Un héros français : Vercingétorix

Nous sommes tous un peu mobilisés, après ces derniers événements douloureux. Que pouvons-nous faire ? Pas grand-chose, sinon notre devoir, à notre humble mesure. Voici pourquoi votre serviteur tentera, pour les mois à venir, de vous offrir de brèves notices biographiques sur des héros français, à lire et à faire lire, à partager avec vos amis et les membres de vos familles.

Il ne s’agira en aucune manière d’une légende dorée. Ces héros ont leur face sombre et leur visage de lumière, en mille nuances de grisaille. Ce premier portrait le montrera.

Mais nous croyons que c’est dans la connaissance de ces figures de l’histoire de France, avec leurs vices et leurs vertus, que l’on peut le mieux apprendre à aimer le pays en s’identifiant à lui par ces hommes si proches de nous.

La figure mythique de Vercingétorix est aujourd’hui méconnue. Son visage fut barbouillé, au XIXe siècle, de grandes tresses brunes et d’épaisses moustaches, d’un casque ailé et d’une longue épée celtique. Il apparaissait comme le héros idéal de la patrie française, spécialement après la défaite de 1870. Avec Jeanne d’Arc, il fit partie des convoqués au grand rassemblement de l’indépendance nationale.

Fils de chef, il était de ces aristocrates gaulois profondément hellénisés, liés à Rome par des échanges commerciaux fréquents, et en même temps véritables chefs de partie et maîtres des nations celtiques.

Lorsque débuta la guerre des Gaules, en 58 avant la naissance de Jésus Christ, que faisait Vercingétorix ? On ne le sait pas, mais on se doute qu’il était auprès de César. Les commentaires du général romain soulignent, à plusieurs reprises, une proximité originelle entre le noble arverne et Rome, comme c’était fréquemment le cas dans la chevalerie gauloise, ce qui ne signifiait pas qu’ils collaboraient avec l’envahisseur. La notion d’attachement à sa cité particulière était forte ; celle d’amour national était plus discrète.

Mais comme les autres cités gauloises, la nation arverne, dans l’actuelle Auvergne, était divisée entre le parti aristocratique favorable à Rome, et celui hostile à sa domination, souvent appuyé sur les petites gens. Vercingétorix appartenait au premier groupe, peut-on penser. Mais il n’oubliait pas que son père, Celtillos, avait été condamné à mort par les chefs arvernes, pour avoir brigué la royauté. Ses propres cousins avaient oeuvré contre son père, et ils dominaient maintenant le peuple arverne.

Est-ce par goût du pouvoir absolu ou par amour de sa patrie que Vercingétorix bascula dans la rébellion en 52 avant J.-C. ? Nul ne l’a écrit. Mais on peut supposer que les deux facteurs se mélangèrent.

Esprit fin et cultivé, sans doute vêtu à la mode hellène, comme le laisse supposer le profil apollinien que nous a légué la seule pièce de monnaie que nous ayons à son effigie. Il entra en révolte avec les hommes de son parti en authentique chef celte. Levant ses fidèles, faisant marcher à sa suite les pauvres sans aveux et en quête d’une pitance, il s’empara du pouvoir à Gergovie, capitale des Arvernes, fit chasser ses opposants et, chef cruel au milieu d’ennemis cruels, il exigea des otages de tous les peuples ralliés à sa cause, ceux-ci devant être mis à mort en cas de défection du peuple allié.

La guerre engagée, il la mena en homme formé à l’école de Rome, manœuvrant vite sur les excellentes routes de la Gaule, adoptant les formations de combat des légions et triomphant finalement à Gergovie. Orgueilleux et fanfaron comme nombre de chefs gaulois, il fut pourtant surpris par la robustesse des légions de César qu’il croyait vaincre dans leur retraite, à l’occasion d’une embuscade. De poursuivant il fut poursuivi. Nous connaissons la suite, avec le siège d’Alésia, l’échec désastreux de la tentative de libération par l’armée de secours composée des armées de toutes les cités de la Gaule, 200 000 hommes d’après César ; la mort lamentable des habitants de l’oppidum, rejetés hors des murs par l’infâme Critognatos pour économiser quelques jours de vivres ; et enfin la soumission de Vercingétorix, vaincu, déposant ses armes aux pieds du vainqueur.

Habituellement miséricordieux, César fit envoyer son prisonnier à Rome et, peut-être en souvenir de la trahison d’une ancienne alliance ou d’une amitié , il le fit étrangler au pied de l’autel de Mars, six ans plus tard, lors de son triomphe.

Ainsi mourut l’un des premiers grands chefs de guerre dont notre France ait gardé la mémoire.

Par sa vie et par sa mort, il fut l’exemple de la romanisation en marche du pays, avant même l’invasion de César. Ses relations diplomatiques illustraient la complexité de la vie politique composite de ce temps, entre pas moins d’une centaine de cités indépendantes. Mais son combat fut pleinement celui d’un Gaulois ; le dernier à avoir cherché la royauté, avant que Rome n’établisse son empire.

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