La dernière cartouche du soldat Hollande

(La maison de la dernière cartouche, 1870, Alphonse de Neuville)

Que n’entend-on pas sur le dernier remaniement ? A peine en place, le gouvernement est accusé de néo-libéralisme, pendant que le Premier ministre affirme qu’il ne changera pas le cap des réformes, que la droite crie au scandale autant que la gauche, pour différentes raisons. La nomination de Najat Vallaud-Belkacem au ministère de l’Education nationale est analysée comme une provocation par les uns, tandis qu’extrême droite et extrême gauche dénoncent en Emmanuel Macron l’homme des banques, le tout sur fond d’accusation de mensonge par Arnaud Montebourg. Il y a là un parfum de curée à l’issue des chasses à courre.

Pourtant nous assistons surtout au triste spectacle du combat de la dernière chance pour le Président de la République. Dernière chance pour restaurer une popularité perdue en vue de 2017. Dernière chance pour faire au moins semblant de gouverner pendant le temps qu’il reste.  Dernière chance pour sauver la France ? Non. Il ne faut pas rêver non plus !

Mais le combat est fichu par avance. Emmanuel Macron vient d’en faire les frais. Il avait expliqué, au Point, peu avant sa nomination, qu’il fallait avoir le courage de revenir sur les 35H. A peine l’information est-elle connue que le gouvernement nie en avoir le projet. C’est un peu la suite de ce qu’il s’est passé la veille lorsque la presse prétendait que Matignon envisageait une hausse de la TVA, tandis que le Premier ministre niait en bloc. Soit les cabinets politiques sont vérolés d’espions vendus à toutes les bourses et on ne peut plus rien y dire et y préparer sans qu’un petit salaud aille vendre la mèche à la presse. Soit le gouvernement, au comble de la perdition, envoie des sondes dans le gruyère, au hasard, espérant encore trouver un peu de fromage sous la croûte, et doit admettre, à chaque coup de lancette, que la tomme est tout à fait vide maintenant.

En vérité, rien dans les actes récents et dans les discours du gouvernement Valls ne laisse envisager des réformes sérieuses. Le remaniement actuel, à mi-chemin entre annonces cosmétiques et éloge de la stabilité dans les portefeuilles est une pure tactique politicienne pour purger la blessure ministérielle en renvoyant des trublions qui menaçaient la survie même de la législature en cours. Cet acte d’autorité minimal étant accompli, le gouvernement va reprendre son bonhomme de chemin, resserré autour des fidèles soldats de l’Elysée, pour avancer vaille que vaille jusqu’en 2017 sans réforme, ni dissolution, ni démission. Surtout pas de vague, et attendons. C’est la méthode Chirac, l’allure en moins. Le Président de la République vient déjà de dézinguer son plus sérieux rival en le couvrant d’or. Manuel Valls est confronté à de telles difficultés dans l’exercice du pouvoir, et laissera un tel sentiment d’impuissance et d’échec après son passage à Matignon, qu’il ne constitue plus un rival pour 2017. Quant à 2022, ils n’en sont pas là…

Jean-Marc Ayrault parlait de supprimer les doublons administratifs entre la fonction publique d’Etat et la fonction publique territoriale, ce qui reviendrait à licencier des dizaines de milliers de fonctionnaires surnuméraires. Action courageuse qui ferait économiser des milliards à l’Etat. Il n’en est plus question.
Jean-Marc Ayrault parlait de supprimer les centaines de taxes qui coûtent plus qu’elles ne rapportent. Il n’en est plus question.
Jean-Marc Ayrault parlait de supprimer le mille-feuilles territorial. On n’en parle plus.

François Hollande prétendait rétablir l’équilibre des comptes dès 2013. Puis il annonça qu’il allait rétablir le déficit à 3% pour 2014. Finalement il n’envisage plus rien de sérieux avant 2017…

Manuel Valls navigue à vue, annonce que les réformes doivent être maintenues. Mais quelles réformes Monsieur le Premier ministre ? Nous serions curieux de l’apprendre.

La vérité du gouvernement est là, dans ce néant habillé de quelques figures viriles qui ne sont que les renflements de costumes de scène.

Le pacte de responsabilité est un de ces costumes où l’Etat rend une partie de ce qu’il a pris et exige que contre ces mesures, qualifiées de temporaires, les grandes entreprises accomplissent des miracles de recrutement. Les PME et TPE, elles, sont les oubliées, bien sûr, de ce système qui ne concerne que les grands ; les hauts fonctionnaires et les grands patrons, issus des mêmes écoles. Une des difficultés majeures de notre gouvernement, comme des législatures précédentes, à comprendre les besoins de notre pays vient de cet entre-soi où les réformateurs sont incapables de concevoir autre chose qu’une réforme pilotée par l’Etat de bout en bout, de manière directe ou indirecte, avec des sous qui doivent toujours pouvoir revenir à la caisse dont ils sont sortis à un moment du parcours. On parle de libéralisme, mais ce pacte de responsabilité n’est que du capitalisme d’Etat bâtard et mal agencé.

Enfin, outre ce lourd handicap mental de nos dirigeants à concevoir autre chose que l’Etat, les grands groupes et les ensembles hippopotamesques des syndicats ou des caisses publiques, il leur manque une chose essentielle ; le courage.

Si Najat Vallaud-Belkacem a été nommée ministre de l’éducation nationale, ce n’est pas pour provoquer des familles de droite déjà hostiles au gouvernement quoiqu’il arrive. C’est pour placer là un personnage suffisamment consensuel et lisse afin de calmer les syndicats d’enseignants et laisser leur liberté aux directions du ministère. En somme, cette dame est la garantie que le million de professeurs et personnels de l’éducation nationale restera tranquille dans les prochains mois. Pas de grèves ! Bonne nouvelle !
Emmanuel Macron va rassurer les entrepreneurs, mais il n’y aura pas d’assouplissement du code du travail, de réforme des tribunaux prud’homaux,  de réforme de la gouvernance de la sécurité sociale par les syndicats, de réforme des charges salariales et patronales ou de la TVA. Il n’y aura que des entreprises de maquillage marginales pour affecter un semblant d’activisme. Malgré tout son talent et sa bonne volonté supposés, cet homme ne pourra pas agir.

Du courage il en faudrait pour dire aux Français que le seul moyen d’alléger les charges publiques est, avant tout, de rétablir l’équilibre des comptes. Il en faudrait pour leur avouer que la politique menée depuis des années n’est ni de l’austérité, ni du libéralisme, mais du dirigisme teinté d’impuissance. Il en faudrait pour leur avouer que 3% de déficit, c’est toujours du déficit, c’est à dire de la dette qui s’accumule et qui immobilise des dizaines de milliards en remboursements, alors qu’ils pourraient  être consacrés à des diminutions de taxes ou des investissements productifs. Il en faudrait pour leur avouer que les réformes seront dures, que nous allons pleurer des larmes de sang, mais que c’est cela ou mourir. Il en faudrait pour leur avouer que l’Etat est mal placé pour faire la leçon aux banques, lui qui spécule sur les taux d’intérêts sur le marché obligataire pour obtenir ses emprunts au meilleur taux, et lui qui vit à crédit depuis 1980 sur le dos du contribuable. Il en faudrait pour leur avouer que l’insécurité dans les banlieues et l’économie souterraine coûtent des milliards chaque année, fruits de l’impuissance des matamores à faire autre chose pour l’ordre public que des jolies phrases. Il en faudrait pour avouer que même en rétablissant demain l’équilibre des comptes par une prouesse de courage et d’austérité, on devrait encore compter trente ans avant d’avoir pu rembourser nos dettes publiques jusqu’au dernier centime. Il en faudrait, en somme, pour avouer aux Français que toutes les majorités successives leurs mentent depuis au minimum trente quatre ans.

Evidemment, les Français ne seraient pas très contents. C’est un euphémisme.

Pourtant, il y a urgence. Mais il semble que la seule urgence soit de ne rien faire, à l’Elysée.

Ce remaniement est une petite réussite tactique. C’est surtout la dernière cartouche du soldat Hollande avant de devoir se résigner au silence et au calme plat faute de pouvoir agir.

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