Front national, vers une droite nationaliste à la néerlandaise

(Sémiramis construisant Babylone. Degas)

 

D’après un sondage, 30% des 18-30 ans ont voté Front national aux élections européennes. Ce chiffre fait du mouvement nationaliste de Marine Le Pen le premier parti de France chez les jeunes. Ce chiffre revêt une grande importance car il permet d’imaginer comment évoluera ce parti dans les années à venir, s’il souhaite conserver son électorat.

Qui sont ces jeunes ? On peut supposer que ce sont des citoyens de tous horizons, brassant large dans les couches populaires de toute la France. Le vote traditionnel est-il important dans ce segment ? Il est ridiculement faible. Les catholiques pratiquants représentent 4,5% de la population, 20% de ces 4,5% ont voté pour le Front national, soit moins de 1% des Français. En considérant que ce segment de 1% représente honnêtement une population de catholiques pratiquants où les plus de 60 ans sont 40%, il ne reste que quelques poussières pour les moins de 30 ans. Le vote des jeunes catholiques en faveur du Front national ne représente presque rien. Cela sous-entend donc également que les questions auxquelles ils sont sensibles comme l’avortement, le mariage homosexuel, l’utilisation politique des études sur le genre n’ont qu’un poids ridicule dans le vote Front national. On peut tirer de ce premier constat deux éléments :

– Le souci que le Front national porte encore aux questions d’éthiques est plus lié à ses cadres qu’à ses électeurs. On peut supposer que la mouvance représentée par Bruno Gollnisch et Marion Maréchal-Le Pen, proche des milieux catholiques, renforcée à la marge du Front par les réseaux amis de personnalités comme Bernard Antony ou Jacques Bompard pèse encore assez dans l’appareil du parti pour l’orienter vers des positions conservatrices en matière d’éthique. Mais si ces réseaux sont un vivier conséquent de militants et de cadres bien formés que l’on retrouve notamment dans les cabinets des élus du Front national, leur apport électoral est quasi-nul.

– On peut supposer que le silence relatif de Marine Le Pen durant le débat sur le mariage homosexuel et le respect affiché de Florian Philippot pour la nouvelle loi ne sont pas seulement liés, comme on l’a entendu, à la présence d’homosexuels dans l’entourage de la leader, mais à une volonté de répondre aux attentes d’un électorat plus intéressé par les questions d’argent que de mœurs.

En effet, pour reprendre ce segment de 30% de jeunes, que pense-t-il sur les mœurs et l’éthique ? D’après un sondage réalisé au lendemain de l’approbation de la loi, ils étaient 72% des moins de 35 ans à approuver le droit des homosexuels à se marier (75% des moins de 25 ans) , pour une moyenne nationale de 60%, soit 12 points de plus. Sur la question du droit des homosexuels à adopter des enfants, ils étaient 60% des moins de 35 ans à y être favorable, pour une moyenne nationale de 45%. Evidemment, quand 30% des jeunes votent pour vous et que vous savez, grâce aux études d’opinion, que votre popularité dans cette frange du peuple, ne cesse de monter, vous ne pouvez pas vous permettre de la décevoir pour des questions de moeurs qui lui semblent secondaires.

Regardons un autre point, celui de l’avortement, revenu brièvement sur le tapis au mois de janvier. Alors que plus de 75% des Français sont favorables à l’avortement dans le cas où la mère n’aurait pas les moyens d’élever son enfant (on pourrait monter à 90-92% de Français avec ceux favorables à l’avortement dans les cas de danger pour la vie de la mère ou de mal-formation grave du foetus), ils sont 77% chez les moins de 35 ans et on pourrait élargir à presque 95 ou 96% avec les cas de danger pour la vie de la mère.
Là encore, pour un parti en quête d’opportunités électorales, pourquoi s’embêter d’éthique alors que la cause semble entendue ?

Alors quels sont les sujets prioritaires pour les Français et notamment ces jeunes interrogés ? En première position arrive la question de la désindustrialisation, puis vient la crise économique, l’immigration, la réforme territoriale, la dépendance des personnes âgées et en queue de classement les problèmes éthiques.

On retrouve là le niveau de fréquence des sujets abordés par le Front national : en première place la désindustrialisation de la France, puis la crise, enfin l’immigration, dont le Front parle bien moins aujourd’hui que durant la présidence de Jean-Marie Le Pen. Les problèmes éthiques, eux, ne sont pas abordés, à tel point que lorsque Floriant Philippot est interrogé sur la réforme de l’avortement en Espagne, il considère que ce n’est qu’un projet poudre aux yeux pour masquer les questions de chômage.

Voici donc un Front national nouvelle génération, débarrassé de l’éthique et des mœurs, n’en traitant que ce qu’il faut pour ne pas perdre ses cadres et militants catholiques, ainsi que son électorat plus traditionnel du sud-est de la France. Ce nouveau discours correspond parfaitement aux attentes d’une jeunesse qui veut jouir sans limite et surtout sans souffrir d’une pénurie d’aides sociales ni sans voir ses modes de vie menacés par l’islam. Voilà bien pourquoi, sans aucun doute, le Front national est devenu si jacobin, si interventionniste et étatiste, toujours fustigeant l’islamisation, mais aussi le marché, lui qui était libéral et reaganien dans les années 1980-1995.

Il a suivi aussi l’évolution de la société française. Lui qui était le parti des artisans et des boutiquiers, dans la suite de Pierre Poujade, est devenu le parti des petits employés. Il faut dire aussi que la France des boutiquiers est bien moribonde. La grande distribution, les magasins franchisés, les grandes enseignes de services ont mangé peu à peu les professions indépendantes qui ont bien du plomb dans l’aile. Mais ce petit monde de la France d’hier avait, par ses structures d’emploi et ses habitudes sociales, le goût de la liberté, de la fronde et de l’impertinence. Il n’aimait pas les normes et les patrons parce que chacun était son propre patron dans sa boutique ou son atelier. La France des employés est hiérarchisée, composée d’individus esseulés, perdus entre les normes internes de leur entreprise et celles des collectivités publiques. Ces employés sont bien plus dociles, bien plus soumis aux normes écrasantes de l’Etat et, à la différence des boutiquiers, ils s’y sentent bien. Ils ont besoin des aides sociales et des emplois aidés, cela fait partie de leur univers. En femme du XXIe siècle, Marine Le Pen a bien senti cela est elle adapte son discours à cette sociologie française nouvelle bien éloignée de celle qu’a connu son père à la fondation du Front en 1972. Ces employés veulent jouir de leur situation sociale, de leur place dans l’entreprise du confort précaire que l’Etat leur octroie. Ils n’ont plus le goût de la liberté et ce qu’ils craignent c’est que le marché libéral tout puissant vienne leur retirer ce bien être fragile d’un côté, tandis que de l’autre les barbus viendront les empêcher de faire ce qu’ils veulent en matière de mœurs.

Le jacobinisme en plus, cette évolution ressemble à s’y méprendre à la droite nationaliste néerlandaise. Nous sommes à des siècles du Front national familial, libéral et conservateur des années de jadis. Place à un Front totalement déchristianisé, un brin gauchiste et jouant à fond la carte du tout Etat pour protéger les petites gens.

Les amis de la liberté et de l’Occident chrétien s’y retrouveront-ils ?…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s