Le pape François et la Fraternité Saint-Pie X Une leçon de haute politique

Résultat de recherche d'images pour "vatican"(Vue du Vatican et de Saint-Pierre de Rome, source : ihsnews.net)

Le 4 avril 2017, les salles de presse ont rendu compte de la décision du pape François de reconnaître comme valides et licites sous certaines conditions les mariages célébrés dans le cadre de la Fraternité sacerdotale saint Pie X.

Quelles sont ces conditions ?

– Les consentements des époux doivent être reçus par un prêtre diocésain mandaté par l’évêque du lieu, ou, à défaut de prêtre diocésain, par un prêtre de la FSSPX, ayant reçu autorisation spéciale de l’évêque pour ce cas présent.

– Dans le deuxième cas, le prêtre de la FSSPX devra communiquer ses registres au diocèse afin que celui-ci prenne acte du mariage.

Jusque-là, les mariages célébrés par des prêtres de la FSSPX ou dans le cadre de cette communauté, n’étaient pas reconnus par l’Église. Fallait-il conclure qu’ils étaient invalides et que les époux n’étaient pas mariés ? La question n’a jamais été clairement tranchée.

Ainsi, le pape, par cette décision, enlève effectivement un doute grave de l’esprit des fidèles, si du moins, hélas, ce doute existait, et opère une œuvre d’immense charité en vue du salut des âmes. Il est peu probable que beaucoup de commentateurs en aient pris conscience.

Chose plus intéressante, le document pontifical prévoit que la cérémonie du mariage sera suivie de la messe dite par un prêtre de la FSSPX, en présence du prêtre diocésain ayant reçu les consentements, ou sans lui si le diocèse n’a pu dépêcher un prêtre à cet effet.

Ce point revient à reconnaître la licéité de la messe dite par un prêtre membre de la FSSPX et donc à reconnaître que la suspens a divinis proclamée en 1976 a été levée de fait. Quand ? Sans doute au moment de la levée des excommunications pesant sur les quatre évêques membres de la FSSPX en 2009. Cet élément est absolument capital, car une messe valide dite illicitement sans état de nécessité est un véritable sacrilège et l’assistance à cette messe une complicité à celui-ci. Or, il est évident que dans l’immense majorité des cas, des messes étant dites par des prêtres en union avec le siège de Rome à proximité des domiciles des fidèles et des prêtres de la FSSPX, l’état de nécessité n’existait pas, quoique la FSSPX ait pu proclamer à tort le contraire.

Écarter le doute sur la licéité des messes dites par ces prêtres est un élément considérable, qui enlève toute crainte pour le salut des âmes des fidèles assistant à ces messes et des prêtres les disant.

Ce document vient s’ajouter à celui de l’hiver dernier donnant le droit aux prêtres de cette communauté de confesser ; droit dont ils étaient privés dans le passé, hormis l’exception du jubilé de l’an 2000 et de l’année de la Miséricorde 2015-2016.

Que fait le pape ? Il avance, pas à pas, vers une réintroduction pleine et entière de la FSSPX dans l’Église. Quelle est la situation de celle-ci aujourd’hui ? Ses confessions sont valides et licites, ses messes sont valides et licites, tout comme ses mariages. Demeurent valides mais illicites ses ordinations, et en fait son existence même comme communauté religieuse, qui n’a toujours pas reçu de reconnaissance dans l’Église. Cependant, il n’est absolument plus possible de considérer la FSSPX comme or l’Église. Cette communauté et ses membres ne sont plus sur la rive des schismatiques. Ils ne sont plus au milieu du gué. Les voici presque sur la rive de l’Église. Cela s’est fait par petits pas, doucement et sans précipitation.

Ce qui s’est déroulé est, en vérité, une leçon de très haute politique donnée au monde.

Souvenons-nous des remous des années passées. En 2006, lors-qu’était fondé l’Institut du Bon Pasteur, composé d’anciens prêtres de la FSSPX revenus à Rome, le journal La Croix livrait un dossier factuel à l’hostilité à peine voilée. Le magazine La Vie ne s’embarrassait pas d’objectivité, il titrait : « Pourquoi cet homme doit rester dehors ! » avec une photographie de l’abbé Laguérie, supérieur de cet institut. En 2007 le motu proprio Summorum pontificum, facilitant l’accès à la messe dite en forme extraordinaire du rite romain, était accueilli avec une grande circonspection. Enfin, en 2009, la levée des excommunications pesant sur les évêques membres de la FSSPX avait été l’objet d’une véritable crise de toutes parts. Ainsi Mgr Vingt-Trois, sur le plateau de LCI avait expliqué qu’une « arête » lui restait en travers de la gorge avec cette levée des excommunications. Un prêtre diocésain français avait déclaré à la presse qu’il excommuniait le pape en ne prononçant plus son nom au canon de la messe. Du côté de la FSSPX, Mgr Tissier de Malerais, l’un des quatre évêques, annonçait qu’il fallait désormais « convertir Rome ». Dans le même temps, une tempête médiatique était levée par les déclarations négationnistes de Mgr Williamson, un autre des quatre, au sujet de la Shoah et de l’utilisation des chambres à gaz comme moyen d’extermination.

En 2009, la crise était à son comble.

Depuis lors, nous n’avions pas avancé, en apparence. Les négociations ouvertes entre Rome et Ecône se heurtaient à un mur, celui de la pleine et sincère reconnaissance des canons du deuxième concile du Vatican. Cette pierre d’achoppement mettait toute nouvelle avancée au point mort.

Mais, en vérité, l’ouverture de discussions régulières entres les hautes instances romaines et de cette communauté d’une part, les visites multipliées d’évêques et de cardinaux à son siège et son principal séminaire d’autre part avaient permis une connaissance mutuelle et une habitude de dialogue qui permirent d’avancer pas à pas.

Le pape François, conscient sans doute qu’il ne serait pas possible d’obtenir, en l’état, une réconciliation véritable passant par la reconnaissance sincère et entière du concile Vatican II, a continué cette tactique du petit pas, avec deux avancées nouvelles, celle des confessions et celle des mariages, entraînant d’autres évolutions implicites.

Nous sommes ici au coeur d’une résolution politique d’un problème spirituel. Spirituel, ce problème l’est, puisque la FSSPX accuse l’Église, aujourd’hui, de prôner des idées confuses ou de mener des actions mettant en danger le salut des âmes. L’Église, de son côté, s’inquiète de l’éloignement des prêtres et des fidèles de la FSSPX qui, de ce fait, vivant hors l’Église sans statut, mettent leur salut potentiellement en danger.

Mais la solution apportée est politique. Les grands bonds en avant de 2007 et 2009 s’étant soldés par des crises profondes, et une solution théologique passant par un accord sur le concile ayant échoué pour l’heure ; le pape a avancé comme on tâtonne sur la glace, cherchant le chemin au milieu des points potentiels de fractures. Il a ainsi avancé et est désormais au point où la régularisation complète semble inévitable, à l’horizon de quelques semaines, mois ou années.

En habile tacticien (et sans doute secondé en cela par les monsignors de la commission Ecclesia Dei et l’entourage direct de Mgr Fellay, supérieur de la FSSPX), il a surtout créé les conditions d’une marche en avant sans retour vers la réconciliation, quel que soit le temps que prenne celle-ci. En effet, les dernières dispositions relatives aux mariages rendra obligatoire des contacts très réguliers entre les évêques et les prêtres en union avec l’Église, et les prêtres de la FSSPX là où ils se trouvent. Il faudra bien que les prêtres diocésains et de la FSSPX se parlent pour préparer les cérémonies. Il sera nécessaire que les chancelleries des diocèses ou le clergé des paroisses sur le territoire desquelles se trouvent les prieurés de la FSSPX contactent régulièrement ceux-ci pour se transmettre les dossiers. Ainsi, par la voie administrative, un dialogue permanent s’instaurera, d’homme à homme, d’institution à institution, là où il y avait trop souvent ignorance et méconnaissance mutuelle.

La défiance est encore forte, les communiqués émanant de la FSSPX au sujet de la vie de l’Église en témoignent.

Mais par un usage très politique de la voie administrative, le pape a ouvert une pastorale active de la réconciliation.

Cette grande habileté politique mise au seul service de l’unité de l’Église et du salut des âmes, en somme au service du bien commun, est également une leçon pour tous les gouvernants et nous montre ce que l’Église sait faire de mieux. Nous avons assisté, entre 2009 et 2017 à une séance de négociations diplomatiques de haut vol dont l’heureuse conclusion finira, tôt ou tard, par arriver.

Le calendrier nous est inconnu, mais à moins d’une rupture brutale et inconséquente de la part de l’un des deux partis en présence, l’engrenage est maintenant en route.

Voici une application concrète de ce trait de caractère que le pape François s’attribuait en 2013 dans une revue jésuite « un peu candide, et un peu fourbe », ce qui n’est pas autre chose que la parole évangélique « soyez purs comme des colombes et rusés comme des serpents ».

Enfin, en prenant les prêtres et les fidèles de la FSSPX là où ils en sont pour les ramener au bercail sans attendre de mise en conformité intégrale de leurs déclarations, en utilisant des biais de procédure alambiqués pour rétablir un chemin d’unité entre les frères séparés, le pape applique ici ce qu’il a prôné par ailleurs dans son encyclique Amoris Lætitia au sujet des divorcés remariés.

Voici la politique du pape en action. Eh ! Bien, si votre serviteur fut parfois sceptique, il doit bien confesser son erreur et dire aujourd’hui « Très Saint-Père, chapeau ! Et merci ! »

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