Affaire Charlie Hebdo, crise révélatrice

(La statue de la Porte dorée, Paris XIIe,
la France civilisatrice des peuples,
sous les traits de la déesse Athéna)

Dans une vie humaine, comme dans celle des peuples, les crises majeures sont des événements où se révèlent la réalité des caractères et des partis. Chacun est mis à nu, sans fard.

La crise créée par l’attaque terroriste contre le journal Charlie Hebdo n’a pas fait exception.

Dressons ensemble la liste non exhaustive de ces révélations, positives et négatives afin de tenter d’en tirer des leçons pour l’avenir.

– L’islam de France est profondément divisé, pire il n’a pas de cohérence. Ainsi avons-nous pu voir une véritable fracture entre d’un côté les autorités officielles musulmanes qui, comme un seul homme, ont condamné l’attentat ; et d’un autre côté la base des fidèles musulmans qui fut bien plus partagée entre ceux qui condamnèrent la violence et ses auteurs, et ceux, sans doute moins nombreux mais assez pour que plusieurs articles de presse s’en fassent l’écho, qui applaudirent à la mort des journalistes blasphémateurs. Il y a ici une faille dans l’encadrement de la communauté musulmane qui ne peut se résoudre que par une prise en main des pouvoirs publics en vue de la création d’un clergé musulman cohérent et adapté au monde occidental. Pour cela, il est possible de s’appuyer sur le Conseil français du culte musulman, déjà existant, et de le réformer pour calquer son fonctionnement sur celui du consistoire israélite avec, pourquoi pas, un grand imam de France, élu par ses pairs, représentant officiel de l’islam en France, interlocuteur des pouvoirs publics, chef de sa communauté et garant de la formation religieuse musulmane en France. A ce titre, les cursus de formation des futurs imams initiés par les instituts catholiques de Paris et de Lyon pourraient être imités par les facultés d’Etat, en rétablissant les défuntes chaires de théologie, enseignant les théologies des différentes religions, sous contrôle universitaire. Réintroduire la religion dans l’université aurait sans doute le double effet bénéfique de sensibiliser le monde intellectuel à ces problématiques appelées à occuper une place croissante dans notre société, on le voit bien ; et pourrait également faire évoluer cet islam de France en le confrontant à la critique historique du Coran, à l’exégèse et à l’étude des autres religions et de leur foi.

– Les terroristes sont des combattants dangereux et déterminés. En effet, les deux terroristes que l’on a vu à l’oeuvre n’étaient pas des monstres sanguinaires semant les cadavres sur leur route. Il s’agissait de combattants comparables, en un certain point, la prestance et la compétence tactique en moins, aux SS de la seconde guerre mondiale. En effet, nous avions face à nous des êtres monstrueux, capables d’abattre froidement des innocents, sans considération humaine d’aucune sorte. Mais il s’agissait pour eux de remplir un objectif de guerre, c’est à dire exterminer un groupe de blasphémateurs publics et abattre tout représentant de l’ordre, en uniforme, qui se présenterait sur leur passage. Une fois leur mission accomplie, ils n’ont pas chercher à mourir en tuant le plus de monde, ils n’ont pas massacré femmes et enfants, ils ont fui pour ne pas se faire prendre, volant des véhicules sans jamais tuer, puis, une fois coincés dans leur dernier refuge, ils ont tranquillement pris leur café avec le gérant de l’entreprise retenu en otage, avant de le relâcher, sans aucune violence particulière, comme en atteste son témoignage. Enfin, ils sont morts les armes à la main en chargeant les gendarmes qui les assaillaient. Ces considérations, si elles redonnent leur humanité à des combattants que l’on avait hâtivement réduits au rang de bêtes monstrueuses, en fait surtout des personnages encore plus dangereux. En effet, un combattant doté de cette discipline morale et de cette organisation est bien plus difficile à arrêter qu’un fou sanguinaire, car il peut rester inactif des années avant de commettre son forfait, il peut parcourir des centaines de kilomètres sans se faire repérer, car il a tout l’air d’un bon papa, avant de sortir son arme et d’accomplir sa mission démoniaque. En somme, nous affrontons une véritable armée de l’ombre et du crime, mais armée tout de même. Ici, les propositions ne manquent pas pour renforcer la surveillance, de manière draconienne, et on ne peut que souhaiter un accroissement du contrôle d’Etat, à condition qu’il ne soit que temporaire, comme le furent les lois d’exception combattant l’anarchisme à la fin du XIXe siècle.

– La charité et l’aveuglement ne sont pas là où l’attendaient les citoyens. Au soir de l’attentat, c’est des autorités musulmanes et catholiques, c’est à dire les plus ignoblement bafouées et insultées par Charlie Hebdo, que sont venus les messages de condoléances et de fraternités les plus immédiats et les plus chaleureux. Ceux qui s’étaient fait injurier furent les premiers à tendre la main. Le pape lui-même, dont les prédécesseurs furent caricaturés en des situations obscènes, a fait part de son soutien, tandis que Notre-Dame sonnait le glas. A cette charité il n’y a pas eu de réponse. Elle était gratuite et elle le restera, puisque aucun journaliste n’a publiquement remercié les autorités religieuses pour leur bienveillance alors qu’elles auraient pu tout aussi bien adopter la posture du silence ou d’un soutien plus mesuré. Le nombrilisme et l’aveuglement vont jusque-là dans cette profession qui n’est pleine que d’elle-même. Le souvenir de Mohamed Mérah est éloquent. On ne se souvient pas qu’il y ait eu le même engouement médiatique et la même ferveur politique pour les militaires assassinés en 2012. Pourtant c’était un symbole aussi grand que la liberté de la presse qui était attaqué, celui de la défense de la France. Là encore, des solutions peuvent être envisagées, mais elles ne sont pas politiques. Elles ne sont que morales et résident dans le cœur de chaque journaliste, appelé à se décentrer de lui-même et à considérer le monde extérieur avec plus de tendresse, lui qui prétend l’informer et s’enquérir de son état.

– Les politiques n’ont décidément rien compris. En ne nommant l’islamisme que du bout des lèvres, en renvoyant dos à dos tous les intégrismes, alors que de mémoire de Français on a jamais vu un catholique intégriste, un protestant créationniste ou un juif loubavitch tuer un journaliste, ni qui que ce soit en plein Paris, pour des raisons liées à la foi, les politiques ont montré leur cécité et leur lâcheté. Celles-ci ont des conséquences dramatiques. En ne nommant pas les choses et les gens, en ne distinguant pas les idées, ils se rendent coupables des amalgames qui se créent dans la société française, associant tous les musulmans, quelles que soient leurs idées ou leurs doctrines, à ces terroristes et leurs soutiens. Cet amalgame aveugle permet de cacher dans la masse islamique les vrais auteurs et les vrais dangereux, en même temps qu’il crée autour d’eux une solidarité communautaire qui, certainement, serait moins forte ou moins importante, dans le cas où nos politiques distingueraient clairement et sans concessions inutiles, les genres. De la même manière, en refusant de mêler à la manifestation d’unité nationale de dimanche 11 janvier le Front national, parti représentant 25% des électeurs et comptant désormais plusieurs centaines d’élus dans le pays, la classe politique montre qu’elle ne mesure pas l’enjeu de la lutte et que, loin de faire l’union, elle préfère utiliser politiquement l’événement. En effet, la manifestation de dimanche sera la foire d’empoigne des caciques de tous les partis, de tous les syndicats, de tous les groupes de pression dûment estampillés comme fréquentables et de bon aloi. Tous iront de leur petite larme, de leur sourire de circonstance, tandis que le quart de la France sera mis de côté. Cette attitude lamentable est un appel à la vraie unité nationale, celle qui se fiche des partis et ne se gargarise pas de valeurs républicaines plus fantasmées que réelles, pour se concentrer sur des symboles nationaux dont on se fiche bien de savoir quel est leur parti. La Marseillaise et le drapeau tricolore, quoique d’origine révolutionnaires, sont devenus ces symboles nationaux trans-partisans. On frémit quand on lit dans Ouest France que les manifestants de La Roche-sur-Yon soutenant Charlie Hebdo ont hué les jeunes venus chanter la Marseillaise et ayant déployé un drapeau tricolore.Il est heureux qu’à Marseille, l’hymne ait pu être chanté. Mais ces attitudes pitoyables nous appellent à espérer une purge parmi les faux frères qui nous divisent au lieu de nous unir, vrais loups en costumes d’agneaux. A ce niveau, tout ce que nous pouvons faire, nous citoyens, est de cesser de lire les journaux qui se sont prêtés à ces mascarades partisanes ou à cet aveuglement sur l’islamisme, de ne plus voter pour les élus complices ou au moins de leur adresser des lettres de remontrance. L’enjeu est assez grave pour mériter ces démarches, puisqu’il s’agit de notre cohésion nationale.

– Ce n’est que le début de la lutte. Les attentats isolés et plus mineurs qui ont parsemé la vie française depuis mercredi, entre la voiture ayant tenté de renverser un policier à Nîmes, l’islamiste ayant agressé un parachutiste à Tarbes, mais aussi leurs répliques avec les mosquées et les restaurants musulmans dégradés dans le pays montrent que les esprits de nombreux Français musulmans ou européens d’autres confessions ou sans confessions, sont chauffés à blancs, prêts pour la lutte incontrôlable parce que non coordonnée. Dans les prochaines semaines, sans doute, tout s’apaisera. Mais la rapidité et l’ampleur des réactions montrent que la flambée peut vite reprendre, tout comme en 2005 les cités HLM s’étaient enflammées dans tout le pays en quelques jours, avec une réplique plus limitée mais tout aussi soudaine en 2006. En face, les quelques 700 000 manifestants qui ont battu le pavé samedi dans tout le pays en soutien à Charlie Hebdo, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, sans doute en nombre infini, montrent bien que le pays ne manque pas de capacités de résistance, à condition qu’elles soient organisées et conscientes. Cette prise de conscience dépend des pouvoirs publics qui doivent reprendre la politique de gouvernement du pays en main dans ce domaine au lieu de se contenter de piloter à vue un bateau ivre. Cela passe par la sécurité assurée aux musulmans apostats, la sécurité assurée aux musulmans libéraux déviant de la pure orthodoxie de leur foi islamique, la sécurité des enseignants dans les écoles classées ZEP composées de larges groupes d’enfants musulmans, la sécurité enfin de ces musulmans eux-mêmes lorsqu’ils appartiennent à des groupes spirituels minoritaires dans l’islam et persécutés, comme le soufisme. Elle dépend aussi des Eglises qui doivent affirmer sans faille le contenu de leur foi, publiquement, pour informer, faire connaître et ainsi armer les Français, spirituellement, contre les menaces spirituelles qui planent sur eux. Elle dépend des autorités musulmanes qui doivent jouer leur rôle dans l’encadrement et la formation de leurs fidèles en conformité avec les principes de raison et de liberté de l’Occident. Dans ce dernier cas, l’islam, aussi étrange cela puisse paraître, doit envisager sereinement la question de la liberté religieuse, c’est à dire également le très douloureux droit à l’apostasie. Je dis douloureux car, comme catholique, je sais combien il est pénible de voir s’éloigner un homme de ce que l’on considère comme la vérité qui sauve et offre la béatitude. Mais la capacité à vivre ensemble et à susciter une adhésion libre à Dieu, sans guerre ni haine, doit s’armer de ce risque de l’apostasie. L’homme doit savoir qu’il sera toujours accueilli à bras ouvert, mais qu’il peut aussi partir, à ses risques et périls pour son salut éternel, mais sans risque pour sa vie et sa conscience présentes. Cette prise de conscience dépend également des familles qui doivent s’informer sur les questions religieuses et sur les principes de libertés chers à notre civilisation, pour répondre aux questions de leurs enfants, mais aussi résister, éventuellement, à un entourage nocif. En somme, c’est à une véritable mise en ordre de bataille que la société française et européenne doit procéder pour avancer vers le retour de la paix véritable.

Voici les rapides considérations d’un homme qui souhaitait pourtant ne pas intervenir sur cette affaire où tout a déjà été dit.

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Une réflexion sur “Affaire Charlie Hebdo, crise révélatrice

  1. Bonjour,
    Un peu de naïveté dans votre argumentaire, particulièrement dans l’idée d’une organisation d’un clergé sunnite (les chiites en ont un). Bien sur que ce serait un début d’occidentalisation d’un islam, si un « Constantin » existe il faut peut être le rechercher en Jordanie.

    http://ripostelaique.com/?p=137185

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