Famille ; les élus peuvent changer le pays

 Titre de l'image : Henri Gervex - Le mariage des Mathurin Moreau dans l'hôtel de ville de Paris.
(Henri Gervex, le mariage des Mathurin Moreau)

Dimanche 5 octobre, de 70 000 à 500 000 manifestants, selon les estimations, se sont mobilisés à Paris pour défendre la famille et la dignité humaine. Parmi eux il y avait quelques députés, quelques anciens ministres, et surtout des maires, venus de toute la France. On se souvient qu’en 2013 ils avaient été plus de 10 000 maires de communes françaises à s’opposer publiquement au projet de loi ouvrant le mariage aux personnes de sexe identique.  L’opposition continue, et avec succès.

Cependant, ce n’est que de l’opposition, accompagnée d’une espérance un peu folle, l’abrogation de cette loi en cas de reprise du pouvoir.

Cette espérance méconnaît un problème de fond. Cette loi est la pointe la plus avancée, et donc certes la plus fragile, d’un mouvement de société qui fait quasiment l’unanimité autour de lui. Ce mouvement, en route depuis plus d’un siècle, est celui de la contractualisation des rapports humains comme seul cadre de la jouissance privée sans aucune morale transcendante qui viendrait tempérer la loi ou dépasser les contrats pour les immobiliser dans des institutions stables. La contractualisation, cela veut dire pouvoir se marier autant de fois qu’on le souhaite, adopter d’autres modes légaux d’unions que le mariage pour vivre ensemble, avoir les enfants que nous voulons, quand nous voulons, avec qui nous voulons et de la manière que nous voulons, sans autre contrainte qu’une feuille de route contractuelle. Cela veut dire également s’affranchir de toute contrainte morale plus grande que nous.

Evidemment, cette contractualisation trouve ses limites dans le sens commun. Tout ce qui menace le vivre ensemble de manière trop évidente est condamné, comme le vol, le viol, l’inceste, le meurtre, le parjure, etc. Mais même là, nous voyons la fragilité des barrières et la justification, dans certains esprits malades, de ces actes foncièrement mauvais.

Il n’y a pas de limite et aucune voix ne s’élève pour en poser, ou pour dresser les hommes vers plus grand qu’eux-mêmes. Il n’y a plus de maîtres de la pensée ou de docteurs de la loi pour nous tirer vers le haut. Du moins leur parole n’est plus écoutée que par le tout petit nombre.

De là vient que tout est acceptable du moment que le vivre ensemble n’est pas directement menacé. Hélas ! On le sait, la menace est plus insidieuse et c’est avec retardement et par des biais détournés que la société s’effrite sous les coups de ces innovations. C’est par des biais détournés que la violence morale s’insinue dans ce qui prend les traits délicieux du plaisir immédiat et hédoniste.

Ce lent chambardement de la société occidentale et plus particulièrement ici française est un mouvement de fond dont la loi Taubira n’était qu’une étape. C’est une étape fragile car ne concernant qu’une infime minorité, là où l’hyper-érotisation du cinéma et de la publicité, par exemple, sont des maux bien plus solides car profitant au regard malsain du plus grand nombre.

Cependant, parce que cette loi s’inscrit dans une dynamique que rien ne semble arrêter, elle se consolide pas à pas, doucement, en étant dépassée par de nouvelles normes, sommets prétendument indépassables de notre cerveau pourtant fécond en perversions. Ainsi la PMA et la GPA sont de nouvelles étapes.

Le mal, ici, est comme une main qui s’avance inexorablement sur le monde. Nous pouvons toujours essayer d’en couper les doigts et peu à peu de la faire reculer. Ce n’est pas impossible. Mais loin de rêver à de chimériques abrogations qui se dresseraient contre le désir mou de la majorité, il faut avant tout essayer d’inverser la dynamique en cour. Cela est réalisable en un temps rapide, avec un peu de courage et en s’appuyant sur la société civile et les pouvoirs que le législateur nous laisse.

Tous ces maires qui se sont dressés contre la loi Taubira doivent penser que si le mariage s’est ainsi dévalué au point de perdre son sens premier c’est sans doute contre cette perte de valeur qu’il faut d’abord lutter. Le mariage civil peut regagner sa gloire. Il existe en France des associations préparant les couples au mariage civil, lui rendant sa dignité en plaçant les futurs mariés face aux enjeux de cet engagement, en mettant en avant les critères de discernement nécessaires avant de s’engager pour être sûr de faire le bon choix, en rappelant le caractère normalement perpétuel de cette union et les moyens de le conserver. En somme, ces associations se battent pour que les Français se marient bien, tant il est vrai que beaucoup divorcent car, dès l’origine, ils s’étaient mal mariés, sans que cela ait de sens pour eux. Ces groupes, comme « Cap mariage », sont peu connus. Pourtant, là où ils agissent, ils donnent des résultats. De même, il existe un nombre important d’associations venant en aide aux couples qui se déchirent et marchent vers la rupture.

Si on remarque que souvent ce sont des chrétiens qui animent ces associations, celles-ci s’adressent à tous et sont a-confessionnelles.

Toutes ces mairies dont les édiles ont dit non à la loi Taubira pourraient promouvoir ces préparations et ces groupes de dialogues en vue de consolider les jeunes ménages de leurs communes et de lutter contre le fléau du divorce. On imagine assez bien une proposition de formation par ces associations dans le cadre du parcours vers le mariage civil, dans les mairies.

Evidemment, pour se bien marier, la préparation ne suffit pas lorsqu’elle intervient quelques semaines ou mois avant l’union. C’est souvent tout une éducation qui se dresse contre l’amour durable. Ici encore, des associations comme le Cler, existent, pour promouvoir le respect du corps masculin et féminin, pour défendre une sexualité en cohérence avec nos vies, loin du plaisir à tout prix et de « l’éclate » vendue par la société. Les mairies disposent désormais de la gestion des activités dites périscolaires. Ces mêmes maires ont là une opportunité exceptionnelle pour bloquer des heures durant l’année pour des intervenants de ces associations auprès des écoles et collèges.

Bien sûr, ces initiatives ne sont pas des solutions miracles. Elles prennent de front tout un mouvement populaire de désintégration sociale dans le foutoir de la bacchanale.  Mais plus elles seront entendues, plus elles feront de disciples et convaincront de jeunes adolescents ou de couples, plus elles sauveront de vies heureuses. Les maires qui veulent le plus efficacement combattre le mariage soit-disant pour tous, qui veulent le mieux empêcher la GPA, doivent avant tout promouvoir la famille, la pérennité du mariage, une sexualité responsable, c’est à dire respectueuse de sa finalité et de sa grandeur. Grâce à leurs pouvoirs d’officiers d’état civil et leur contrôle des écoles primaires, mais aussi leur droit de regard sur les collèges et les lycées, les maires disposent de pouvoirs immenses pour, non pas tout changer, mais créer une nouvelle dynamique.

Il y a ici à méditer. Dans un entretien au magazine Famille chrétienne, le philosophe Fabrice Hadjadj répondait que le meilleur acte de résistance contre la destruction de la famille était de fonder des familles et d’avoir des enfants. Eh bien ! Ici, les maires ont un rôle immense à jouer.

Une réaction rapide des élus peut avoir, grâce au maillage territorial des mairies, un impact immense. A partir de là il sera possible d’envisager des coups audacieux comme l’abrogation de la loi Taubira. En somme, avant de nous opposer, il faut que nous agissions pour proposer.

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