Mise au point : Le principe évangélique peut-il fonder une politique ?


(La Madeleine, chez le Pharisien, Jean Béraud, 1891)

D’après Laurent Dandrieu, journaliste chez Valeurs actuelles et auteur de Eglise et immigration, le grand malaise, « les principes évangéliques ne fondent pas une politique, quoi qu’en disent les évêques de France, qui trop souvent limitent le débat au martèlement de cette seule phrase [« J’étais étranger et vous m’avez accueilli ».]. De la même manière, « tendre la joue gauche », c’est un chemin de sainteté, mais en aucune façon un moyen de répondre à la violence islamiste quand elle menace la société dans son ensemble ». (entretien donné dans La Croix)

Les papes et le catéchisme de l’Église catholique, cités en appui de la démonstration de Laurent Dandrieu un peu plus haut dans son propos, apprécieront sans doute ce reniement, tout comme saint Louis, qui fut homme d’État et homme de foi goûtera, de là où il se trouve, cette manière toute utilitariste et matérialiste d’utiliser une valeur contre une autre au rythme des besoins politiques du moment.

Cependant, n’en déplaise à l’auteur de ces mots, les principes évangéliques sont la fondation de toute la doctrine sociale de l’Église, de l’action politique et sociale de celle-ci depuis vingt siècles, et de l’action de gouvernement des hommes d’État européens des siècles passés.

Etaient-ils naïfs ? L’Evangile faisait-il d’eux des agneaux bêlants ?

S’il y a de la candeur ou de l’angélisme chez certains prélats du XXIe siècle, ce qui reste par ailleurs à prouver, ce n’est certainement pas la parole de Dieu, qu’elle soit vétéro ou néo testamentaire, qui peut être mise en cause.

L’expérience de deux milénaires montre le contraire.

S’il fallait des preuves, que l’on se souvienne que La Cité de Dieu de saint Augustin était le livre de chevet des fonctionnaires de la chancellerie carolingienne, que c’est au chant des psaumes que Philippe Auguste livra la bataille de Bouvines, que c’est au nom du Christ que toujours saint Louis gouverna.

Faut-il se rappeler que les juges du Parlement de Paris sous Charles V avaient coutume de se confesser, d’ouïr la messe et de communier avant de rendre la justice ?

Louis XIV assistait à la messe chaque jour.

Combien d’évêques siégèrent dans les conseils des rois de Clovis à Louis XVI ? Au moins un par règne et souvent bien plus.

Non seulement la parole biblique et le principe évangélique étaient présents dans les esprits des gouvernants, mais ils étaient traduits en actes par la vie de prière et sacramentelle. Ne pas croire que cela était au soubassement de la politique de ces gens pour lesquels le salut éternel était La question majeure, c’est commettre une erreur grossière.

M. Dandrieu est trop fin amateur d’histoire pour ne pas savoir cela, et dès lors, son propos est sans doute une maladresse.

Mais cette maladresse est révélatrice de tout un courant de pensée qui aime l’Église pour sa hiérarchie, ses ornements, ses palais, son droit, en somme son héritage romain, mais en considérant avec plus de suspicion ce qui fait la vie de cet apparat et lui donne son sens ; la parole même de Dieu.

Cette parole non seulement peut fonder une politique, mais elle le doit.

Comment pourrait-on dénier au Verbe créateur la puissance politique ?

Non pas qu’il faille confondre tous les genres, mais on ne saurait imaginer un croyant sincère vivant de l’évangile en privé et gouvernant comme s’il n’était pas le coeur de sa vie en public.

Dès lors, l’angélisme de certains n’est certainement pas lié au principe évangélique mais à sa mauvaise compréhension ou à des déviances qui font oublier que l’amour inconditionnel est pour tous, pour les nôtres et les autres, et pas seulement pour les autres…

Attaquer l’un à cause de la détestation que l’on a pour les prises de position de l’autre, c’est se tromper et tromper ses lecteurs.

Publicités

Un commentaire sur “Mise au point : Le principe évangélique peut-il fonder une politique ?

Ajouter un commentaire

  1. Sincèrement, je pense que Laurent Dandrieu, qui est un bon chrétien et un homme cultivé, n’ignore pas combien les hommes et les institutions de l’Ancienne France étaient pénétrés de foi chrétienne. Ce que vous déduisez de son propos me paraît inexact. En fait, les deux exemples qu’il cite (le bon samaritain et la joue droite) se rapportent à la morale chrétienne. Alors que l’auteur parle ici de politique chrétienne. Or comme le dit Saint Thomas, la politique et la morale appliquent des règles différentes, de même que l’économie. Tout le problème est que les hommes d’Eglise ont accepté depuis plus d’un siècle d’appliquer à la politique des nations les règles de la morale chrétienne. C’est comme si vous mettiez de l’éther dans un moteur à essence. Cela ne peut pas marcher. Et d’ailleurs, je vous ferais remarquer que Philippe Auguste, Saint Louis, Charles V, et Louis XIV ont appliqué à leur devoir d’état, celui de roi, les principes de la politique, tout en se soumettant en tant qu’homme et pécheur à la morale chrétienne, en se confessant et en demandant pardon à Dieu pour cela. Tout le mal du christianisme moderne est dans cette morale qui est sortie de son lit.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :