Louis XIV : le Soleil brille encore

Cet article a été initialement publié pour le site de Liberté politique, que vous ne sauriez trop consulter.


(Louis XIV reçoit le Grand Condé à Versailles, au pied de l’escalier des ambassadeurs. Jean-Léon Gérôme)

Il y a exactement trois cent ans, le 1er septembre 1715, Louis XIV rendait l’esprit « sans aucun effort, comme une chandelle qui s’éteint ». Mais la lumière du grand règne brille encore.

CE FUT le dernier souffle d’un règne interminable. Né en 1638 dans le tumulte de la guerre de Trente ans, il grandit sous les auspices de la régence d’une mère très aimée, Anne d’Autriche, dans le souvenir d’un père vénéré et peu connu, Louis XIII, accompagné par le plus fin homme d’État de sa génération, le cardinal Mazarin.

Le cardinal, parrain et principal ministre du roi, son premier éducateur politique également, dit de son pupille encore dans l’adolescence : « Vous ne le connaissez pas. Il se mettra en chemin un peu tard mais il ira plus loin qu’un autre : il y a en lui de l’étoffe de quoi faire quatre rois et un galant homme. »

Depuis on n’a cessé de gloser sur ce règne.

Les écoles de pensée face au règne

Les uns, à la suite du duc de Saint-Simon, n’ont eu de cesse de noircir la mémoire de Louis XIV, au risque de l’illogisme, lui reprochant son goût des dépenses et se félicitant d’avoir Versailles, le Louvre, Vincennes, la place Vendôme ou celle des Victoires, l’accusant d’avoir trop aimé la guerre et aimant nos belles frontières logiques et homogènes, ceinturées de forteresses longtemps imprenables. Les mêmes qui lui font grief de la révocation de l’édit de Nantes et ne voient pas que semblable édit était inconnu de tout le reste de l’Europe, même les très tolérants Pays-Bas où il ne faisait pas bon être catholique. On lui reproche d’avoir enfermé la noblesse à la cour, mais on admire les œuvres de Lully, de Charpentier, de Marin Marais, de Le Brun, de Mansart, de Le Nôtre, fruits de cette même cour. La liste serait longue, et il y a beaucoup de justices à rendre à Louis XIV sur ces points controversés.

Les autres, à la suite de Voltaire et de son Siècle de Louis XIV, ont ouvert les archives et chantés ce roi de gloire sans oublier pour autant ses noirceurs. Mais comme le disait le Père De La Rue en 1715, « il avait ses défauts, le soleil a ses taches. Mais il est toujours le soleil ».

De nos jours, c’est le parti qu’ont pris le très éminent historien François Bluche dans son Louis XIV, publié chez Fayard en 1986 et pour l’instant encore inégalé, Olivier Chaline dans un ouvrage plus récent (Le Règne de Louis XIV, Flammarion) et enfin Jean-Christian Petitfils, qui quoiqu’extérieur au monde universitaire mérite largement de figurer dans toutes les bonnes bibliographies (Louis XIV, Perrin).

I- LE SOLEIL A SES TACHES…

Les guerres du roi

Les générations qui suivirent le règne de Louis XIV, et plus spécialement celles de nos contemporains, plus oublieuses sans doute des duretés et des obligations de la guerre, lui reprochèrent d’avoir été trop militaire et conquérant. Il est vrai que Louis XIV a mené personnellement quatre guerres ; celle de Dévolution, celle de Hollande, de la Ligue d’Augsbourg et de Succession d’Espagne. Il a également assisté, du temps de sa minorité, à la fin de la guerre de Trente ans et son prolongement contre l’Espagne, clôturé par la paix des Pyrénées en 1659. À vrai dire, ce n’est pas plus que les autres souverains de ce temps dans un siècle qui fut de fer et dont les sacrifices préparèrent un XVIIIe siècle bien plus pacifique, du moins pour la moitié ouest du continent européen.

Observons ces conflits et jugeons la part de responsabilité du souverain, s’il y a lieu, mais aussi leurs apports au royaume de France.

La guerre de Dévolution permit l’agrandissement de la France au nord, dans les Flandres, donnant à peu près au pays sa frontière septentrionale actuelle. Ces territoires espagnols, le roi les revendiqua au nom de sa femme, Marie-Thérèse, dont la dot n’avait pas été versée et qui, comme fille du premier lit de Philippe IV d’Espagne, devait régner sur les Pays-Bas espagnols, selon la coutume de ces provinces, à la place de Charles II, issu du second lit du roi espagnol. Le prétexte juridique n’est qu’un prétexte et cette guerre est purement offensive. Mais la France lui doit Lille et le Nord.

Modéré dans ses exigences, Louis XIV, qui avait conquis la Franche-Comté, rendit cette province à l’Espagne lors du traité d’Aix la Chapelle en 1668. De plus, si le prétexte peut prêter à sourire, il ne fait pas de cette guerre victorieuse un conflit injuste.

La guerre de Hollande, débutée en 1672, est plus délicate à juger. Il s’agit véritablement d’un conflit offensif, voulu par le roi et son ministre Louvois, contre l’avis de Colbert, afin de rabaisser la puissance maritime et commerciale de cette puissance du Nord.

Débutée avec le soutien sans scrupule de l’Angleterre, cette guerre s’acheva en 1678 par la signature du traité de Nimègue qui vit la France seule contre l’Empire romain germanique, l’Espagne et la Suède, l’Angleterre s’étant rapprochée in extremis de la Hollande, par le mariage de la fille de Jacques II Stuart, Marie, avec Guillaume d’Orange, stathouder des Pays-Bas. Mais la guerre conforta les possessions septentrionales de la France et la vit s’emparer de la Franche-Comté. La très rapide adhésion des peuples conquis aux fleurs de lys parle d’elle-même.

Après ces deux conflits offensifs, il n’y eut pas de plus juste et plus légitime guerre que celle de la Ligue d’Augsbourg et celle de la Succession d’Espagne.

La première faisait suite à la politique des Réunions, voulue par le roi et ses juristes entre 1679 et 1681. Le traité de Westphalie, en 1648, avait donné à la France, outre les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun, une souveraineté théorique sur l’Alsace. Il restait encore à conquérir réellement cette souveraineté, face à des villes libres jalouses de leur autonomie et des seigneurs vassaux à la fois du roi de France et de l’Empereur.

Exhumant d’antiques droits féodaux, revendiquant les clauses du traité de 1648, obtenant parfois le ralliement volontaire des villes, Louis XIV mit peu à peu la main sur toute l’Alsace. Conquérir la rive gauche du Rhin, c’était à la fois rétablir le roi dans ses droits suite aux anciens traités, c’était aussi protéger de l’invasion tout l’intérieur du royaume. Fortifiée par Vauban comme le Nord, la province devint un rempart inexpugnable, comme en témoigne l’absence d’invasion du territoire national entre 1715 et 1793.

Mais, évidemment, l’Empereur voyait d’un mauvais œil cet expansionnisme français. En outre, la révocation de l’édit de Nantes créa, dans toute l’Allemagne protestante, un foyer d’hostilité contre la France, animé par les huguenots exilés. En 1686 fut réunie la ligue d’Augsbourg, réunissant puissances catholiques et protestantes pour réclamer le retour de la France à ses frontières de 1648.

Le début de la guerre, en 1688, eut pour prétexte le risque d’une mainmise française sur Cologne, dont le trône épiscopal revenait, normalement à un Wittelsbach, dont la dynastie était alliée de la France. Toutes les puissances européennes furent liguées contre le royaume des lys. La guerre se joua sur terre et sur mer, mais le pays ne fut presque pas touché sur son sol, la guerre étant toujours portée en Allemagne ou aux Pays-Bas.

Que retenir de cette guerre ? Que Louis XIV, dès son commencement, n’eut de cesse de vouloir signer la paix, quitte à revenir sur certaines de ses conquêtes. Qu’hormis l’épisode désastreux du ravage du Palatinat par les troupes du général de Villars, les plus enragés furent avant tout les souverains Habsbourg Charles II et Léopold Ier, et le Hollandais Guillaume d’Orange, devenu roi d’Angleterre en 1688. La résistance étonnante de la France, seule contre toute, permit le règlement très honorable de Ryswick en 1697, qui consacrait toutes les conquêtes alsaciennes de Louis XIV.

Enfin, la guerre de succession d’Espagne, de 1702 à 1713 fut une guerre purement défensive et visant à défendre tant l’intégrité du sol national que la couronne de Philippe d’Anjou, petit-fils de Louis XIV et devenu roi d’Espagne à la mort de son grand-oncle Charles II. L’Europe craignait la réunion des deux couronnes, les Habsbourg, surtout, voulaient préserver leur emprise sur les Espagnes. Les Bourbons ne firent, ici, que défendre leurs droits légitimes, et la France, après tant de sacrifices, sortit grandie de cette affaire, conservant, à peu de choses près, les frontières que nous lui connaissons aujourd’hui.

Ces guerres, on l’a vu, le roi y a eu sa part de responsabilité. Mais il est bien trop facile d’en faire le seul responsable. Enfin, il faut bien voir, à son actif, ce que la patrie leur doit, encore aujourd’hui. Sans doute les articles vont fleurir, dans la presse, pour flétrir ce souverain guerrier. Ayons bonne mémoire que nous lui devons Lille et Strasbourg.

Affaires religieuses

Plus délicates sont les questions religieuses. La persécution du protestantisme et du jansénisme, dans deux registres différent, fait figure de faute politique, à tous points de vue, ayant renforcé les deux groupes dissidents que le gouvernement royal se proposait de réduire, et ayant engendré la guerre civile dans le premier cas, la résistance passive dans le second.

Louis XIV, à chaque fois, fut le principal ordonnateur des mesures de persécution, et s’il n’a pas agi seul, il a toujours apposé sa signature.

L’édit de Fontainebleau de 1685, que l’histoire a retenu comme la révocation de l’édit de Nantes, a en fait mis fin à une coquille vide. Dans le quart de siècle précédent, peu à peu, le roi a retiré aux protestants français leurs prérogatives, les empêchant d’accéder aux grades militaires supérieurs ou aux fonctions de gouvernement, leur retirant le droit d’exercer dans la magistrature, puis de construire de nouveaux temples, puis d’exercer le culte publiquement, puis d’avoir du personnel catholique, enfin d’exercer toute fonction publique, et jusqu’aux enfants issus d’unions mixtes devant être éduqués obligatoirement dans la religion catholique.

Ces brimades progressives furent doublées encore par les dragonnades, donnant prioritairement aux militaires leurs billets de logement dans les foyers protestants, où ils exerçaient leur brutalité de telle sorte que les conversions se multiplièrent.

Ce que ne pouvait savoir Louis XIV et que la statistique moderne a révélé, c’est que le protestantisme était en perte de vitesse en France, avant même ces persécutions. Celles-ci, tout au contraire, l’ont renforcé en radicalisant les irréductibles et en créant tout un réseau de protestants clandestins, faussement convertis au catholicisme pour éviter les lois d’exception. La révocation engendra l’exil de 200 000 protestants, une perte de talents et de capitaux, le renforcement de puissances ennemies de la France. Elle créa un foyer d’insurrection dans les Cévennes.

Mais Louis XIV a agi en homme de son temps. La tolérance religieuse était chose inconnue dans l’Europe d’alors. Le principe dominant était « cujus regio, ejus religio », à chaque pays sa religion. L’édit de Nantes était une exception. Le roi y mit fin, se conformant au serment de son sacre de combattre toujours et partout les ennemis de l’Église. En outre, on oublie un peu vite que la révocation fut saluée par les Français dans un tonnerre d’acclamations, de feux de joie, de danses populaires. Aussi étrange cela soit-il pour nos esprits contemporains, il y avait une nécessité d’ordre public et une forme de charité à convertir par la force les fidèles d’une autre religion, afin de leur offrir leur Salut et de pacifier le corps social. Les protestants ne pensaient pas différemment et avaient la secrète espérance que leurs frères se convertissent. Là où ils étaient majoritaires ils imposaient la conversion.

La querelle janséniste est tout autre, puisqu’il s’agit, ici, de catholiques, qui plus est à la pointe intellectuelle de la contre-Réforme en France. Mais les persécutions dont firent l’objet les religieuses de Port-Royal, Messieurs les Solitaires, et les évêques ou prêtres jansénistes en France doivent être vues sous un angle plus politique.

La querelle religieuse avait du sens surtout pour les jansénistes, qui résistèrent à toutes les pressions au nom de leur foi ; tandis que l’action royale, elle, eut un tout autre sens. Louis XIV voyait d’un mauvais œil ces jansénistes majoritairement anciens frondeurs, ces gallicans intransigeants, ces religieux à l’esprit libre, indépendants du pouvoir royal, recrutés dans les milieux parlementaires, alors que depuis le concordat de Bologne de 1516, le chef de l’Église en France était le roi, après le pape.

La destruction de l’abbaye de Port-Royal des Champs en 1709, puis la promulgation de la bulleUnigenitus en 1713, eurent d’abord des motivations politiques, la piété janséniste n’étant en aucune façon un danger pour l’unité de la foi catholique. Mais la querelle n’empêcha pas le roi de s’entourer d’amis de Port-Royal comme Racine ou Boileau.

II-… MAIS IL RESTE LE SOLEIL

Un roi bien servi

Ses détracteurs aiment dépeindre Louis XIV en homme d’intelligence moyenne, piètre lecteur, préférant l’apprentissage par la conversation, chrétien à la foi du charbonnier.

Il y a une part de vérité à cela, mais c’est oublier le plus grand génie du roi, celui d’avoir su s’entourer. Connaissant ses limites, le souverain a repéré et recruté avec maestria des talents parmi les plus remarquables de l’Europe d’alors, sans souci du rang, appelant à lui des bourgeois autant que des aristocrates de robe ou des grands seigneurs d’épée. Sans Louis XIV il n’y eut sans doute jamais eu de Colbert, de Louvois, de Ponchartrain, d’Arnauld de Pomponne, de Torcy, de Seigneley, de Voysin pour gouverner la France, lui donner une armée de 350 000 hommes et une flotte de guerre de plus de cent navires, là où, en 1661 il n’y avait que 50 000 hommes et dix navires.

Ces hommes dotèrent la défense du pays d’une intendance la plus performante de l’Europe, donnèrent au commerce les comptoirs des Indes, le Sénégal, les Antilles, la Louisiane et le Canada. Ils organisèrent la marine de commerce et de guerre, lui fournissant des marins, des ouvriers et du bois pour bâtir. Secondés par l’infatigable Vauban ils entourèrent les frontières de villes fortifiées inexpugnables.

Soutenant l’industrie, ils développèrent les grandes manufactures comme celle des Gobelins, la plus connue, mais aussi celle de Saint-Gobain qui tourne toujours… Louis XIV eut le premier génie de leur accorder sa confiance et s’ils étaient des ministres puissants, ils n’agirent jamais sans rendre compte de leurs actes au roi, qui fut en toutes choses le véritable pilote.

Ce même Louis XIV sut reconnaître le talent de deux anciens frondeurs, Turenne et Condé, ses plus grands généraux. Il poussa Villars, Catinat, Luxembourg et Vendôme sur terre, Duguay-Trouin, Duquesne et Jean Bart sur mer. Ce sont eux qui donnèrent à la France ses contours d’aujourd’hui et la préservèrent des invasions.

Jusqu’à la guerre de la ligue d’Augsbourg, Louis XIV chevaucha avec eux, prenant les villes, visitant les tranchées et les bastions, donnant ses ordres à portée de mousquet. Homme de coeur, il laissa son frère Orléans prendre toute son ampleur, puis lorsque l’âge l’empêcha de suivre ses armées à la guerre, il confia cette mission au Grand Dauphin, qui s’y couvrit de gloire et gagna l’affection du soldat dont il partageait les peines.

Louis XIV, encore, en soutenant Molière dont il parraina l’enfant, en laissant leur liberté de parole à Boileau, La Fontaine, La Bruyère et Perrault, en appuyant contre leurs ennemis le vieux Corneille et le jeune Racine, en confirmant leurs privilèges aux académies, en faisant jouer Lully et Charpentier, en ordonnant à Mansart, Le Brun et Le Nôtre les constructions les plus grandioses qui fussent et que toute l’Europe des Lumières tenta d’égaler, il fut le véritable Auguste de ce grand règne de mécénat.

Alors que mourait saint Vincent de Paul, Louis XIV ne confiait-il pas la mitre à Bossuet et Fénelon ? Ne donnait-il pas leurs lettres patentes aux eudistes et n’appuyait-il pas la congrégation de l’Oratoire autant que la compagnie de Jésus ? Dans ce siècle dont on dit qu’il fut celui des saints, il eut sa part.

« France, maîtresse des arts, des armes et des lois »

Cette floraison incroyable de talents dans tous les domaines fit de la France du XVIIe siècle le plus royaume qui soit sous le ciel, d’après Grotius, et de Louis XIV « un des plus grands rois qui furent jamais », d’après Leibniz. L’expression du philosophe allemand est empreinte d’une légère exagération, oublieuse de la révocation, d’Unigenitus, mais aussi des maîtresses, des enfants adultérins et de la guerre de Hollande. Sous la plume d’un protestant, elle mérite cependant toute notre attention.

Le royaume que laissait le vieux roi était plus grand qu’il ne l’avait trouvé, mais aussi plus riche, plus peuplé, mieux instruit et plus prospère.

Jouissant des premières statistiques nationales, établies grâce au génie administratif de Vauban secondé par les intendants des provinces, le roi était persuadé que le royaume se dépeuplait. Il comptait dix-neuf millions de sujets. Nous savons, aujourd’hui, qu’ils étaient vingt-et-un et que le royaume, au contraire, gagna, indépendamment des conquêtes, un million d’âmes de 1638 à 1715, les naissances comblant largement les décès en dépit des hivers rigoureux de 1683, 1684, 1709 et 1710, dont certains font grief au roi, comme s’il pouvait commander aux éléments.

Si l’édit de 1695, généralisant l’enseignement élémentaire dans toutes les paroisses ne reçut pas, faute de moyens, l’application parfaite qui était attendue, il permit de faire progresser considérablement le maillage scolaire et l’alphabétisation, notamment dans la moitié nord du pays, bien avant les lois de Jules Ferry qui ne vinrent que compléter une entreprise d’instruction pluriséculaire.

En jetant les bases de l’empire colonial perdu en partie sous Louis XV, Louis XIV donnait à la France le monopole de la canne à sucre pour un siècle.

Enfin, le roi marqua dans la pierre son empreinte de gloire. Tout le monde connaît Versailles, mais on se souvient moins que le château a fait émerger une ville au coeur d’anciens marécages asséchés. On ne dit pas qu’il s’inscrivait dans un ensemble palatial plus large, entre Maintenon, Rambouillet, Saint-Germain et Marly, dont il était le centre, créant un réseau de résidences royales, de forêts giboyeuses et de concentration de puissance et de richesse unique en Europe. C’était le plus parfait miroir de la puissance française et le lieu où les ambassades du monde entier, pas seulement de l’Europe, mais aussi de l’empire ottoman, de la Perse ou du Siam venaient présenter leurs devoirs au roi.

S’il a quitté Paris dès après la mort de sa mère en 1666, Louis XIV n’a pas négligé sa capitale, qui lui doit la place Vendôme et la place des Victoires, mais aussi l’achèvement des travaux du Louvre et des Tuileries, laissés à l’usage des artistes pensionnés, des académies et des collections qui servirent de base au futur musée, tout comme la bibliothèque royale resta rue Vivienne, où se trouve l’actuelle BNF. Enfin, à Paris toujours, le roi donna aux malheureux deux hospices répondant à tous les critères de la modernité d’alors, œuvre charitable d’une ampleur inédite ; les Invalides pour les soldats qui avaient si vaillamment servi la France, et la Salpêtrière pour les malades et les indigents.

Hors de Paris nous connaissons les travaux portuaires de la côte atlantique et le canal du Midi, mais surtout, n’oublions pas toutes ces réalisations particulières qui essaimèrent dans les provinces, à l’imitation de l’œuvre du roi, bâtissant hôpitaux, châteaux, arcs de triomphes et places prestigieuses, comme celle du Peyrou à Montpellier, pour n’en citer qu’une. La France changeait de visage à l’instigation de son roi.

Ce ne fut pas que rêve mégalomane de nanti. À partir du règne de Louis XIV, enfin, décrurent et peu à peu disparurent ces émeutes populaires, de paysans affamés ou écrasés d’impôts qui avaient marqué tous les siècles passés et spécialement le règne de Louis XIII pour le XVIIe. Si le peuple s’est moins soulevé, c’est surtout qu’il vécut mieux. Le roi n’en est pas le seul responsable évidemment, mais il est l’ordonnateur de ce mieux vivre. N’écrivait-il pas au Grand Dauphin : « Nous sommes la tête d’un corps dont ils sont les membres. »

Nec pluribus impar

Le mot de la fin de nous vient pas de France, mais la lointaine Prusse où, lorsqu’il apprit la mort de Louis XIV, le souverain Frédéric Ier, s’adressant à sa cour de Berlin, leur annonça, le plus simplement du monde : « Messieurs, le Roi est mort. » Tout le monde sut ce que cela signifiait, et il n’est pas besoin d’en dire plus.

 

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