Mise au point : La culture chrétienne


(La bénédiction des blés en Artois)

Depuis plusieurs semaines les médias catholiques sont traversés par une polémique autour de la sortie de deux livres aux thèses opposées ; Identitaire, le mauvais génie du christianisme, d’Erwan Le Mordehec et Eglise et immigration, le grand malaise, de Laurent Dandrieu. La querelle va son train et, comme lors d’un précédent billet, nous faisons le choix de ne pas nous en mêler directement, considérant que d’autres le font avec un talent bien plus certain.

Cependant, certains points récurrents des disputes en cours ont retenu notre attention et semblent nécessiter une mise au point en cinq petites notes, parfois un peu excédées, dont voici la première.

– Dans ce premier billet, nous traiterons la question suivante : La culture chrétienne est-elle en danger ?
– Puis nous aborderons la question de la convergence des luttes entre chrétiens et païens dans un second article;
– Avant de nous intéresser à une récente affirmation de Laurent Dandrieu, dans un récent entretien donné au journal La Croix. Pour lui, le principe évangélique ne saurait fonder une politique;
– Il sera temps, alors, de se pencher sur le discours anti-élites, outil rhétorique récurrent des catholiques identitaires dans leur charge défensive contre l’ouvrage d’Erwan Le Mordehec et de ses soutiens;
– Enfin, nous nous pencherons sur la question du respect dû à l’Église et à ses ministres sans aucune distinction.

La culture chrétienne est-elle en danger ?

Depuis quelques années se sont fondés des groupes de défense de l’identité chrétienne et française face aux attaques laïcistes et islamiques dans notre pays. Les deux plus anciens et plus connus sont l’AGRIF et L’Observatoire de la christianophobie, animés par des catholiques engagés et fervents. Leur objectif est clair, il s’agit de défendre une communauté et son patrimoine, son identité spécifique.

Fort bien.

Mais plus récemment, on a vu des personnalités politiques s’emparer de la question de la défense de la culture chrétienne face à ces deux menaces, l’une athée, l’autre religieuse. Notamment en 2015 et 2016, la présence de crèches de Noël dans les lieux publics fut l’occasion d’une mobilisation politique menée notamment par Robert Ménard, maire de Béziers, Marion Maréchal Le Pen, députée du Vaucluse, et Philippe de Villiers, devenu auteur à succès de livres historico-métapolitiques.

La crèche de Noël est devenue, à l’occasion de cette campagne, un élément inaliénable du patrimoine national, excusez du peu…

Mais la ruade des associations et de plusieurs politiques pour les crèches n’intervient pas à un moment anodin. La France fait face à un afflux de migrants clandestins inédit dans son histoire récente, subit la pression de la menace terroriste sur son sol, se bat hors des frontières en Afrique et au Proche-Orient, et prend enfin conscience, après des années de déni, de l’ampleur de l’islamisation de pans entiers de son territoire et de son peuple.

Dans un contexte de crise économique et sociale profonde, toute attaque contre ce qui est considéré comme un élément du patrimoine traditionnel de la nation est vécue comme un pas en avant vers la disparition. C’est en somme un sursaut pour la survie. Réjouissons-nous en, à condition que nous n’en restions pas à la défense des santons de Provence…

Ce réveil tardif doit nous interroger. En effet, dans les années passées, les atteintes à ce patrimoine chrétien n’étaient pas moins nombreuses. Dans les années 1980 et 1990, déjà, on chassait Saint-Nicolas des écoles publiques, on transformait les congés de Noël en congés de fin d’année, on retirait les crèches des expositions publiques dans les mairies ou les grands magasins, on interdisait aux cloches des églises de villages de sonner, on se scandalisait de la présence d’une religieuse en habit dans un jury de bac, en somme, on refusait à la chrétienté le droit de vivre publiquement.

Cela ne semblait pas beaucoup gêner ceux-là mêmes qui aujourd’hui montent au créneau. En somme, la culture chrétienne est leur bouclier contre la menace islamiste ou contre un laïcisme dont ils ont enfin perçu qu’il était leur ennemi.

Mais comment ces attaques furent-elles possibles durant toutes ces années ? Dans la France pré-révolutionnaire le catholicisme était religion d’État au milieu de l’approbation générale. Dans la France du XIXe siècle, on n’imaginait pas un autre statut que celui du concordat. En 1950 encore on bénissait les blés avant les moissons et on processionnait dans les rues, parfois autorités municipales en tête, les enfants jetant des pétales de fleurs alentour et la foule chantant « Mon Dieu sauvez la France au nom du Sacré-Coeur ». En une trentaine d’années le paysage a complètement changé. En une soixantaine d’années, le pays est devenu méconnaissable.

Ce n’est pas l’oeuvre d’un ennemi implacable. C’est simplement le résultat de la perte de la foi dans un peuple entier, pas à pas, en deux siècles (et l’on pourrait trouver des causes jusqu’à la Réforme et au jansénisme).

Si tous ces symboles de culture populaire chrétienne ont pu disparaître ou être remis en cause, c’est avant tout parce que le peuple dont ils étaient issus a perdu la foi religieuse. Ces symboles ont simplement perdu leur sens en même temps que les Français cessaient de pratiquer et de croire.

Devenus des choses mortes, ils se sont affadis et sont tombés un à un.

Ce point doit nous parler au tout premier chef ; défendre la culture chrétienne comme élément de l’identité française, c’est être le défenseur d’une chose morte et un adorateur de la patrie, pas de Dieu. Or, il y a ici une erreur manifeste.

La culture chrétienne est avant tout le produit d’un peuple chrétien, priant Dieu et espérant en lui. Ce peuple, inscrit dans une terre et une histoire a façonné la France. La culture du peuple français s’est attachée à cette terre et le christianisme de ce peuple a créé cette symbiose entre foi, culture et patrie. Mais que le peuple perde la foi et l’édifice s’effondre. C’est ce qui est arrivé.

Tout comme chez nos ancêtres celtes ou romains, leur culture païenne était l’expression profane de leur foi collective et personnelle en les dieux. Cette culture est entrée en mutation avec la christianisation de ces peuples. Leur déchristianisation récente a donné naissance à une nouvelle mutation culturelle.

Comprenons le bien ; il ne saurait y avoir de défense de la culture chrétienne s’il n’y a pas auparavant souci de répandre une foi chrétienne dont la culture est l’expression.

La crèche élément patrimonial vaut-elle la peine de se battre ? Qui voudrait mourir pour la colonade du Louvre ? Par contre la crèche expression de la foi populaire vécue vaut bien la peine de se battre, non pas pour elle, mais pour ce qu’elle représente, l’hommage des petites gens rendu à leur Dieu.

Tant que les choses n’auront pas été remises à l’endroit et que l’on ne dira pas ; priorité à la vie de la foi ; alors la sape continuera et les crispations des uns et des autres seront vouées à l’échec.

Des millions de Français placent la crèche dans leur salon avant Noël, font bénir leurs rameaux, baptiser leurs enfants, se marient à l’église, demandent des funérailles religieuses, fort bien ! Mais où sont-ils le reste du temps ? Il n’y a pas de reproche à leur faire, mais simplement un constat à dresser ; s’il n’y a plus la foi, eux et leur culture ne sont que l’aimable survivance d’une civilisation quasi-éteinte. C’est de là que tout repartira ; de l’amour de Dieu.

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