Ecosse et Sarkozy

Deux événements majeurs viennent de frapper la vie française. L’un concerne plus généralement le monde et nous est extérieur. Vous l’avez deviné, il s’agit du référendum écossais du 18 septembre. L’autre, plus anodin en apparence, pourrait bien modifier notre paysage politique intérieur pour les prochaines années, il s’agit du retour de notre matamore national, Nicolas Sarkozy.

Dans le premier cas, n’en déplaise aux fans de Mel Gibson et de son Braveheart, nous pouvons dire que le monde occidental et la France ont eu chaud ! Le rejet de l’indépendance par la majorité du peuple écossais a été, hier, un bonheur providentiel. Il semble que peu de commentateurs, habitués à tout niveler au niveau des pâquerettes, aient pris la mesure de ce qui se jouait hier. Dans le cas de l’indépendance de l’Ecosse, s’en était fini du Royaume-Uni.  L’un des plus solides alliés de la France, l’un des piliers de l’Europe de l’Ouest, une puissance nucléaire, le leader du Commonwealth aurait reçu ce soir-là l’avis de son arrêt de mort à plus ou moins longue échéance. Le Royaume-Uni sans l’Ecosse, sans le pétrole de la Mer du Nord, ce n’est plus que l’Angleterre. Le Pays de Galles aurait bien pu se sentir pousser des ailes, lui aussi. Il ne serait plus resté grand chose d’un royaume qui, en retrouvant ses frontières de l’an Mil, aurait été condamné à n’être qu’une puissance régionale parmi d’autres.

Certes, la famille de Windsor aurait continué à assurer l’unité de façade de ce vaste ensemble, comme elle le fait actuellement avec le Commonwealth. Mais la question peut être posée. La royauté aurait-elle survécu à la mort du Royaume-Uni, après le règne d’Elizabeth II ? Ce n’est pas sûr.

En somme, nous pouvons le dire, le monde occidental a eu très chaud.

La Auld Alliance, Marie Stuart et François II, les guerres jacobites sont des moments de bravoure qui donnent une histoire commune à l’Ecosse et à la France, mais ce n’est que de l’histoire, ancienne qui plus est. Aujourd’hui est tout autre et si l’unité britannique s’est faite dans le sang et la domination londonienne, elle ne peut être traitée comme si elle n’avait pas existé ni constitué un vaste empire dont les Écossais ont tiré de larges fruits en participant à l’union.
En somme, les Écossais ont fait le choix de la raison.

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En comparaison du drame mondial qui s’est joué hier dans les Highlands, le retour politique de Nicolas Sarkozy résonne presque comme une vulgarité. Mais parce qu’il pourrait bien redevenir un jour notre Président de la République, le sujet vaut la peine d’être traité.

Aujourd’hui, 19 septembre, après des mois de lente préparation, Nicolas Sarkozy a franchi le Rubicon. Dans une lettre publiée sur Facebook (eh oui !) Il a fait à ses fans le coup de maître du don de soi, de l’abandon des querelles au nom de l’intérêt supérieur de la nation, du pardon des offenses, de la maturité et de l’humilité après un temps de désert, du renouvellement transpartisan et du courage.  Ce serait un discours signé De Gaulle, on pourrait y croire.

Hélas ! Il manque encore quelque chose à Nicolas Sarkozy pour être crédible dans son exercice de retour ; le repentir et l’auto-critique.

Oui bien sûr, il a souvent dit qu’il avait changé. Il a souvent dit qu’il avait compris bien des choses. Sans trop détailler d’ailleurs. Il l’a dit avant 2007, entre 2007 et 2012,  et depuis 2012.

Mais il serait intéressant que le candidat Sarkozy reconnaisse que lorsqu’il fut ministre de l’Intérieur durant le second mandat Chirac, l’immigration clandestine qu’il prétendait combattre a augmenté, la criminalité qu’il prétendait réduire a cru sous la forme des incivilités et des atteintes aux personnes. Il était ministre lors des émeutes urbaines de 2005, ne l’oublions pas. Il prétendait « nettoyer les banlieues au karcher ». Nous attendons encore.

Lorsqu’il fut ministre des finances, à part sa dénonciation de la bureaucratie, en quoi a-t-il combattu le gaspillage ? Il fut l’initiateur dès 2006 de la Révision générale des politiques publiques qui, entre 2006 et 2012 a fait progressivement économiser jusqu’à 7 milliards par an au budget. Mais ces milliards économisés ont été dépensés ailleurs immédiatement, de telle sorte qu’une fois Président de la République il a augmenté la dette et le déficit de l’Etat au lieu de les réduire comme promis. Certes, en 2009 éclata la crise. Mais quelle excuse tient la route entre 2007 et 2009 pour justifier cette mauvaise gestion ?

Nicolas Sarkozy devait réformer les collectivités territoriales et mettre fin à leur fouillis. Il devait mettre en place une immigration choisie. Il devait ramener le nombre de fonctionnaires à ce qu’il était en 1992.  Il devait conclure son mandat présidentiel par la mise en place de la règle d’or budgétaire imposant l’équilibre des comptes, il devait mettre fin à l’idéologie post-soixante huitarde et c’est sous son mandat que les études de genre ont fait leur apparition dans les manuels de SVT, etc. Rien de tout cela n’a été fait et il serait bon que Nicolas Sarkozy s’en accuse afin d’obtenir miséricorde de la part des Français. A tout pécheur miséricorde.

Cette reconnaissance publique de tout ce qu’il n’a pas fait et des raisons pour lesquelles il a manqué à sa parole donnerait plus de sincérité et de crédit à son retour.

Ce serait aussi une bonne manière de mettre en lumière ce qu’il fit de bon pour la France, à commencer par la révision de la Constitution de juillet 2008 qui a approfondi la séparation des pouvoirs entre la justice et l’exécutif, qui a donné un plus grand poids à l’opposition dans le fonctionnement de la vie parlementaire, qui a reconnu leur rôle aux cultures et langues régionales dans la vie de la nation, etc. Il serait plus légitime pour parler de sa réforme des retraites qui, quoique incomplète a eu le mérite d’exister. Il pourrait plus légitimement parler de la modernisation des équipements de défense et du rééquilibrage de notre politique internationale vers le Proche et le Moyen Orient avec l’installation d’une base permanente aux Emirats, sans oublier la Françafrique.

Mais il y a fort à parier que ce mea culpa constructif ne viendra pas. D’une part car il ne serait pas compris des peuples à la fois oublieux des injures qui leurs furent faites et impitoyables avec ceux qui s’abaissent devant eux. La majorité des citoyens, comme les bêtes, n’aiment que ceux qui les caressent dans le sens du poil tout en paraissant forts et impitoyables. L’homme de courage qui gratte la plaie et reconnait ses fautes passées est systématiquement évincé, alors qu’il vient de donner la preuve qu’il avait les qualités du bon gouvernant. D’autre part, ce mea culpa ne viendra sans doute pas car l’ancien Président n’a sans doute pas conscience de l’ampleur de ses mensonges qui ne furent qu’autant de tactiques du moment pour gagner des voix ou des points de sondages.

Pourtant il y a de l’étoffe pour faire un grand Président en Nicolas Sarkozy. Ce qu’il a fait de bien le montre, et surtout cette révision constitutionnelle de 2008 qui le place dans la lignée des réformateurs éclairés.  Mais la vérole politicienne, l’esprit courtisan et les compromissions l’ont trop défiguré pour que le bon l’emporte en lui. Ainsi, 2017 pourrait s’annoncer comme la triste continuation de nos déboires, quel que soit le vainqueur du duel bis repetita qui s’annonce.

Certes, la politique est l’art du hasard et de la surprise. Alain Juppé n’a pas dit son dernier mot, Marine Le Pen attend son heure, François Bayrou est un éternel revenant. Mais que pèseront-ils devant les deux nains juchés sur leurs échasses de géants ? Rendez-vous dans deux ans et demi.

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