restauration des corps sociaux qui font que la France fut et est encore ? (autonomie des écoles, ordres professionnels et syndicalisme, paysannerie, familles, cultures et langues locales, etc.)

Il y a tout lieu de croire que le jacobinisme qu’il prône est un idéalisme romantique conservateur, tout comme son marxisme à peine voilé. Ce romantisme niveleur et uniformisatteur est porteur d’un terrible germe de destruction des corps sociaux et des hiérarchies protectrices, de ce supplément d’âme humaine qui naît dans la multiplicité des familles et des cultures, en somme de ce qui fait la France.

Courant la même course que le libéralisme politique et économique, son jacobinisme marxisant puise à la même source, celle de l’utilitarisme et de l’idéalisme des Lumières. Il en résulte des effets similaires, l’avènement d’un monde où s’agite une fourmilière d’hommes isolés, maintenus en cohésion par l’action dictatoriale de l’État pour éviter que la Cité n’explose en une véritable jungle. Il conviendrait, pour mieux s’en rendre compte, de relire les pages terribles qu’à un siècle et demi de distance, Alexis de Tocqueville et Francis Fukuyama consacrent à ce point dans La démocratie en Amérique et La fin de l’Histoire.

En attendant, il semble délicat pour un Français patriote cohérent, et pour un Français catholique, de soutenir M. Mélenchon. Son projet politique est porteur d’une espérance contraire à celle du Christ. Il lui est même hostile.

Puissent les écailles tomber des yeux de ces hommes de coeur et d’honneur qui suivent ce chemin. A commencer par M. Mélenchon, dont il fut beaucoup question ici pour en dénoncer les errements, mais dont nous avons la certitude qu’il est de ces gens droits et exigeants qui vivent et meurent debout.

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Une réflexion sur “Un catholique peut-il en conscience soutenir M. Mélenchon et la France insoumise ?

  1. Je partage votre analyse sur M. Mélenchon et sa doctrine. Je trouve la polémique sur la cravate stupide. Étant donné qu’il n’y a pas de code vestimentaire pour se rendre à l’Assemblée nationale et au Sénat, il n’était pas nécessaire de faire tout ce bruit pour du buzz.

    Vous citez l’Allemagne comme modèle dans le cadre du principe de subsidiarité. Je pense qu’il faut faire ici la distinction entre d’un côté, la tradition politique d’un pays. C’est vrai: en France, depuis la monarchie, nous avons une administration centrale qui permet de tenir le pays malgré les mauvais temps qu’il traverse. Actuellement, si notre pays tient ce n’est pas grâce aux hommes politiques mais à nos institutions qui évitent tout instabilité. De l’autre côté, cela ne doit pas empêcher la naissance d’initiative individuelle comme les associations qui œuvrent dans la cité. Ces dernières sont d’ailleurs essentielles car l’État ne peut avoir toute la main sur son territoire. Celui de la France est énorme et malgré sa division en département, il n’est pas possible d’agir dans toutes les directions.

    Concernant le Congrès à Versailles, la gauche n’a jamais aimé ce genre de méthode en raison de sa vision politique de la démocratie et de la représentation nationale. Le quinquennat aggrave les choses car on a l’impression que le président a tous les pouvoirs en main avec sa majorité au Parlement. Donc, rien n’obligeait M. Macron à le convoquer. C’est surtout la méthode qui choque car il se tient la veille du discours de M. Philippe devant l’Assemblée nationale. A quoi alors servirait-il de faire un vote de confiance au gouvernement ? Ce sont des questions extrêmement graves car elles touchent à l’essence même de nos institutions. Si elles sont mal utilisées alors nous pourrions rapidement tomber dans une dictature qui ne dit pas son nom.

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