Koz : Savoir raison garder

Le 13 janvier sortira en librairie le dernier ouvrage du médiatique avocat maître Erwan Le Mordehec (connu aussi sous le nom du blogueur Koz Toujours), Identitaire, le mauvais génie du christianisme, aux éditions du Cerf.

L’ouvrage est-il bon ? Fera-t-il date ? Sera-t-il oublié dans les trois mois ? Est-il honnête et factuel ou idéologique et sélectif ? Il est impossible de le savoir pour l’instant puisque nul ne l’a lu, hormis quelques journalistes l’ayant reçu en service de presse et en ayant, pour quelques-uns, déjà fait l’éloge dans leurs colonnes, notamment pour le magazine La Vie.

Malgré l’ignorance dans laquelle nous sommes du contenu de cet ouvrage, plusieurs ecclésiastiques et de nombreux particuliers se sont enflammés, depuis une semaine, au sujet de la thèse de ce livre, quitte à lui faire dire ce qui ne s’y trouve pas, d’après l’auteur lorsqu’il prit la peine de répondre aux critiques.

Les remarques émanant d’ecclésiastiques furent courtoises mais fermes, celles émanant de quidam issus des milieux nationalistes ou traditionalistes le furent moins… pour ne pas dire qu’elles furent souvent insultantes et manipulant sans finesse l’attaque personnelle (On a entendu que l’auteur était un nanti, méprisant, moralisateur, imbu de lui-même, mondain, recherchant les honneurs, manipulant l’amalgame et le raccourci, etc.. Autant de qualificatifs invérifiables et sans rapports avec l’ouvrage attaqué.)

Comme tout le monde, votre serviteur n’a pas lu ce livre. Certainement n’aura-t-il pas le temps de le lire. D’autres le feront et publieront des critiques sans doute mieux informées et plus fines que nous ne pourrions le faire sur ce bloc notes.

Cependant, la haine qui a envahi certains sites et les réseaux sociaux, contre l’ouvrage d’Erwan Le Mordehec nous semble inquiétante à trois titres :

– En jugeant sans avoir lu, en attaquant le livre sur la base de son auteur et non de son contenu, en frappant souvent sans arguments autres que la personnalité de l’auteur, et en mélangeant la rancune contre le présent livre et celle contre des articles ou des prises de position anciens, les contradicteurs d’Erwan Le Mordehec ont manqué de sens raisonnable.

– Cette incapacité à respecter l’adversaire ou supposer tel est par ailleurs une véritable irruption de la barbarie dans le débat intellectuel. Elle n’est pas neuve, mais elle fait particulièrement mal de la part de personnes se revendiquant des valeurs de la chevalerie.

– En attaquant l’auteur sur sa profession, en l’accusant, comme beaucoup l’ont fait, d’être un avocat nanti, habitant les beaux quartiers de Paris et ignorant la réalité de la vie française, ils ont joint le mensonge à l’injure et ont succombé aux sirènes du discours anti-élites si fréquent aujourd’hui.

Ce troisième point doit particulièrement retenir notre attention, car c’est un peu tout l’ordre des avocats qui se trouve insulté par cette attaque prenant appui sur les fantasmes au sujet de cette profession.
D’une part, Erwan Le Mordehec habite-t-il les beaux quartiers de Paris ? Votre serviteur l’ignore, les accusateurs de ce Monsieur l’ignorent sans doute aussi, et quand bien même cela serait, est-ce infamant ou délégitimant ?
Par ailleurs, Maître Le Mordehec est-il déconnecté de la réalité française ? C’est mal connaître le métier d’avocat. Celui-ci fait partie, avec le notariat, la magistrature, la prêtrise, les métiers de la santé et le métier des armes de ces rares états de vie où l’on est amené, au quotidien, à dépatouiller les entrailles de l’humanité. Comme avocat, on peut être sûr que Maître Le Mordehec a tout vu et tout entendu en quelques années (époux adultères, chantages répugnants, faillites d’entreprises, suicides, crimes sexuels, assassinats, trafics en tous genres, règlements de compte, corruption, etc.) Du plus riche au plus pauvre, le client chez son avocat montre tout, déballe tout, et le magnifique côtoie le hideux. Lorsque l’avocat se rend en prison pour visiter son client, lorsqu’il compulse les rapports de police, lorsqu’il plaide à la cour, il est au contact direct de ce que notre société produit de plus brutal moralement ou physiquement.
S’il y a bien un reproche qui ne peut pas lui être fait, c’est d’être déconnecté de la réalité, ou d’ignorer ce qu’est la réalité française.

En outre cette accusation n’a absolument aucun rapport avec le livre par lequel le scandale est arrivé et que nul n’a encore lu.

C’est pourquoi il est surtout urgent de ne rien dire et d’attendre que le livre soit publié pour le lire et s’en faire une idée. Alors, il sera temps, peut-être, après un procès intellectuel pièces à l’appui, de jeter dans la mer avec une meule attachée au cou celui par lequel le scandale arriva.
Pour l’heure, il faut savoir raison garder.

Après tout, L’Imitation de Jésus Christ ne nous invite-t-elle pas à ne nous préoccuper que du contenu d’un ouvrage, sans prendre garde à la personnalité de celui qui en fut l’auteur ?

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2 commentaires sur “Koz : Savoir raison garder

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  1. sur le 3è point seulement : il est avocat d’affaires, pas certain qu’il voit tout ce que vous avez ecrit. par ailleurs il a déjà parlé de son lieu d’habitation, ouest de Paris. et certain(s) de ses détracteurs le connaissent pour avoir bu des bières avec lui. c’est une bataille ancienne et récurrente sur Twitter, dont ce livre semble reprendre les contours. je n’ai rien contre lui, mais c’est assez ordinaire que les gens dont il critique les convictions (à tort ou à raison, vous ne les mettrez pas d’accord facilement) aient envie de lui répondre sur twitter.
    Pour autant, les « nantis » (+ de 3-4000€/mois disons) feraient parfois bien d’écouter ceux qui ne le sont pas. le mépris existe. les « racisés » s’en plaignent de la part des non racisés, et quand on écoute leurs arguments, très justes parfois, on découvre qu’on a été bien souvent sinon coupables, du moins négligents et indifférents, et on avance. c’est pareil entre riches et pauvres, financièrement ou culturellement. il ne faut pas penser que les identitaires sont plus bêtes que les autres: ils vivent parfois d’autres réalités simplement. ensuite oui, certains fantasment la peur de l’étranger. mais la progression de la population musulmane non intégrée est une réalité, soutenue par les politiciens -on se demande vraiment pourquoi-, et menace concrètement le mode de vie de nombreux français. plutôt des pauvres pour le moment, mais à terme tout le monde. c’est pas idiot de le dire ni de s’en inquiéter. or la ligne de l’auteur est plutôt de ne pas s’inquiéter. moi j’ai plutôt envie de le suivre, mais l’évolution de l’islamisme et de la haine des occidentaux dans la population musulmane semble nous donner tort.

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