Valeur travail et Etat providence dans la jeunesse

(La leçon d’anatomie, Rembrandt)

Votre serviteur discutant récemment de la question des bourses et des aides au logement versées à de très nombreux étudiants de France se posait la question de savoir comment initier cette jeunesse à la valeur de cet argent qui semble tomber du ciel comme un dû. 

Il faut tout de suite éviter, cependant, de se méprendre. En parlant de rendre sa valeur à un argent qui tombe du ciel, on ne veut pas dire qu’il représente des sommes folles. Les APL, par exemple, atteignent un seuil maximum de 323 euros par mois, dans le cas d’une personne seule, ou d’un couple avec une tierce personne à charge. Il est évident qu’avec ce genre de montants, même en y ajoutant le RSA de 500 euros par mois, un couple de jeunes étudiants sera condamné à une misère sordide et devra travailler en plus. Sauf que justement, quand des étudiants ou des jeunes en fin d’études sont éligibles au RSA et perçoivent des APL, c’est que justement ils n’ont pas trouvé de travail…

Les bourses, elles, ont des taux très variables selon les structures qui les délivrent, et peuvent parfois constituer des matelas confortables, mais qui, étant versés annuellement, doivent être gérés avec précaution.

Ce n’est donc pas le volume de ces aides publiques qui est en cause. Du moins, si on les mettait en cause ce serait pour en dénoncer le faible montant. Mais peut-il en être autrement ? Les richesses de l’Etat ont leurs limites…

Ce qui est en cause c’est le caractère purement gratuit de ces aides qui, d’une certaine manière, en fait un dû, c’est à dire quelque chose auquel on aurait droit sur la base non pas de ce que l’on fait, c’est à dire un métier ou des études, mais de ce que l’on est, c’est à dire un pauvre. Pauvre au regard de quel critère d’ailleurs ? De barèmes sociaux contestables, où, par exemple, une jeune femme seule et travaillant comme apprentie ou à mi-temps,  sans aide de ses parents, ne percevra pas d’APL, tandis qu’une autre jeune fille, logée en appartement indépendant, mais touchant les subsides de ses parents, pourra en plus recevoir des APL au nom de son droit à l’indépendance, considérant qu’il faut l’aider puisqu’elle n’a pas de revenus propres… En somme on laisse l’une se débrouiller toute seule et on entretient l’autre dans son assistanat.

Là encore, le diable vient se nicher dans les détails et la discussion de ces abus deviendrait rapidement trop technique.  Revenons-en à la discussion générale sur la pure gratuité de ces dons. En plaçant les jeunes étudiants sous la dépendance d’aides publiques, l’Etat diminue leur capacité de débrouillardise et surtout leur sens de l’effort individuel et de l’esprit d’entreprise, tout en diminuant la valeur même de cet argent, qui loin d’être un dû est un don et est le fruit de l’impôt, lui-même fruit du travail des autres citoyens, pas la manne céleste. Enfin, en créant une situation de faux confort qui est une véritable précarité, ces aides développent une sorte de prolétarisation du monde étudiant.

Il semble important de placer le monde étudiant face à la valeur réelle des aides qu’il perçoit. Une possibilité intéressante serait de conditionner ces aides à l’exercice d’un emploi ou d’un service hebdomadaire, lequel pourrait être, selon les disponibilités et les désirs de l’étudiant, d’un volume horaire variable, lequel volume étant fixé à un régime semestriel, afin de rester en cohérence avec les modifications d’emplois du temps des jeunes gens concernés.

Par ailleurs, considérant qu’il existe déjà des emplois aidés pour la jeunesse, dans un certain nombre de services publics, on peut envisager la suppression de ceux-ci, remplacés par les étudiants éligibles aux aides publiques, à condition que celles-ci soient augmentées de sorte qu’elles s’approchent d’un véritable salaire horaire, même si celui-ci serait différent du salaire horaire en vigueur sur le marché du travail.

En effet, on suppose que d’une part, le nombre d’heures de services hebdomadaires étant très faible, le salaire par heure serait proportionnellement plus élevé que le SMIC, d’autre part, dans le cas d’un étudiant décidé à faire du zèle et à travailler l’équivalent d’un mi-temps ou d’un plein-temps, il faudrait plafonner l’aide versée, car le risque serait grand de voir, avec un tel salaire horaire, l’étudiant gagner mieux sa vie que le travailleur diplômé.

Quels emplois s’offriraient aux étudiants contre des aides ? Puisqu’il s’agit d’entrer dans une dynamique de service, on pense prioritairement à la surveillance d’études du soir dans les écoles, à l’aide au devoir, à l’alphabétisation en milieu scolaire, mais aussi hospitalier et carcéral, à l’aide aux malades, au soutien aux personnes âgées dépendantes, aux exercices de secourisme avec les pompiers ou les ambulanciers, etc. Dans ce sens, ceux que l’Etat soutient de ses deniers pour qu’ils puissent mener des études, ceux sur lesquels l’Etat investit pour l’intelligence de demain, rendraient dès à présent leur dette par leur soutien aux plus jeunes et aux plus fragiles.

Par ailleurs, on peut également imaginer une participation au fonctionnement des universités ou grandes écoles, en centre de recherche, en service administratif, en bibliothèque, etc.

Cependant, il ne semble pas souhaitable d’intégrer dans ces emplois le bénévolat associatif, car il risquerait d’assujettir les associations, indépendantes, à l’Etat et à ses financements, jusque parmi ses bénévoles devenus une sorte de salariat de la charité…

Le principe serait donc que les aides  aux jeunes étudiants soient versées contre l’exercice d’un emploi dont la fonction serait essentiellement de service. Le volume horaire, et par la même occasion le volume d’aides, serait négocié de manière semestrielle entre l’étudiant et les services publics.  Dans le cas où l’étudiant serait dans l’impossibilité réelle et vérifiée de travailler de quelque manière que ce soit, les aides pourraient toujours être versées. Mais sans impossibilité réelle de travailler, le principe serait toujours, pas de travail, pas de subsides publics.

 

Considérant que ces réflexions proviennent d’un homme qui n’a jamais reçu d’aide financière de l’Etat ou de l’université d’aucune sorte, ces propos sont soumis à vos commentaires et avis, et ils espèrent votre indulgence. 

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2 réflexions sur “Valeur travail et Etat providence dans la jeunesse

  1. « Par la manne céleste » ? Ou « pas » ?
    Je trouve l’idée intéressante, si ce n’est que j’aurais eu du mal à faire tenir des heures de service dans mon emploi du temps d’étudiante, en particulier quand j’étais en double cursus avec Paris VI. Et qu’avec le génie national pour créer des usines à gaz, je m’interroge sur la faisabilité pratique à grande échelle et à un coût raisonnable.

  2. Lire « pas la manne céleste ». C’est corrigé. Merci d’avoir relevé. 🙂 En effet, le risque de ce genre d’idées est de terminer en véritable usine à gaz… Mais on peut toujours rêver.

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