Le combat charitable


(Don Camillo… Un dialogue constructif…)

Chacun sa croyance. C’est le leitmotiv contemporain. Du moment que nul n’est dérangé, tout le monde peut croire ce qu’il veut, en Dieu, en Allah, au concombre masqué et pourquoi pas en rien du tout.

Mais qu’est-ce à dire ?

La croyance en Dieu est une compréhension du monde dans laquelle toute création, tout ordonnancement part d’une cause première appelée Dieu. Il est l’auteur de toute chose. Qui plus est, ce créateur est personnel, vivant, il a donc un vouloir et un esprit. Sa parole, sa volonté, sont celles de l’initiateur de toute vie. Croire en Dieu conditionne toute une approche du monde, de la manière de penser le savoir, la connaissance, les événements de la vie et leur mécanique. Croire en un Dieu personnel et vivant, qui parle et agit, cela veut dire aussi agir dans sa vie selon cette parole et cette action. La croyance en Dieu, quand elle devient une fidélité à la parole et l’action divine est véritablement la foi, la confiance totale en Dieu. Dès lors, croire n’est pas un acte anodin, c’est le fondement de l’existence matérielle, intellectuelle, spirituelle, individuelle et collective du croyant.
En outre, Dieu est traduit par différentes religions. Il ne saurait y avoir plusieurs principes divergents de l’univers, donnant en fin de compte rigoureusement le même univers. Comme s’il y avait plusieurs degrés d’ébullition de l’eau, entre 95 et 100 degrés… Plusieurs de ces religions proposent des compréhensions du monde et de Dieu erronées ou seulement partiellement vraies. Là encore, l’adhésion à ces cultes organise la vie dans une approche particulière.

L’absence de croyance en Dieu n’est jamais qu’une autre manière d’appréhender l’univers et l’existence.

Mais c’est toute la vie qui est engagée. En proclamant le « à chacun sa foi ou sa non foi », on proclame en quelque sorte « à chacun son fantasme », ou encore « à chacun son opium, du moment qu’il ne dérange pas la rêverie des autres ». En somme, nous sommes prêts à admettre que des hommes développent une vie non conforme à la réalité, avec le risque, pour eux, de commettre des erreurs d’appréciation ou d’action qui pourraient se révéler préjudiciables à leur équilibre physique et moral, à leur vie même ou à celle de leur entourage. C’est bien la vie qui est en jeu.

Un athée peut-il rester insensible au fait que pour lui un croyant porte foi à un équivalent du père Noël ?

Un croyant peut-il tolérer qu’un homme ignore l’existence d’un principe universel à peu près aussi fondamental et réel que l’eau tiède ?

C’est pourtant ce qu’il se passe dans nos sociétés occidentales.

D’une certaine manière c’est un manquement très grave à la charité, en ne se souciant plus guère du bien de notre prochain, et c’est un éloignement gravement préjudiciable de tout souci de la vérité, c’est à dire du réel de notre univers, puisque peu importe la vérité du moment que tout le monde est content…

Il y a comme un impératif de dialogue entre croyants des différents cultes et avec les incroyants, dans l’optique de chercher et comprendre la vérité. C’est un impératif de charité, d’intelligibilité du monde et de meilleure vie. On ne peut fonder son existence sur un mensonge sans se porter tôt ou tard un préjudice, même insensible et pourtant profond. C’est ici que s’impose le dialogue.
Le dialogue peut-être combatif, mais très peu de raisons justifient l’absence de dialogue.

Quelles sont-elles ?
– Une situation de violence physique extrême où il apparaît comme très vraisemblable, voire certain, que l’un des débatteurs risque pour sa vie et la sécurité de ses biens s’il entame la discussion.
– Une situation d’obscurcissement des coeurs ou d’endurcissement dans un chemin de vie tels que toute discussion s’avère pour l’heure impossible.
– Un rapport interpersonnel entre les deux débatteurs tellement complexe que la clarté du discours en serait obscurcie.

Dans ces conditions, effectivement, la discussion, ou même le combat intellectuel non sanglant semblent définitivement ou temporairement impossibles. Mais ce sont des cas extrêmes, on le voit bien.

Le dialogue doit-il obligatoirement amener à choisir une voie au détriment d’une autre ? Ou bien peut-il amener à un chemin de conciliation ? Conduit-il parfois à un statu quo faute d’informations suffisantes ? C’est possible. Cela dépend toujours du sujet et de la manière dont il est abordé. Ici, il ne nous appartient pas de développer plus.
Nous nous sommes seulement contentés de souligner le caractère impératif de la discussion.

Comment dialoguer ?
Encore faut-il un langage commun. C’est à dire qu’il faut s’entendre sur le sens des mots et sur l’enjeu de la discussion, si on ne veut pas tourner en rond.
Saint Thomas d’Aquin donne, dans sa Somme contre les gentils, une hiérarchie des éléments de base du dialogue. Ceux-ci semblent toujours pertinents aujourd’hui :
– Entre chrétiens, la base de la discussion doit être l’écriture sainte, novo et vétéro testamentaire (on pourrait ajouter aujourd’hui le magistère de l’Eglise pour les Eglises séparées)
– Avec les juifs, la base est la Bible dans sa forme vétéro-testamentaire.
– Avec les hommes d’autres religions et les incroyants, la discussion doit prendre pour premier élément la raison (c’est aussi tout le travail de l’apologétique.).

Bien sûr, la raison seule ne suffit pas. Le témoignage personnel, la déclaration de foi ou d’absence de foi sont aussi nécessaires. Mais le préalable raisonnable est nécessaire.

Notre vivre ensemble est aussi à ce prix, celui d’une nécessaire discussion de fond sur ce principe fondamental de la vie qu’est l’existence ou l’absence de Dieu et dans le cas de l’existence, la précision de son identité et de son discours.

En somme, nous devrions tous être animés d’un esprit missionnaire marqué de délicatesse et de patience.

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Une réflexion sur “Le combat charitable

  1. « La Vérité peut se dire hautement partout, pourvu que la discrétion tempère le discours, et que la Charité l’anime. » Bossuet

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