Défense de l’enseignement catholique


(Saint Jean Bosco, éducateur de la jeunesse)

Cet article a été initialement publié pour le site de Liberté politique, que votre serviteur vous invite à visiter et soutenir.

IL EST UN EFFET DE MODE, depuis quelques mois, qui consiste, dans certains milieux catholiques, à ouvrir le feu contre l’enseignement catholique, dont on oublie un peu vite qu’il est une institution d’Église, dépendant directement des évêques ou des congrégations religieuses.

Pour faire court, celui-ci est accusé de n’être tout simplement pas catholique, de se coucher devant les projets de réformes issus du ministère de l’Éducation nationale, en somme d’être devenu du « public payant ». (C’est oublier un peu vite que depuis 1959, il est lié à un contrat d’association avec l’État et doit donc accepter ces réformes, tant qu’elles n’attaquent pas son caractère propre. Sans ce contrat, il ne serait pas en mesure de scolariser les 2 000 000 d’enfants qui lui ont été confiés et de salarier les 140 000 adultes qui veillent à leur instruction.)

Plusieurs mises au point s’imposent, car il semble que les auteurs de récentes publications, Béatrice de Ferluc sur Liberté politique, Gabrielle Cluzel sur le site Le Rouge et le Noir, Pierre de Laubier dans son ouvrage L’Ecole privée… de liberté, et quelques autres, fassent de leurs cas particuliers des cas généraux, au risque de l’erreur.

De nouveaux statuts

Premièrement, l’enseignement catholique, loin de ne plus l’être, l’est d’avantage que par le passé. En 1992, celui-ci s’était doté de nouveaux statuts qui auraient pu être ceux de n’importe quelle structure privée. La référence au catholicisme ou à l’Église en était quasi-absente. La conférence des évêques de France, qui alors se désintéressait largement des questions d’enseignement, ne réalisa que tardivement son erreur et fit ajouter, in extremis, un préambule rappelant le caractère catholique de ses écoles.

En 2013, de nouveaux statuts ont été publiés. Sur plus de cinquante pages, presque chaque article fait référence, soit au magistère de l’Église, soit aux Écritures saintes, soit à la personne même de Jésus Christ, à l’Esprit-Saint ou au Père. Le moins que l’on puisse dire est que ces statuts affirment le caractère catholique de l’école, et surtout la manière chrétienne de les gouverner. Or, qui a rédigé ces nouveaux statuts ? Des évêques, des représentants de congrégations enseignantes, des prêtres, des juristes canonistes, des directeurs diocésains de l’enseignement catholiques, des chefs d’établissements, des professeurs, des représentants des Organismes de gestion de l’enseignement catholique (OGEC) et des représentants des associations de parents d’élèves (APEL)

Rechristianiser les programmes

À cette rechristianisation des statuts généraux de l’enseignement catholique il faut ajouter deux éléments forts des dernières années :

– En 2013, durant le débat sur l’ouverture du mariage aux personnes de sexe identique, non seulement le secrétariat général de l’enseignement catholique a fait savoir son désaccord avec le gouvernement, mais le secrétaire général d’alors, Éric de Labarre, a diffusé à tous les établissements une lettre circulaire incitant les chefs d’établissements à organiser des débats et des temps d’information sur ce projet de loi.

– En 2013 toujours, le nouveau secrétaire général, Pascal Balmand, appelait à christianiser les contenus d’enseignement, dans un entretien accordé au journal La Croix. Dans cette perspective, on comprend mieux son adhésion à la réforme des collèges, en 2015. En effet, cette réforme ne s’attaque pas seulement aux programmes et à l’enseignement des langues vivantes, elle octroie également une plus grande autonomie aux collèges. 20 % du volume horaire des cours sera laissé à la discrétion des chefs d’établissement, dans le cadre des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Que rêver de mieux pour appliquer le souhait émis en 2013 ?

Enfin on ne peut ignorer que l’enseignement catholique, contraint d’appliquer comme l’école publique, le nouvel enseignement civique et moral institué par le ministère après les attentats du 7 janvier, a décidé de l’adapter à sa manière en publiant une brochure à destination des professeurs.

Cette tendance générale se traduit, sur le terrain par un choix des directeurs diocésains et chefs d’établissement généralement plus conforme aux exigences d’un enseignement chrétien.

Contre-exemples

Il ne s’agit pas ici de mettre en cause la véracité des témoignages produits par les critiques de cet enseignement catholique. On pourrait en ajouter d’autres, comme ce directeur diocésain normand soupçonné d’adhésion à la franc-maçonnerie, ou ce chef d’établissement bourguignon, divorcé et vivant notoirement avec une nouvelle compagne, ou encore les professeurs d’un établissement du diocèse de Meaux qui persécutent leurs élèves catholiques pratiquants, ou encore ce collège de la Mayenne dont des professeurs ont sensibilisé leurs élèves aux gender studies dans leur version la plus perverse, etc.

Mais on pourrait donner autant de contre-exemples, comme ce lycée du diocèse de Versailles qui a initié des parcours Alpha jeunes pour ses élèves ; comme ce collège du diocèse de Créteil où les croix ont fait leur réapparition dans les salles de classe, où une prière du matin est organisée chaque semaine pour les élèves et une autre pour les professeurs ; ou encore comme ce lycée du diocèse de Bordeaux où 50 élèves assistent trois fois par semaine à la messe à 7h30 dans la chapelle de l’établissement, ou encore ce collège du diocèse de Chartres qui a considérablement renforcé ses cours d’enseignement religieux, etc.

Comment se fait-il qu’une telle diversité de situations existe et que le meilleur côtoie le pire ?

Authentiquement libre

À la différence de l’école publique, l’enseignement catholique est authentiquement libre. C’est-à-dire que chaque établissement est autonome, son patrimoine étant géré par une association, l’OGEC, constituée de bénévoles, le directeur étant nommé par l’évêque ou le supérieur d’une congrégation qui exercent une tutelle sur l’établissement. Le secrétariat général de l’enseignement catholique donne des orientations, exerce une coordination, mais il n’est pas pour ainsi dire le « patron » national. Le vrai « patron » des établissements d’un lieu restant l’évêque dont le directeur diocésain est le représentant, son homme lige dirait-on au Moyen Âge.

Il en résulte que selon la personnalité de l’évêque, ou de son prédécesseur, toute la chaîne de commandement de l’enseignement catholique dans le diocèse est marquée par plus ou moins d’adhésion à la foi chrétienne et sa mise en pratique.

Ressources humaines

En outre, se pose un problème de ressources humaines. Dans un pays, la France, où il n’y a plus que 4,5 % de catholiques pratiquants réguliers, dont 40 % ont plus de 60 ans, on mesure quelle difficulté il y a à trouver des chefs d’établissements, des adjoints, des responsables de niveaux de classes et à plus forte raison des enseignants catholiques pratiquants pour les 8500 écoles, collèges et lycées catholiques de France.

140 000 adultes travaillent au sein de l’enseignement catholique. Il n’y a tout simplement pas assez de pratiquants pour pourvoir tous les postes. Ajoutez à cela la crise générale des vocations enseignantes dans l’école publique et privée en France.

La priorité d’une école est d’assurer ses cours avec des professeurs de qualité. Lorsque pour un poste à pourvoir au 1er septembre, il n’y a qu’un seul candidat et qu’il n’est pas catholique, il sera recruté, parce que la priorité est d’assurer le cours. Les parents, même les plus chrétiens, ne comprendraient pas qu’au 1er septembre il n’y ait toujours pas, par exemple, de professeur de français pour leurs enfants…

L’inertie de l’enfouissement

Par ailleurs, l’enseignement catholique est une institution d’Église, il en a vécu les heurs et les malheurs. C’est-à-dire que dans les années 1970-1980, il a connu la théologie de l’enfouissement, le renoncement à ses valeurs, etc.

À la différence du corps ecclésiastique dont les membres peuvent être déplacés sans difficulté par les évêques ou les supérieurs de congrégations, les enseignants sont en contrat définitif et ne peuvent quitter un établissement que s’ils le désirent. Le besoin de pourvoir les postes de direction avec les volontaires disponibles, peu nombreux, augmente encore plus cet effet d’inertie.

En conséquence, la crise fut moins violente dans les établissements scolaires à l’époque, où des professeurs et des directeurs « vieille école » ont pu maintenir un semblant de christianisme plus longtemps que dans les paroisses en pleine crise. Mais le phénomène identique produit les mêmes effets aujourd’hui, où les professeurs et directeurs attachés à la théologie de l’enfouissement, demeurent en place et ne partent qu’au rythme des retraites…

En effet, lorsque vous vous plaignez d’un directeur ou d’un professeur non catholique, ou qui s’attaque aux élèves et parents trop visiblement catholiques, ne soyez pas si sûrs de votre fait. Il y a de très grandes chances pour que cette personne soit un chrétien sincère, mais à l’esprit complètement dévié par ces théories de l’enfouissement et du témoignage implicite. Ainsi, toutes ses décisions seront prises à la lumière de la prière et de sa foi personnelle, mais en ayant toujours à coeur que rien ne se voit. C’est une déviance évidente, mais il serait faux d’en accuser tout l’enseignement catholique.

Patience !

Pour conclure on peut dire que l’enseignement catholique, en France, aujourd’hui, est dans une tendance générale de rechristianisation, mais que son histoire récente et la très grande autonomie de ses structures explique la lenteur de l’évolution sur le terrain, avec des écoles, collèges ou lycées en grande souffrance, quand d’autres établissements ont déjà déployé toutes leurs voiles pour la nouvelle évangélisation de la jeunesse.

Il faut pour cela de la patience et de la persévérance. Évidemment, les enfants ne sont pas des cobayes. Et s’il faut attendre encore une génération pour que l’école catholique ait repris toutes ses belles couleurs, les enfants, eux n’attendront pas. Donc si vous êtes a proximité d’un établissement catholique qui n’en a plus que le nom… eh bien ! allez voir ailleurs. Mais de grâce ne jetez pas la pierre à une institution qui fait tout ce qui est en son pouvoir, à l’image de l’Église de France, pour se redresser après des décennies d’abandon.

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9 réflexions sur “Défense de l’enseignement catholique

  1. Cher Monsieur, je vois que vous parlez de mon livre sans l’avoir lu. D’abord je ne parle que de ce que j’ai vu et vécu. Ensuite je ne dis pas que l’enseignement catholique ne peut pas être libre. Je dis le contraire. Je dis qu’il doit affirmer sa liberté, qu’il est moins difficile de le faire qu’on ne le dit, comme j’en ai donné des exemples par écrit et par oral, et qu’en réalité c’est la direction diocésaine qui persécute les directeurs dès lors qu’ils sont vraiment catholiques. Exemples : l’affaire Gerson (instrumentalisée, voire suscitée par la direction diocésaine), et le limogeage du directeur de Stanislas. Le fait que les professeurs catholiques (ou « trop » catholiques) soient écartés est patent, tous les candidats catholiques le savent et s’efforcent de faire profil bas. Sinon, ils sont refusés, comme j’en reçois de nombreux témoignages (et des preuves). Je ne peux pas répéter en quelques lignes les 165 pages de mon livre. J’y parle en effet du nouveau statut de l’enseignement catholique. Mais vous ne pouvez passer sous silence la question de l’organisation. Certes, le directeur diocésain est nommé par l’évêque. Mais il est ensuite chapeauté par un secrétaire général nommé par la conférence des évêques. Or, comme un évêque l’a récemment rappelé, les diocèses ne sont pas des filiales de la conférence des évêques ! Les évêque dépendent directement de Rome, la conférence des évêques n’est qu’une organisation informelle : il n’y a pas d’église gallicane. M. Balmand n’a, en réalité, aucune légitimité pour approuver ou désapprouver quelque réforme que ce soit en lieu et place des écoles, voire de chaque évêque. Les directions diocésaines n’ont aucun légitimité pour choisir les professeur en lieu et place des établissements qui en sont les employeurs. Mon livre n’est pas (comme je ne cesse de la répéter), un catalogue de ce qui ne vas pas. Il met en lumière une organisation illégitime qui a confisqué la liberté des écoles et des évêques. Pour finir, vous parlez d’un directeur diocésain soupçonné d’être franc-maçon. Permettez-moi de vous dire qu’une organisation aussi opaque que celle que je décris n’a pas été faite pour le plaisir et qu’elle se prête fort bien à de genre de noyautage. M. Gautier, directeur diocésain de Paris et « tombeur » du directeur de Stanislas (à la place de qui il s’est tout bonnement nommé lui-même), en sait quelque chose. Il faut mettre fin à cette organisation perverse, et ne pas se contenter de dire : il suffit d’attendre et finalement tout ira mieux.

    • Cher Monsieur,

      En effet, je n’ai pas eu l’occasion de lire votre ouvrage. Je vous ai écouté à deux reprises durant des entretiens de dix minutes chacun que vous avez accordé à TV Libertés et à la librairie Notre-Dame de France via le site Media presse info. C’est sur la base de ces deux documents que je me suis permis de vous citer parmi ceux qui, actuellement, reprochent à l’Enseignement catholique de ne plus l’être. Bien sûr, je me garderais bien de réduire votre travail à ce point, mais c’est lui qui a contribué à susciter cet article.

      Concernant les éléments que vous soulevez ici :

      – Sur l’affaire Gerson tout d’abord. Ayant été élève là-bas il y a quinze ans, et ayant conservé un temps des amitiés dans les murs, je peux en parler plus à mon aise. Au début des années 2000, moment où l’actuel directeur y débutait comme professeur d’histoire géographie, le moins que l’on puisse dire est que l’établissement ne conservait plus qu’un catholicisme bourgeois de façade, fruit de ses traditions. La direction à la fin des années 2000, nommée par M. Gautier, entama un premier recentrage vers un catholicisme plus explicitement affirmé et plus évangélisateur. Cette tendance a été confirmée au début des années 2010 avec la nomination de M. Person, par le même M. Gautier. Ce dernier ne pouvait pas ignorer les opinions de M. Person, qui n’en a jamais fait mystère, et a exercé à Gerson pendant plus d’une décennie les fonctions de professeur, de responsable de cycle puis de directeur adjoint, avant de devenir chef d’établissement. Je ne vois pas pourquoi M. Gautier aurait suscité une cabale, qui a jeté le trouble sur tout l’enseignement catholique de Paris, contre un directeur qu’il connaissait et qu’il a nommé avec l’archevêque Mgr Vingt-Trois. En outre, je ne vois nulle part que M. Gautier ait instrumentalisé cette affaire où, au contraire, avec Mgr Vingt-Trois, il a plutôt joué le rôle de temporisateur. Que pouvait-il faire d’autre d’ailleurs ? Attaquer les enseignants délateurs, alors que ceux-ci sont solidement installés dans la place grâce à leur contrat définitif, aurait eu un effet désastreux et contre-productif. En outre, M. Person a finalement été confirmé dans ses fonctions. Or, lorsque le scandale éclabousse l’Enseignement catholique, celui-ci a tendance, et c’est son défaut, à écarter les scandaleux sans réfléchir, pour ne pas faire de vague, quitte à créer des injustices. Ce ne fut pas le cas ici, et on peut donc parler positivement du dénouement de cette affaire, mais aussi de la manière dont la direction diocésaine la mena.

      – Sur le cas de M. Chapelier, je n’ai aucune connaissance intime du dossier. Il me semble cependant que le bon sens doit faire écarter les motivations religieuses d’une mise à l’écart. En effet, M. Chapelier a été nommé directeur de Stanislas toujours par M. Gautier et Mgr Vingt-Trois alors que ses opinions religieuses et sa conception de la pédagogie étaient bien connues grâce à son passage au collège de Juilly et à l’internat St Martin de Pontoise, deux établissements sous tutelle de l’Oratoire. Pourquoi M. Gautier aurait-il recruté un directeur d’opinions opposées aux siennes, en connaissance de causes ? Pourquoi l’aurait-il maintenu en fonctions par la suite, y compris durant les Manifs pour tous, où M. Chapelier s’illustra par sa franche opposition à la Loi Taubira. Et dans ce cas, si c’est un limogeage religieux, pourquoi avoir conservé la directrice de St Jean de Passy, tout aussi notoirement hostile ? La raison réelle de ce départ semble, hélas, plus bassement pratique… Mgr Vingt-Trois arrive doucement à l’âge de la retraite ecclésiastique et devra dans quelques années résigner sa charge d’archevêque de Paris. Or, il est de tradition, dans l’enseignement catholique, qu’un directeur diocésain change en même temps que son évêque. Il existe des cas où des directeurs diocésains restent en fonction durant plusieurs épiscopats, mais c’est assez rare. Il s’agissait donc, très probablement, pour M. Gautier, de se préparer une place pour l’après Mgr Vingt-Trois. Le procédé est inélégant je vous l’accorde, d’autant que M. Chapelier était à un an de la retraite. Mais il est autre que celui que vous formuliez. J’en veux pour preuve que le même M. Chapelier vient de se lancer dans la re-création du collège de Juilly, mais sous tutelle diocésaine désormais. Pour un disgrâcié, vous conviendrez que ce n’est pas si mal, à moins que le diocèse de Meaux ne soit plus catholique que celui de Paris, mais je ne me risquerai pas à cette conjecture…

      Ce point sur les directions diocésaines m’amène à un autre élément de votre propos. Il me semble que vous exagérez considérablement le poids réel des directions diocésaines. D’une part, comme je l’écrivais, le directeur diocésain est véritablement « l’homme de l’évêque », son « homme lige » pour reprendre l’expression d’un directeur diocésain du Centre de la France. Nommé par lui, il est en rapport permanent et direct avec lui. En effet, hormis dans quelques directions diocésaines considérables comme celles de Paris ou Versailles, le plus souvent l’administration se limite à cinq ou six personnes, travaillant dans les bureaux de l’évêché, au plus près de l’évêque. Ce dernier peut choisir ou renvoyer comme il l’entend son directeur diocésain. Le poids du secrétariat général est très faible dans ces questions. Il ne joue là que le rôle de coordinateur ou d’animateur, comme la CEF avec les évêques, mais il n’a pas d’autorité hiérarchique. Lorsqu’une direction diocésaine dérape, c’est que l’évêque s’en désintéresse ou a fait un mauvais choix, mais en aucun cas que celle-ci est devenue un Etat dans l’Etat.
      Il est faux, par ailleurs, de dire que les candidats catholiques sont écartés systématiquement. Outre que dans ce cas, je dois être un bien mauvais catholique ou un excellent dissimulateur, et vous me l’apprenez, j’ajoute que si les catholiques sont écartés, comment ce fait-il qu’il se soit trouvé des directeurs diocésains, des chefs d’établissements, des professeurs et des représentants des OGEC et APEL pour rédiger le statut de 2013 si évidemment catholiques ?

      Il y a évidemment des dysfonctionnements dans l’enseignement catholique (que l’on ferait mieux de chercher du côté de la mainmise du ministère sur la pédagogie, ou sur la frilosité encore trop grande de nombreux chefs d’établissement dans le domaine pastoral), tant au niveau du SGEC que des directions diocésaines ou des établissements. Il y a eu par le passé et encore aujourd’hui des erreurs accomplies par des membres de cette institution, ou par elle. Mais votre critique, du moins ce que vous en avez laissé paraître dans vos entretiens, me semble exagérée, commettant quelques erreurs de jugement sans doute liées à une généralisation des cas particuliers dont vous avez été témoin dans votre établissement, et ne tenant pas assez compte du positif qui sort des cette institution en tant que telle.

  2. Bonjour,

    Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous sur quelques points à propos du soutien de l’Ecole catholique à la réforme du collège. Il faudrait tout d’abord rappeler que les enseignants des écoles privés ne sont malheureusement plus recrutés non seulement en fonction de leur qualité de professeur mais aussi de leur religion. Cela cause des dégâts considérable sur la transmission de la foi catholique avec la baisse des catéchistes ou encore l’inculture religieuse de certains sur le nom de leur école.
    Ensuite, lorsque M. Delabarre se positionnait contre le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe, il ne disait pas dans sa lettre qu’il faillait débattre dans toutes classes. Il affirmait que des dispositions devaient être prises pour éviter tout débordement sur le sujet. Il pensait aux insultes contre les personnes homosexuelles par exemple et que les jeunes enfants n’étaient pas murs pour débattre du sujet. Cette attitude était très loin des ministres du Droit des femmes Najat Vallaud Belkacem et de l’Education nationale Vincent Peillon. La première vantait ce projet de loi dans deux établissements scolaires tandis que le second avait écrit une lettre à ledit secrétaire où il affirmait, je cite: « le gouvernement a décidé de s’appuyer la jeunesse pour faire changer les mentalités ». Il y a une sacré différence entre des mises en garde de débordement d’un secrétaire général de l’Ecole catholique et la propagande ouverte de deux ministres qui n’autorisent même pas les élèves à utiliser leur point de vue critique. Dans le passé, les seuls régimes qui l’ont fait sont les totalitaristes, pas les démocraties libérales.
    Enfin, le soutien du secrétariat à la réforme est incompréhensible parce que justement des pans entiers de l’Histoire sont relégués en mode facultatif. Ce ne sont pas n’importe lesquels: le christianisme médiévale, l’humanisme de la Renaissance et le Siècle des Lumières. A la place, l’Islam est devenu obligatoire comme les flux migratoire. Au surplus, la chronologie n’est absolument pas respectée. En vérité, le programme d’Histoire a pour but d’acheter la paix sociale avec les personnes issues de l’immigration, des LGBT et des féministes suite aux débats sur les attentats terroristes, la Famille et l’identité nationale. Vous comprenez bien que ces idées sont totalement contraire aux racines de notre pays.
    Si l’enseignement catholique a eu des heures sombres, cela ne veut pas dire qu’il faut s’alerter rapidement. Je pense que les articles publiés par les auteurs que vous citer permettent de montrer du doigt les contradictions de certains catholiques vis à vis des projets gouvernementaux. On ne fait pas n’importe quoi avec la religion, surtout si celle-ci devient minoritaire dans une société athée.

    • Cher Monsieur,

      Concernant l’absence d’exigence religieuse dans le recrutement des professeurs dans l’Enseignement catholique, je vous répondrai que d’une part il n’y a pas, aujourd’hui, le nombre suffisant de candidats catholiques pour pourvoir les postes selon ce critère. En outre, il s’agit avant tout de recruter de bons professeurs. Si en plus ils sont catholique, c’est évidemment parfait, mais la priorité est d’avoir un bon enseignant, c’est ce que recherchent les parents. De plus, faire de la sélection sur la base de la religion serait en contradiction avec le contrat d’association avec l’Etat tel qu’il existe. La rupture brutale du contrat d’association provoquerait la mort de l’Enseignement catholique, qui n’est pas en mesure de vivre sans l’argent public, et paralyserait l’éducation nationale qui ne peut pas scolariser les 2 000 000 d’élèves de l’école catholique, ni employer les 140 000 adultes qui y travaillent.
      L’actuel pré-accord collégial qui conditionne le droit d’enseigner dans une école catholique vérifie, à tout le moins, votre absence d’opposition avec le caractère catholique de ces établissements.
      Evidemment, il serait préférable de recruter des catholiques, mais le vivier actuel ne le permet pas. Il faut donc s’appuyer sur ce qui est disponible ; les professeurs catholiques quand il y en a et les parents d’élèves.
      Cependant cela ne réglerait pas tout à fait le problème de la transmission de la foi, considérant le piètre niveau de formation des catholiques eux-mêmes, mais c’est un autre problème.

      Sur la lettre de M. Delabarre, le passage qui fut interprété par la presse et par les établissements comme une invitation à la discussion, est le suivant : « Chaque école, collège ou lycée peut prendre les initiatives qui lui paraissent localement les mieux adaptées pour permettre à chacun l’exercice d’une liberté éclairée à l’égard des choix aujourd’hui envisagés par les pouvoirs publics ».

      Pour la réforme des programmes, qui n’est en fait qu’un seul aspect de la réforme du collège et justement pas celui sur lequel M. Balmand a pris position favorablement, voici ce que j’écrivais il y a quelques temps au sujet de l’Histoire : https://gabrielprivat78.wordpress.com/2015/05/20/programmes-dhistoire-la-descente-aux-enfers-de-la-deconstruction/

      Quant aux articles dont je cite les auteurs, je dirais que s’ils avaient simplement voulu pointer des dysfonctionnements localisés, je n’aurais rien écrit. Mais leur tort fut de généraliser les cas particuliers dont ils furent les témoins.

    • Cher Monsieur,
      Plusieurs professeurs et parents d’élèves actuels de Gerson ont apporté de l’eau à mon moulin en ce qui concerne l’affaire concernant ce collège. Regardez bien la chronologie de cette affaire. Le soutien de la direction diocésaine a été très mou, s’en remettant à une inspection du ministère sans affirmer de confiance de principe envers le directeur. Par contre, une fois que l’inspection favorable a eu lieu, alors là, le soutien a été bruyant. Regardons bien les dates…
      Je suis également fort bien informé sur Stanislas. M. Chapelier, je vous l’affirme, a été furieux d’être ainsi écarté. C’est d’ailleurs parce qu’il n’avait aucune intention de prendre sa retraite qu’il s’est lancé dans l’aventure Juilly, dans laquelle on lui suscite de grosses difficultés. Le document à consulter est la lettre du cardinal annonçant le remplacement de M Chapelier. Normalement, elle aurait dû commencer par parler de lui. Or, elle commence ainsi : « M. Gautier m’a fait savoir qu’il était disponible… », etc. Ce qui trahit naïvement que, ayant M. Gautier à caser, on a décidé de faire sauter quelqu’un, et on a choisi M. Chapelier (entre autres) parce qu’il avait atteint l’âge de la retraite.
      Dans les deux cas, c’est la simple lecture attentive des documents officiels (en tenant copte de leur date de publication) qui révèle autre chose que ce qu’ils disent ostensiblement.
      Quant à la politique de la direction diocésaine, elle est bien sûr de rechercher des directeurs catholiques. Mais M. Gautier excelle dans le double langage et les dérives subtiles, qui font passer de la vérité au mensonge (voir dans mon livre ses citations truquées de Vatican II). Lisez l’intéressant débat entre M. Gautier et Mme Coffinier, où elle montre qu’elle n’est pas dupe de ses déclarations qui commencent par parler de la foi et finissent par tout ramener à un « humanisme chrétien ». Le mot « humanisme » est cher à M. Gautier.
      Concernant le fait que le directeur diocésain serait l’homme lige de son évêque, permettez-moi d’en douter. Il est nommé par lui, certes, mais il est le représentant d’un « enseignement catholique » dirigé par un secrétaire général nommé par la conférence des évêques. Mais qu’est-ce que la conférences des évêques? Rien. Chaque évêque est nommé directement par Rome et dépend directement du pape. On constate dans cette organisation une résurrection subreptice des tentations gallicanes!
      Entre l’évêque et les écoles, la direction diocésaine s’interpose. Elle dépouille les écoles du choix de leurs professeurs, ce qu’elle ne devrait pas faire, même si c’était pour de bons motifs. Or ce sont des motifs flous, inavoués, voire aucun motif du tout, ce qui est contraire aux statuts et prouve que tout cela est une mauvaise administration. De plus, l’Eglise est un corps et non une administration, même si celle-ci prétend monopoliser le « service d’Eglise » qu’est le fait de dispenser un enseignement catholique. Mais ce service est accompli aussi bien (pour ne pas dire mieux) par les établissements non diocésains. Pourquoi alors tant rechigner à les reconnaître comme catholiques? Pourquoi les directeurs diocésains, le secrétaire général de l’enseignement catholiques, subordonnent-ils l’appartenance à l' »enseignement catholique » à la signature d’un contrat avec l’Etat? Enfin, s’il s’agit d’un service d’Eglise, pourquoi les professeurs sont-ils choisis par l’Etat? Et pourquoi pas les catéchistes ou les prêtres, pendant qu’on y est?
      Je le répète, mon livre n’est pas un catalogue de ce qui va mal. On ne peut pas y répondre en faisant le catalogue de ce qui va bien. Vous ne pouvez pas faire l’économie de l’analyse de l’organisation. Or celle-ci est fort révélatrice. Elle est conçue de manière à ne pas coïncider avec les institutions véritables que sont les diocèses, qui ne sont pas comme un évêque l’a rappelé récemment, « des filiales de la conférence des évêques ». Quand l’organisation est bonne, il y a quand même des choses qui vont mal. Quand elle est mauvaise, il y a quand même des choses qui vont bien ; il n’en reste pas moins qu’il faut la réformer.
      Enfin, vous dites que les candidats catholiques ne sont pas écartés. J’affirme qu’il existe des candidats qui ont été écartés de manière concertée : ceux qui ont été actifs dans la manif pour tous, ceux qui ont passé leur bac dans des établissements hors contrat, notamment. J’en ai reçu des témoignages et des preuves. Parlez aux jeunes candidats actuels. Ils sont parfaitement conscients qu’il leur faut dissimuler ou atténuer leurs convictions à l’oral… aussi bien à celui du concours qu’à celui du préaccord.
      De toute façon, même si le « tri » des candidats par les directions diocésaines était bien fait il serait illégitime. En effet, comment trois directeurs (dont un à la tête d’un établissement considéré comme « à problèmes » par la direction diocésaine elle-même) peuvent-ils déclarer, dans les conditions grotesques que je décris, que jamais, dans aucun diocèse, je ne pourrai enseigner? Cela viole les prérogatives des autres évêques ! Et pourquoi pas un « préaccord » pour devenir prêtre, valable pour tous les diocèses ? De même, je ne reproche pas au secrétariat général de l’enseignement catholique d’approuver la réforme du collège. Je dis qu’il n’a rien à approuver ni à désapprouver.
      L’organisation est vicieuse dans sa conception et bancale dans son fonctionnement. Si j’avais eu à concevoir un système visant à flouer les évêques de leurs prérogatives, à priver les écoles de leur autonomie et à favoriser, sous prétexte de « collégialité » et de toutes sortes de jolis mots, l’entrisme et le copinage, je ne vois pas comment j’aurais pu trouver mieux. Et M. Gautier, j’en suis sûr, s’y est trouvé dans une ambiance toute… fraternelle.
      Vous dites : « Patience. » Mais nous, parents, nous n’avons pas le temps d’attendre dix ans. Dans dix ans, nos enfants auront quitté l’école. Et attendre que les hommes changent, mais sans changer l’organisation, est une très mauvaise idée.
      De tout cela il ressort que je ne « généralise » pas un « cas particulier ». J’analyse un système. Et, ô surprise, il se trouve que bien des cas obscurs deviennent clairs à la lecture de cette analyse.

  3. D’accord pour deux points: la phrase de M. Delabarre peut poser des problèmes d’interprétation si on ne la remet pas dans son contexte, celui-ci fut difficile à cause de la lettre de M. Peillon, ancien Ministre de l’Education nationale dont je vous ai cité la phrase. Nous sommes aussi d’accord sur les programmes. Cependant, j’ai cherché les conditions de recrutement dans les écoles catholiques et j’ai bien lu que la religion n’est pas la première condition pour y accéder. Certes, c’est une volonté de l’Eglise catholique. Mais bon, normalement, la foi se transmet aux enfants et si on ne le fait pas, alors elle se perd. C’est une des raisons de la crise du catholicisme aujourd’hui. Je vous mets mes sources: http://www.enseignement-catholique.fr/ec/fiches-juridiques/18574-caractere-propre-et-recrutement-des-enseignants ou bien, http://www.enseignement-catholique.fr/ec/fiches-juridiques/18576-reglement-interieur-eleves-et-laicite

  4. Concernant l’enseignement catholique, on peut dire qu’il est actuellement dans une impasse. Dans quel but ? Le contexte de tension religieuse peut-il être un explication en particulier avec les différents projets gouvernementaux: laïcité et bioéthique au programme ? Remarquez, si l’on veut inculquer aux élèves une idéologie, il vaut mieux avoir tous les moyens sous contrôle sinon cela ne peut pas fonctionner. Je suis peut-être complotiste comme on dit mais c’est la grosse impression que ça me donne.

  5. Concernant M. Chapellier, son départ anticipé ne me fait aucune peine. Je suis même très fâché qu’il ait été laissé en place si longtemps au détriment des enfants et des familles catholiques faisant confiance à l’enseignement catholique. Le but d’un établissement catholique doit il être d’atteindre 50% de mention Très bien au Bac, et de larguer à un seuil critique, l’entrée en seconde notamment, des enfants qui pourraient réussir de bonnes études et être de solides chrétiens, et qui doivent mendier leur place dans l’enseignement public, alors que Stanislas va chercher sa matière première à cinquante kilomètres? La religion de l’excellence est un nouveau veau d’or. De plus la discipline de fer et aveugle de M. Chapellier imposée aux élèves et professeurs, exercée par des cadres terrorisés et serviles, a détruit beaucoup d’enfants. J’espère que la nouvelle direction saura faire vivre les jeunes dans un véritable cadre chrétien, joyeux, indulgent, avec du travail quand même.

  6. Première mesure prise par le nouveau directeur, M. Gautier, à Stanislas : supprimer un aumônier. Sans doute pour améliorer le « cadre chrétien » ? D’autre part, mon fils ayant été élève à Stan de la sixième à la terminale, l’expression « discipline de fer » me fait tout simplement rire. M. Chapellier n’allait pas « chercher » des élèves à 50 km. Simplement, certains élèves méritants souhaitant bénéficier des excellentes conditions de travail offertes à Stan, aurait-il été juste de leur refuser une place au profit d’autres élèves qui n’en avaient pas tiré tout le profit ? Dernière observation : oui, il faut rechercher les mentions, car sans mention, aujourd’hui, le bac n’est qu’un attrape-nigaud. Les établissements qui, pour remplir leur classes, conduisent jusqu’au bac des élèves qui n’ont pas le niveau pour entreprendre avec fruit des études supérieures leur rendent, en réalité, un fort mauvais service.

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