Un samouraï d’Occident, bréviaire d’antichristianisme

 

La publication, à titre posthume, d’Un samouraï d’Occident, de Dominique Venner, a suscité, chez votre serviteur, le plus vif intérêt. On se souvient du billet admiratif et louangeur qu’il écrivit à l’annonce du suicide de ce grand historien. De cet article de l’an passé il n’y a rien à retirer. Mais, après lecture de ce testament politique de Dominique Venner, il convient d’amender quelque peu notre jugement.

Le sous-titre de l’ouvrage en donne la clef. C’est Le Bréviaire des insoumis. Un bréviaire se lit sans cesse, se ressasse et se remâche. Il s’agit là du bréviaire de Venner. Il se l’est constitué peu à peu et nous le livre tout entier, fini. Il nous invite à y puiser notre miel pour le combat de demain en vue de la défense de l’Europe. Il nous invite aussi à nous constituer notre propre bréviaire.

Mais que propose-t-il dans son ouvrage ?

Dominique Venner nous fait rêver, d’abord, par l’évocation de son propre parcours « d’historien méditatif », forgé dans l’expérience virile de la guerre d’Algérie puis du combat politique de 1968, et enfin les études historiques menées entre le journalisme et une vie retirée au fond de la Normandie.

Il se penche sur l’exceptionnelle décadence morale et intellectuelle de l’Occident, menacé par la haine de soi, un excès de compassion et de repentir, qui se traduisent par l’acceptation passive du « grand remplacement », à savoir l’invasion de l’Europe par l’immigration de masse. Il voit dans les événements de l’année 2013 contre le mariage dit pour tous les signes d’un renouveau où l’homme européen se lève pour défendre ce qui est le coeur de toute société vivante, ses familles.

Enfin, pour contribuer à ce renouveau, il propose une éthique stoïcienne, faite de maîtrise de soi et de don dans l’engagement. Il propose une morale du combat pour chacun et il trace la voie des retrouvailles avec notre identité antique, perdue selon lui dans le christianisme.
C’est là que se niche la thèse maîtresse de Venner. Tout le mal nous vient du christianisme. Il veut bien que l’on continue de se réunir dans les Eglises et que leurs cloches sonnent, mais il ne veut plus y entendre cet évangile qui prône l’amour comme une fin et qui promeut la compassion pour l’adversaire. Il veut que l’on y proclame l’éthique exigeante du combat et de la valeur guerrière, mais aussi de la mesure. En effet, c’est le deuxième sujet de sa haine, pour lui, le christianisme, en ouvrant la voie à un universalisme occidental, a promu une démesure, une « hubris » occidentale, bien éloignée de la mesure antique et qui nous conduit à notre perte. Il faut dire que Venner conçoit le monde par ses clans, ses civilisations, ses peuples. Pour lui, ce qui nous distingue (cultures, clans, nations, philosophies) est plus important, pour nous définir, que ce qui nous unit en tant que genre humain de par le monde. Il reproche au christianisme d’avoir amoindri cette évidence. Cette démesure il la retrouve dans l’appel de Dieu à l’homme pour « qu’il devienne maître et possesseur de l’univers. » L’auteur n’a jamais caché son écologisme et son amour de la cynégétique. Il en livre ici l’essence mystique. Il se sent en communion avec les forces d’une nature qu’il faut à tout prix protéger et à laquelle il faut s’unir. Cette union avec la nature, elle existait, pour lui, chez les antiques païens, et le christianisme l’a détruit. La charge continue, il reproche au christianisme de nous avoir éloignés de nos mythes grecs fondateurs. Il lui reproche surtout de nous avoir conduits à nous mépriser nous-mêmes. Revenant à de nombreuses reprises sous sa plume comme un anti-slogan, Venner vomit cette maxime de saint Augustin, « Deux amours ont bâti deux cités. L’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, et l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi. » Pour lui c’est un non sens. Evidemment, Venner tire cette sentence jusqu’à ses pires excès manichéens. Il ne lui en faudrait pas beaucoup, avec mauvaise foi, pour faire d’Augustin un albigeois vivant dans la haine du monde. Pour Venner le christianisme porte alors en lui une pensée mortifère.

Il n’a pas de mot assez dur pour condamner ce christianisme qu’il hait, et qui pour lui avilit l’homme dans sa grandeur native. Saint Augustin est pour lui un arriviste et un intégriste, Saint Ambroise un opportuniste. Il balaie les martyrs de la primitive Eglise et met bien en avant les avantages politiques que le christianisme a retiré de l’édit de Constantin. Il va plus loin en montrant les persécutions que subirent les païens après ces réformes. En somme, il en fait de nouveaux martyrs, dans une démarche rhétorique d’inversion des valeurs.

Ce fil rouge de haine du christianisme ressort de loin en loin, quand il traite d’Augustin, quand il offre une lecture personnelle de l’Illiade, et même dans les confins du Japon qu’il nous donne à admirer. Evidemment, ce qu’il admire, c’est l’homme debout, le samouraï homme d’honneur et d’action, toujours libre jusqu’au point de choisir le temps de sa mort et de lui conférer le sens qu’il a lui-même souhaité. Quel orgueil !
Dans l’Occident ancien, la figure idéale dont il pourrait s’inspirer est celle de Caton d’Utique qui, face aux successeurs de César, ayant combattu jusqu’au bout, choisit de mourir, restant maître de son existence jusque dans son dénouement.
Quel orgueil !
Evidemment, dans de telles conditions, les rituels chrétiens de pénitence ne peuvent que lui sembler des scandales, de telle sorte qu’il qualifie de « rite étrange », le dialogue qui précède l’entrée des princes Habsbourg dans la crypte du couvent des capucins pour y être enterrés. Le chrétien qui se dépouille de sa superbe et de ses mérites personnels, devant son créateur, est pour lui un non-sens, qui le conduit même à pourfendre les oraisons de Bossuet.

Enfin, discrètement et comme si de rien n’était, Venner conclut sa méditation par une apologie très appuyée des thèses eugénistes du docteur Alexis Carrel. Pour lui, l’avenir de l’Occident est là. Il faut renouer avec une éthique de l’homme debout, de l’homme combatif et maître de son destin. Il faut surtout ne pas hésiter à pratiquer l’eugénisme volontaire. Il s’attarde peu sur cette question, conscient que ces dernières propositions pourraient bien détourner des lecteurs de ses thèses tant il est vrai que l’eugénisme est lié, dans nos consciences, aux souvenirs désastreux du nazisme. Venner, en saluant dans l’oeuvre de Carrel l’intérêt qu’il porte à l’union du corps et de l’esprit et à l’épanouissement de l’homme par son endurcissement dès l’enfance par le biais d’une rude discipline physique et morale, en tire les mêmes conséquences eugénistes que son auteur. En somme, la sélection des êtres.

Voilà, en quelques lignes trop rapides, quel ultime message nous a livré le grand historien qu’était Dominique Venner. Nous avons aimé Le Siècle de 1914. Nous avons apprécié la lecture de sa Nouvelle Revue d’Histoire. Nous conseillons son Histoire critique de la résistance et son Histoire de la collaboration. Mais pour le projet de civilisation, nous ne pouvons que mettre en garde les chrétiens contre la pensée de celui qui apparaît, mais il ne s’en était jamais caché, comme un païen des forêts du nord. Nous ne pouvons que mettre en garde le lecteur, au nom même de l’Occident, qui, depuis vingt siècles, s’est construit dans l’Union de Rome-Athènes et Jérusalem, et n’en déplaise à Venner, se défait dans la rupture de celle-ci. Venner est mort. On ne dit pas de mal des défunts. Mais on peut condamner leurs livres !
C’est ce que nous faisons pour Un samouraï d’Occident.

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6 réflexions sur “Un samouraï d’Occident, bréviaire d’antichristianisme

  1. Une critique du seul christianisme est vouée à rester stérile, c’est tout le monothéisme qui est à remettre en question.
    Quoi qu’il en soit ce rejet du christianisme n’est vraiment que la seule facette de M. Venner qui m’intéresse, encore que le fait qu’il semble l’avoir mené à un paganisme brumeux et chimérique ne me semble pas, au fond, une démarche si nietzschéenne que ça.

  2. Merci pour l’article et le jugement clair et mesuré!
    PS : « l’amour de soit jusqu’au mépris de Dieu, et l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soit » : deux petits « t » en trop, non?

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