Pourquoi faire de la théologie ?

(La leçon de catéchisme. Jules-Alexis Muenier)

 

L’hebdomadaire l’Homme nouveau consacrait, cet été, un numéro à l’édition catholique. Au détour d’un entretien, le directeur du réseau La Procure, François Maillot, lâchait cet aveu terrible ; dans le religieux, ce qui marche, ce sont les témoignages et les livres de développement personnel. Hormis saint Augustin, la théologie se vend très mal, et plus spécialement la théologie fondamentale. Pour François Maillot, ce désintérêt est lié à une diminution inquiétante de la culture générale et de la culture catéchétique, qui rend les problématiques théologiques inintéressantes ou inintelligibles pour de nombreux lecteurs.

Pourtant, voici bien une science qui devrait intéresser les croyants, elle concerne leur foi.

La foi est la confiance totale en un Dieu dont nous avons la certitude de l’existence et de la capacité d’agir dans notre monde et notre vie. Cette foi est née progressivement à partir d’un apprentissage pour la plupart d’entre nous. Depuis la naissance on nous dit que Dieu occupe nos vies, qu’il est le maître de toutes choses, et à plusieurs reprises, dans la prière ou dans le concret du quotidien, nous avons pu en faire l’expérience. Le catéchisme est venu, souvent, renforcer cette foi en l’appuyant sur des connaissances. Pour certains autres, la foi fut le fait d’une acquisition plus tardive sous la forme d’une conversion à partir du néant ou d’une flamme infime. Là encore, le catéchisme est venu consolider la foi par la connaissance.

Pourquoi cette connaissance est-elle si importante ? Parce qu’elle incarne Dieu en présentant ses caractéristiques, en cherchant à mieux le comprendre, à mieux percevoir son action dans le temps et la manière dont il s’est révélé. Cette connaissance, en donnant une idée plus précise de Dieu, vient nourrir notre relation à lui. On aime d’autant plus celui que l’on a appris à mieux connaître.

Ici vient se loger un vice surprenant. On entend souvent dire que telle ou telle définition dogmatique, tel point du Credo, n’est qu’une querelle d’intellectuels, un détail qui ne doit pas nous empêcher de nous réunir, car le plus important c’est l’Amour. Certes. Mais qu’entendez-vous par l’Amour ? Parviendrez-vous à aimer de manière abstraite ? Aimerez-vous un concept ? La vérité est que souvent ce joli mot est le masque d’un amour purement humain qui s’est paré des vêtements d’un Dieu d’autant plus conciliant qu’il est une figure malléable de nous-mêmes. C’est aussi souvent l’excuse de notre propre ignorance. Où est l’amour alors ? Aimez-vous un Jésus Christ symbolique, de sexe indéterminé, né quelque part en quelque époque, mort de manière abstraite et ressuscité uniquement en idée ?

Pour rendre les choses plus concrètes, lorsque vous parlez d’un de vos meilleurs amis dans le monde, celui qui vous a toujours rendu de fiers services, et dont vous faites ce soir la promotion car vraiment c’est une figure qui vaut la peine d’être décrite ; direz-vous que ses yeux sont de couleur indéterminée, peut-être bleus, peut-être bruns, que vous ne savez plus très bien s’il est homme ou femme, ni quels sont ses traits de caractère, que vous ne savez plus vraiment ce qu’il a fait pour vous, ni tout à fait où il habite, mais que le plus important, c’est de retenir le message d’amitié que son action pour vous renvoie. Ah oui ? Mais quel message alors s’il n’y a rien dont vous puissiez vous souvenir ?

C’est exactement le problème qui se pose avec la figure de Dieu, méconnue par ignorance et dès lors aimée d’une drôle de manière. Cette inconscience conduit à la méconnaissance, et de là à l’oubli et la perte de la foi il n’y a qu’un pas dont se prémunissent quelques privilégiés spécialement comblés de grâces, quelques favorisés bien catéchisés, et quelques drogués à l’opium qui ne peuvent pas se passer de Dieu, même s’ils n’en ont qu’un mirage devant les yeux.

Pour mieux connaître Dieu il ne faut pas tant des livres de développement personnel sur le bien grandir, le bien s’orienter, le bien se marier et le bien vieillir, quoique ces livres aient un certain intérêt, bien sûr. Pour mieux connaître Dieu il ne faut pas tant le dernier témoignage de loubard converti ou de financier en rupture de ban, même si ce sont des preuves vivantes de l’action de Dieu pour nous. Pour mieux connaître Dieu il faut revenir aux fondamentaux de notre catéchisme, à la théologie du credo et du Pater, aux encycliques sur la foi, aux démonstrations fondamentales d’un saint Thomas d’Aquin. Ces connaissances donnent des traits, des contours au visage de Dieu, que nous aimerons d’autant mieux et d’autant plus en vérité que nous le connaîtrons. Que nous prierons mieux au fur et à mesure que nous le verrons. Abreuvons-nous aussi de sa Parole qui raconte son histoire commune avec son peuple. Enfin, il faut lire de l’apologétique, parce qu’elle ancre dans la raison et la logique des faits notre confiance et notre certitude de l’être de Dieu. En somme, ces textes nous libèrent de l’opium, nourrissent notre prière et nous donnent de mieux connaître notre maître et notre ami.

Qu’attendons-nous pour dévaliser le rayon théologie de La Procure ?

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