Les syndicats dans l’armée

(Le sapeur Camember)

La nouvelle est tombée ce matin dans Le Figaro. La Cour européenne des droits de l’Homme a condamné la France pour non respect de la liberté d’association et la somme de donner le droit aux militaires de s’organiser en syndicats.

Le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, a déclaré dans la matinée qu’il étudierait les réponses appropriées à apporter à cette recommandation.

Il y a de fortes chances qu’il étudie longtemps sa réponse et que cette décision historique ne soit pas appliquée, pour trois raisons principales :

– Le syndicalisme ne correspond absolument pas aux traditions militaires françaises et disons même qu’il est méprisé du commandement et d’une très grande partie de la troupe comme correspondant au monde des fainéants et des gauchistes.

– Par ailleurs, dans l’hypothèse où les syndicats de militaires seraient bien autorisés, les avantages qu’en tireraient l’armée seraient très largement contraires aux intérêts actuels de l’Etat. En effet, ces syndicats pourraient défendre sur la place publique et dans les médias les scandaleux problèmes de soldes non versées, l’état lamentable du matériel, l’effondrement du budget depuis trois décennies, l’épuisement moral et physique des hommes en opérations extérieures faute d’une relève suffisante par manque d’effectifs, etc. L’Etat devrait bien répondre à certaines de ces revendications, ce serait la fin de la vache à lait militaire et l’ouverture d’un nouveau gouffre financier. De cela, évidemment, nos gouvernants ne veulent pas. Ils sont trop heureux de pouvoir couper le budget d’une administration toujours silencieuse.

– De plus, toujours dans cette hypothèse d’une autorisation des syndicats de militaires, au contraire de la proposition précédente, les avantages pour l’Etat seraient désastreux pour l’armée. En effet, l’Etat en France, depuis l’Ancien régime, et c’est un fait qui s’est terriblement accentué depuis la Révolution, ne supporte pas les corps constitués, les organismes intermédiaires qui créent une barrière entre l’individu et lui. Quoique faisant partie de l’Etat, l’armée est l’une de ces barrières. En effet, l’institution militaire, avec sa hiérarchie, ses traditions, sa culture propre, ses solidarités forgées par la communauté d’armes, est une structure forte sur laquelle l’idéologie ambiante de l’appareil d’Etat n’a qu’une faible prise. Certes, le jargon politiquement correct a envahi les documents officiels, mais dans les faits, l’armée semble, largement, hors du temps et de son délabrement. Le ministère n’a eu de cesse, ces dernières années, de briser les traditions et les coutumes de l’armée, mais sans succès sur son état d’esprit.
Or, les syndicats permettraient de briser cette unité en montant les organes de l’armée les uns contre les autres, et notamment les officiers contre leurs soldats. En effet, depuis la suspension du service militaire en 1996, l’armée a profondément changé. Elle ne représente plus le peuple de France, mais des univers réduits. Celui des officiers est un monde très bourgeois, très bon chic bon genre et profondément imprégné de valeurs chrétiennes. Certes en y regardant de plus près, on verrait le côté superficiel de ces valeurs ou leur hypocrisie devant certains comportements, mais elles forment une sorte de marque de fabrique qui s’est renforcée avec le resserrement du monde militaire sur lui-même depuis ces dernières années. De même, si les sous-officiers sont toujours ce monde d’Européens ayant fait carrière dans le métier des armes, avec dévouement et de grandes compétences techniques, le soldat, lui, a terriblement changé. Un tiers des effectifs est issu de l’immigration, avec une forte progression de l’islam, un niveau d’étude au ras des pâquerettes, et une profonde misère sociale. Tout jeune lieutenant d’infanterie est, aujourd’hui, en partie, une assistante sociale. Ces trois mondes sont estimables, chacun, mais ce sont trois univers très différents, qui se parlent peu en-dehors des heures de service et qui, confrontés à toutes les tracasseries du syndicalisme, comme les primes d’heures supplémentaires, les horaires de fin de bureaux, la fréquence des permissions, la difficulté de tel ou tel exercice, se déchireraient là où il faut au contraire de la cohésion. Chaque arme aurait sa convention collective renégociée d’année en année. Pour l’armée ce serait une catastrophe et le coup le plus dur porté à ses traditions.

En ce sens, le commandement a autant intérêt que l’Etat à repousser l’ouverture des syndicats dans l’armée. En somme, les épouses de militaires n’ont pas fini de manifester pour la solde de leurs maris contraints au silence…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s