Le bac… Vaste programme !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici une chronique sur le bac, publiée par votre serviteur sur le site Vexilla Galliae.

 

Le ministre de l’éducation nationale avait rectifié le tir, annonçant que le bac n’étant pas bradé, il ne serait sans doute pas meilleur cette année que l’année précédente. Puis, ô ! Surprise ! Comme à chaque fois, les taux de réussite sont en hausse, en partie grâce aux filières technologiques.

Votre serviteur ayant corrigé cette année des copies d’une de ces filières, il est possible que son témoignage puisse vous intéresser.

Le lendemain de l’épreuve, les professeurs de la matière dans l’académie appelés pour corriger cette filière répondaient à la convocation de leur inspecteur. Nous étions tous réunis dans le grand amphithéâtre d’un prestigieux lycée, par un après-midi écrasant. L’inspecteur accompagné de deux professeurs coordinateurs nous donna nos consignes :

– La moyenne attendue des paquets de copie devra être de 11,5/20. Pourquoi ? Parce qu’en-dessous de 11, il est possible qu’une majorité d’élèves du paquet de copies ait une note inférieure à 10/20, la moyenne étant faussée par quelques très bonnes notes. A 11, il y a certitude statistique que la majorité du paquet a plus de la moyenne.

Dans le cadre de « la ventilation des notes », appelée aussi « harmonisation », il sera demandé aux professeurs dont la moyenne de paquet est inférieure à 11, de revoir leurs copies. Pour cela nous sommes invités à envoyer très prochainement nos notes, à mi-parcours, puis paquet corrigé, aux deux coordinateurs.

Ces consignes générales étant données, nous entrons dans le vif et prenons chacun un sujet avec son corrigé, dont il nous est donné une lecture commentée par les coordinateurs et l’inspecteur.

En-dessous de chaque question les éléments attendus ont été précisés, et lorsque ceux-ci semblent trop exigeants, il nous est demandé, oralement, de n’en retenir qu’une partie. En outre il est conseillé de toujours chercher à valoriser les éléments positifs de la copie (raisonnement, recherche d’éléments, exemples précis, etc.)

Quelques copies témoins nous sont montrées afin de procéder à leur notation à chaud. Chaque professeur présent observe la copie au tableau, quelques minutes, puis l’inspecteur procède à une notation à main levée…

– Qui donne 11 ?

– Qui donne 13 ?

– Qui donne 14 ? Etc.

Evidemment, ce procédé ne manque pas de surprendre votre serviteur, qui se prête au jeu, cependant, de bonne grâce.

Le bon sens n’a pas tout à fait déserté. Une copie notée par la majorité des enseignants à 16/20, perd 1 point à cause de son orthographe désastreuse.

La réunion levée, nous ne récupérerons nos copies que le lendemain dans les différents lycées dont dépendent nos jurys.

Copies récupérées, je dois avouer que, dans la filière qui m’a été attribuée, celles-ci ne sont pas trop mauvaises. Ce qui me place dans une position privilégiée par rapport à d’autres collègues, affublés de paquets lamentables. Pour ma part, écriture bien ronde, orthographe souvent soignée, cours bien appris et documents compris, c’est une filière à majorité féminine… Evidemment, les questions ne vont pas chercher très loin, il suffit souvent de savoir lire. Mais on se rend vite compte, dans certaines classes, que cette donnée élémentaire est loin d’être acquise.

Ainsi, en suivant scrupuleusement le corrigé, votre serviteur obtint une moyenne de paquet de 12/20 sans trucages particuliers. Remarquons cependant que le corrigé prévoyait déjà ces trucages par une approche pour le moins indulgente des réponses.

Mais le plus beau est pour le jury de délibération.

Voici les professeurs de toutes matières dudit jury réunis avec leurs copies le matin veille de la proclamation des résultats. Dans un joyeux désordre il nous est demandé d’échanger nos paquets, de sorte que nous ayons sous le nez les copies d’une autre matière que la nôtre. Des fois que nous ferions montre de mauvaise volonté dans l’opération qui va suivre.

En effet, est étudié maintenant le cas des élèves se situant à moins de 1 point de l’échelon supérieur, à savoir l’admission au rattrapage, l’admission directe, la mention assez-bien, la mention bien et la mention très bien.

Pour chaque élève, le dossier scolaire est ouvert, le nom n’étant jamais prononcé bien sûr, anonymat oblige. Une très rapide lecture du dossier est faite, avec les appréciations et les notes obtenues en terminale.

– Elève consciencieux et travailleur.

Ou bien :

– Elève portant de l’intérêt… à distance, pour la matière (authentique)

Ou encore :

– Elève absent en cours.

Ou même :

– Elève courageux et investi.

Tous les cas de figure défilent, et à chaque fois, le président de jury demande aux enseignants :

– Souhaitez-vous que cet élève aille au rattrapage ?

– Souhaitez-vous que cet élève soit reçu ?

– Souhaitez-vous que cet élève obtienne la mention assez-bien ?

Etc.

Le vote se fait à la majorité.

Dans le cas d’un vote positif, le président de jury décide, sans regarder les copies :

– Bon, vous allez rajouter un point en mathématiques, un point en philosophie et… disons un point en anglais.

Un coup de tampon sur la copie, la nouvelle note dans le cadre d’encre du tampon, une correction à l’ordinateur, et le tour est joué. Votre fils vient d’avoir son bac…

C’est une expérience étrange que la correction du bac, où le dévouement du corps professoral le dispute à l’absurdité administrative d’un système scolaire démagogique, dont les cadres sont pourtant conscients de toutes les insuffisances, mais obéissent naturellement et sans poser de questions.

Puisque le ministre pérore, il fallait bien que ce petit témoignage vienne vous éclairer un peu, chers lecteurs, sur la manière dont il permet, lui-même, que soient corrigées les copies de vos enfants.

Une ultime précision s’impose, cependant. La rencontre des collègues par matière et la consultation attentive de plusieurs paquets de copies montrent d’une part la conscience professionnelle très aiguë de la majorité des enseignants, et d’autre part le labeur fourni avec une bonne dose de bravoure par nombre d’élèves. En somme, ce ne sont pas les sujets qui se portent mal, c’est l’institution qui est devenue folle.

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