Mise au point : La convergence des luttes entre chrétiens et païens


(L’Eglise apparaissant aux druides ; Caspar David Friedrich, 1820)

Chez certains catholiques, de plus en plus nombreux, se sentant menacés par la montée de l’islamisme, l’immigration extra-européenne qu’elle soit musulmane ou chrétienne, et par le relativisme de leurs compatriotes, la tentation est née de se rapprocher des milieux païens issus de la droite nationaliste, au nom d’une prétendue convergence des luttes pour la défense de la civilisation française.

En somme, catholiques et païens se retrouveraient face à un ennemi commun.

Mais il faut s’entendre sur les termes ; s’il s’agit de défendre la France, ce n’est certainement pas en tant que catholique ou que païen qu’ils agissent, mais en tant que Français.

La France est, pour ces deux groupes, un bien commun. Mais à vrai dire, elle est le bien commun de tout citoyen français, et sa défense ne devrait pas connaître de parti. Le simple fait d’établir cette « convergence », pour sympathique qu’il semblerait, est en fait une exclusion de ceux qui ne se sentent ni de l’un, ni de l’autre groupe, et qui pourtant aiment la France. C’est aussi s’enfermer dans un esprit de parti, de groupe, alors que la promotion et défense de la France est l’affaire de tous sans exception. Que certains ne poursuivent pas ce but ne doit pas les faire désigner à la vindicte, ni exclure de la communauté nationale. Ils doivent être convaincus de leur erreur, car ils partagent avec les autres ce bien qui est la France et il est dommageable à tous (eux comme les autres) qu’ils concourent à son amoindrissement.

Il est vrai cependant que ce souci du bien commun et cet amour de la patrie sont considérés comme des vertus par l’Église, mais des vertus naturelles que le chrétien comme homme doit cultiver.

Par ailleurs, qui sont ces païens ? La difficulté qu’eux-mêmes ont à se définir, et par ailleurs la sympathie de certains de leurs groupes pour des doctrines fascistes ou national-socialistes fermement condamnées par l’Église comme ennemies de la foi doit amener à considérer l’idée d’une coopération dans la lutte de mouvement à mouvement avec la plus extrême prudence.

La coopération ne peut s’envisager sereinement qu’au cas par cas, avec toujours présent à l’esprit l’objectif de défense de ce bien commun et non d‘une chasse gardée que serait la France.

Le risque d’une coopération sans discernement est la progression du relativisme religieux, amenant à considérer ces groupes non-chrétiens, voire anti-chrétiens (considérant l’Église comme traîtresse et Jésus Christ avec suspicion.) comme valant parfaitement le christianisme, confondant ici une proximité de circonstance pour la défense de la France, avec une divergence de nature entre ceux qui vivent de la foi et ceux qui n’en vivent pas.

Cette question de la convergence est aussi valable pour tous les autres cas de figure politique. Ce qui doit toujours primer est le souci du bien commun, que ce soit dans l’action sociale, la recherche, la défense de la nature, la promotion de la famille ou de la vie humaine, etc. En aucun cas cet enjeu ne doit être perdu de vue au profit de rapprochements intégraux et par ailleurs contre-nature. Ceux-ci sont d’autant plus dangereux dans l’état de faiblesse numérique et morale où se trouve actuellement l’Église en France.

L’oubli de ces vérités risquerait ni plus ni moins de faire de nous de bons petits païens ; des adorateurs d’une tête d’âne…

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4 réflexions sur “Mise au point : La convergence des luttes entre chrétiens et païens

  1. Monsieur Privat bonjour,

    Je vous remercie pour l’ensemble de vos articles qui me font grandir en réflexion. J’ai beaucoup apprécié votre précédent article et notamment la justesse de vos propos sur le devoir des chrétiens eux-mêmes et leurs responsabilités. Je me permets de vous préciser que madame Le Pen est députée du Vaucluse et non du Var (de la circonscription de Carpentras), simple petite erreur que j’offre à votre correction.

    Je profite de cette occasion pour vous présenter mes meilleurs voeux dans la paix de notre Seigneur. Bien respectueusement.

  2. Cher Gabriel,

    Voilà un sujet intéressant à condition de rester rigoureux et de ne pas procéder par affirmations non justifiées. Ainsi permettez-moi de critiquer l’une d’elles: « Le simple fait d’établir cette « convergence », pour sympathique qu’il semblerait, est en fait une exclusion de ceux qui ne se sentent ni de l’un, ni de l’autre groupe, et qui pourtant aiment la France. » Quelle affirmation discutable! Le fait de mettre en valeur ce qui rapproche n’implique nullement l’exclusion des autres. Et d’ailleurs vous ne dites pas qui pourrait se sentir exclu. Sont-ce les bouddhistes, les musulmans, les pêcheurs à la ligne? Ou les adorateurs de l’oignon? Et que signifie: »une chasse gardée que serait la France » et qui se différencie du bien commun?
    D’autre part vous vous interrogez avec raison sur le sens du mot « païen », tout en laissant entendre que beaucoup sont en fait des hitlériens. Il me semble qu’avant de disserter sur ce sujet, il faudrait commencer par là. Faire l’inventaire de tout ce que recouvre le mot « païen ». Je vous propose une liste non exhaustive:
    – une première définition est celle qui identifie païen et paillard. En fait une vision hédoniste et libertine de la vie. On voit mal comment une convergence serait possible.
    – une seconde définition se réfère à des groupes sectaires. Là non plus la nature fermée sur elle-même de ces groupes, « new age » ou non ne permet aucune coopération.
    – une troisième acception est celle des gens pour qui le « paganisme » est une certaine manière d’être athée. A mon sens la question est ici celle de la convergence avec des athées. Point.
    – un dernier sens est le sentiment et la pensée de gens qui ont besoin de religion, mais qui ne trouvent pas dans le christianisme ce qu’ils cherchent, soit parce qu’ils ne croient pas à un dogme essentiel du christianisme, soit parce que l’évolution de l’Eglise leur répugne. Je citerai par exemple pour ce dernier cas Thomas Molnar, grand auteur catholique et contre-révolutionnaire, qui écrivit deux ouvrages brillants: « Moi Symmaque » et « L’âme et la machine ». Sur des sujets de droit naturel, je ne vois pas en quoi il devrait exister une réserve sur une discussion et une coopération. Ainsi vous trouverez sur TV liberté un long dialogue avec Alain de Benoist, dans lequel ce penseur développe avec les rédacteurs d’une revue catholique la pensée du pape actuel sur l’écologie, et de façon plutôt favorable.
    Enfin, je vous rappelle que l’appellation « adorateurs de l’âne » est précisément une insulte adressée par les païens du peuple romain aux chrétiens du II° siècle.

    • Cher Pierre,
      Pardonnez ces approbations si tardives de vos commentaires. Je n’ai pas eu l’occasion de me connecter à mon bloc notes depuis une dizaine de jours.

      Le temps hélas me manque pour vous répondre. Vos objections sont, comme toujours intéressantes et pertinentes et nécessiteraient, sur plusieurs points, une réponse détaillée, sur d’autres, que j’amende moi-même mon propos.

      Hélas, pour tout cela le temps me manque et je ne peux faire mieux que de publier vos commentaires, les livrant ainsi au débat avec qui s’en sentira les épaules suffisantes.

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