Les guerres oubliées de la France

(Parachutistes du 8e RPIMA, Algérie)

L’Irak fait l’actualité, éclipsant l’Ukraine. Une fois encore une actualité chasse l’autre. L’aviation française dégomme du djihadiste. Mais pendant ce temps, les Français oublient les autres guerres de la France.

Il serait pourtant bon de nous en souvenir. Près de 8000  soldats français se battent, loin de chez nous, pour la paix. Ils sont les témoins de conflits qui, depuis toutes ces années, totalisent des millions de morts, essentiellement des civils, dans l’indifférence générale.

Trois mille hommes se battent au Sahel et deux mille au Centrafrique, nul ne l’ignore, mais déjà se tisse devant nos yeux un voile d’oubli, tandis que les milices islamistes tuent encore et toujours au Sahel et que les combats font, au Centrafrique, des centaines de morts africains et des dizaines de blessés français. Plus grave, nous avons oublié que dans cette région la France se bat depuis les années 1960. Elle s’est battue au Tchad d’abord, puis au Centrafrique déjà, et plusieurs fois, et au Mali maintenant.

Mais il n’y a pas que dans cette bande saharo-sahélienne que nos armes s’exercent à défendre la paix. En Côte d’Ivoire il reste encore des centaines de soldats pour veiller au maintien de la paix. C’est une paix fragile, où le vainqueur ne vaut pas mieux que le vaincu, où tout pour dégénérer de nouveau, malgré plus de dix ans de guerre. Près de la Côte d’Ivoire, dans le Golfe de Guinée, la flotte française participe à la lutte contre la piraterie, au service de gouvernants africains trop faibles pour sécuriser leurs eaux territoriales. En mer toujours, c’est l’opération Atalante qui se poursuit, dans l’Océan indien, contre cette piraterie somalienne qui a coûté des milliards en navires de commerce disparus, mais aussi des centaines de vies humaines de pirates et d’honnêtes marins. On ne le dit pas, mais un peu moins de cinq cent hommes continuent de se battre en Afghanistan, où ils participent à la formation des forces armées gouvernementales. Vaste programme… Enfin il y a le Liban, où dans un contexte de tensions régionales sans cesse croissant, neuf cent soldats veillent à la paix de la frontière.  Dans les Balkans ils ne sont qu’une dizaine, ultime reliquat des opérations de la Kfor, mais ils nous rappellent que la paix est fragile au Kosovo, où les mafias gouvernent presque autant que l’Etat.

Nous ne parlerons pas des guerres secrètes. Partout dans le monde, les forces spéciales françaises agissent, en coopération avec les gouvernements locaux ou dans l’anonymat complet, pour réduire des groupes terroristes, exfiltrer des ressortissants menacés, pourchasser nos ennemis, secourir des alliés. Nul ne connaîtra jamais ces opérations de l’ombre. Mais n’oublions pas nos hussards et nos dragons. Ils n’ont plus de chevaux, ils rampent dans la boue et s’enterrent des journées entières au milieu de jungles impénétrables. Mais ce que fait un hussard d’aujourd’hui vaut tout autant la bataille de Wagram.
Quand l’un d’eux meurt, nul ne le sait. Quand bien même la nouvelle devient public, les pleureuses se déchirent les vêtements une heure, et tout le monde retourne dîner.
Enfin ne parlons pas des blessés. Les invalides de guerre, même l’armée n’en parle pas, ou si peu. Alors ne les oublions pas.

Il est bien dommage que nous ne nous souvenions pas de toutes ces guerres oubliées. Elles sont à la fois notre douleur, l’exemple de la persistance du mal dans ce monde dont la garde nous a été partiellement confiée du fait de notre grandeur passée (noblesse oblige), et notre gloire, la preuve que malgré la diminution constante de nos moyens militaires, les soldats de la France continuent à accomplir une oeuvre remarquable de pacification.

Parce qu’au moment où votre serviteur écrit ces lignes il y a, quelque part en Afrique ou en Orient, des familles de réfugiés qui espèrent en la France, des malheureux qui meurent sous la machette, et une sentinelle qui monte la garde, l’épaule frappée de l’écusson tricolore, il nous faut nous souvenir d’eux.

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Une réflexion sur “Les guerres oubliées de la France

  1. Je suis particulièrement touchée de cet article ; tu sais pourquoi ! Merci de faire partie de ceux qui n’oublient pas.

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