Ce que le « Brexit » nous a appris sur l’économie libérale

Dans les quarante-huit heures suivant l’annonce des résultats du référendum sur le retrait du Royaume-Uni hors de l’Union européenne, nous avons vu les marchés financiers s’affoler et de nombreux titres d’entreprises s’effondrer en bourse. Pourtant, aucun élément concret ne justifie cette baisse.

En effet, que s’est-il passé concrètement au Royaume-Uni ? Les citoyens ont exprimé, majoritairement, le souhait de quitter l’Union européenne. Il ne s’agissait pas d’un référendum entérinant un projet de loi ou valant ratification d’un traité comme cela se fait en France. Non, il s’agissait d’une question ouverte, sans obligation d’application légale par la suite. De fait, le gouvernement de M. Cameron s’était engagé, en cas de victoire du « out », à organiser la sortie du Royaume-Uni dans le futur proche.
Mais cette promesse n’était que l’annonciatrice de négociations diplomatiques à venir. En ce sens, la réponse au référendum n’ouvre pas un temps d’incertitude mais de possibles, dans lesquels les diplomates des différents Etats devront s’entendre pour mettre en place une réorganisation politique dans les meilleures conditions possibles afin de respecter les intérêts des puissances en présence.

De fait, au lendemain du référendum, le Royaume-Uni est toujours membre de l’Union européenne, aucun traité n’a été dénoncé ou rompu, aucune mesure de rétorsion n’a été prise contre quelque groupe ou Etat que ce soit, et ni la crédibilité de l’Etat britannique, ni sa puissance financière et politique, ni l’organisation des communications, ni la vie quotidienne des entreprises n’ont été modifiés.
Si modifications il doit y avoir, elles sont encore à venir et feront l’objet de négociations entre Etats.

En somme, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, il y a lieu d’attendre et d’observer.

Considérant que le Royaume-Uni n’est pas membre de la zone euro et que son appartenance au système monétaire européen n’est pas, pour l’instant, remise en cause, il n’y avait pas plus de crainte à avoir sur les marchés financiers.

La législation bancaire propre au Royaume-Uni, enfin, si attractive, n’était pas en question.

Comment se fait-il, alors, que les marchés boursiers aient si mal réagi à un événement qui ne menaçait en rien la vie et l’intérêt des entreprises dans l’immédiat, mais ouvrait simplement un champ de possibles majeurs, à l’horizon de plusieurs années ?

Cette panique a été rendue possible par l’action néfaste de journalistes engagés et de chefs d’entreprises pour l’occasion sortis de leurs domaines.

En effet, dans les mois et les semaines qui précédèrent le vote, les journalistes économiques et financiers ont dressé un tableau apocalyptique, partiellement exagéré et erroné, de l’avenir de l’économie européenne en cas de « Brexit ». Ils ont, en un sens, fait campagne à leur niveau pour que ce « Brexit » n’ait pas lieu. Mais leur responsabilité sociale est énorme. Par ces articles ils ont suscité la crainte et l’inquiétude chez leurs lecteurs, agents boursiers, cadres bancaires, actionnaires de fonds de pension, etc. Cette crainte s’est traduite en une véritable panique au matin des résultats car ceux-ci étaient inattendus, la même presse ayant pronostiqué finalement une victoire du « in ».

Dès lors, les prophéties partiellement mensongères de la presse économique se sont réalisées par la conviction qu’elles ont su faire naître dans l’esprit des acteurs économiques de l’imminence de catastrophes qui, en vérité, ne sont, pour l’heure, que du champ de l’hypothétique et à l’horizon de plusieurs années.

En outre, les banques européennes et les agences de notation ayant clairement menacé le Royaume-Uni de sanctions en cas de « Brexit », par une dégradation de la note de crédibilité sur les marchés, le fameux AAA, ou par une vigilance accrue sur les investissements financiers en Albion, ces banques et agences, donc, ont augmenté le sentiment de panique. En effet, une éventuelle dégradation de la note signifierait que le pays serait économiquement moins crédible ou moins solvable. Rien ne le prouve pour l’heure, et la situation serait même plutôt contraire; le pays étant plus solvable et crédible qu’en 2010 ou en 2012. Mais la crainte de la perte du magique AAA a suffi pour que des investisseurs retirent leurs actifs, ou que d’autres rechignent à investir, par peur des pertes à venir.

Là encore, l’engagement politique malencontreux de décideurs économiques a eu des conséquences dramatiques en provoquant une panique sur les marchés financiers. Le cas est d’autant plus inquiétant que les patrons de banques ou d’agences de notations à l’origine de ces sorties hostiles contre le Royaume-Uni ont utilisé leurs institutions financières pour exprimer des convictions personnelles privées, celles de leur adhésion au projet de la construction européenne.

En conséquence, l’actuel tonnerre qui frappe les marchés boursiers a bien pour point de départ le résultat du « Brexit », mais il a été rendu possible par les campagnes politiques hostiles menées contre le Royaume-Uni et les partisans du « Brexit » dans la presse économique et les milieux financiers européens du continent, qui en sont donc les vrai coupables.

La panique créée ici nous montre, d’une part, la méconnaissance des mécanismes diplomatiques chez ces analystes et ces décideurs, mais aussi leur absence totale de sang froid et de maîtrise, liée sans doute à leur mode de gestion de l’entreprise, fondé sur des impératifs de rentabilité trimestrielle et non sur le temps des années.
Enfin, la versatilité des agents boursiers et de leurs donneurs d’ordres, prompts à céder à la peur sans motif réel, illustre leur faible recul historique et leur absence de culture générale, même contemporaine, qui leur aurait pourtant montré la robustesse institutionnelle du Royaume-Uni dans les siècles, la qualité négociatrice de ses diplomates, la solidité de son économie réelle.
La chute des cours boursiers aura des répercussions sur l’emploi et abîmera sans doute un peu la fragile reprise économique, mais elle illustre plus la mauvaise formation des cadres de l’économie financière que la première conséquence du « Brexit ».

La première leçon économique de ce « Brexit » ne serait-elle pas plutôt qu’il est urgent de donner une solide culture générale historique, littéraire et philosophique, notamment en humanités classiques, aux élèves des écoles de commerce, ainsi que quelques cours de maîtrise de soi ?

N’a pas le flegme britannique qui veut…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s