Manif pour tous, un combat inutile ?


(Chouans en embuscade. Evariste Carpentier)

Aujourd’hui, dimanche 2 février, nous étions de 80 000 à 500 000 manifestants dans les rues de Paris et 40 000 à Lyon, sans oublier les quelques milliers de sympathisants qui, dans toute l’Europe, se sont mobilisés pour la défense de la famille. Il n’y a plus de loi en cours de discussion sur la famille en France. Il n’y a plus d’actualité politique sur ce thème. Beaucoup sont tentés par l’à quoi bon et préfèrent rester chez eux. D’autres, effrayés par les menaces du gouvernement qui n’hésite pas à comparer les manifestants aux pires extrémistes, se retirent sur la pointe des pieds, par peur du qu’en dira-t-on.

Mais rester chez soi, estimer que le combat est terminé puisque la loi est votée, c’est se tromper de combat. C’est avoir pris un combat de civilisation pour une lutte catégorielle. C’est avoir pris un combat de renaissance pour une lutte conservatrice. Ces gens qui rentrent chez eux étaient opposés à la dépénalisation de l’homosexualité dans les années 1980. Ils n’y songent plus. Ils étaient contre le PACS en 1999. Ils n’y songent plus. Ils étaient contre le mariage de personnes de sexe identique en 2013. Ils n’y songeront bientôt plus. Avec de tels adversaires, l’ennemi progressiste et relativiste est toujours vainqueur. Ce sont les bourgeois frileux sur le dos desquels se fait la révolution permanente depuis 1789.

La réalité du combat de la manif pour tous est tout autre. Il s’agit de promouvoir une anthropologie, c’est à dire une manière de concevoir l’être humain. Cette anthropologie se veut ancrée dans la réalité naturelle des rapports humains. Elle se veut appuyée sur des valeurs universelles. Elle se veut de bon sens. Et de ce fait, elle ne peut abdiquer sur des questions de modes passagères. On ne joue pas la nature de l’homme aux dés. Pour autant, se pose la question tactique de savoir si la rue est le lieu du combat.

La réponse est oui pour plusieurs raisons :

– La manifestation de rue rend visible ce qui est caché. Elle rend palpable le mécontentement ou l’opinion d’une partie des hommes. Elle interroge ceux qui veulent bien prêter attention au mouvement qui se déroule sous leurs yeux.

– La manifestation soude entre eux et rend espoir à des militants qui, habituellement, sont en petit nombre, toujours minoritaires, dans leurs familles, parmi leurs amis, et que la désespérance guette, car ils mènent un combat presque impossible. En outre, ces militants participent à des associations de formations de jeunes, des actions charitables, des médias, des groupes scolaires, des mouvements de familles, où ils mènent un travail de formation, d’information, d’actions permanentes d’accueil et d’écoute mais qui se joue en profondeur, dans les cœurs et les intelligences, de manière invisible au grand jour. Ce travail est essentiel. Si des milliers d’hommes ne s’activaient pour la famille et la promotion de l’homme depuis quarante ans, la manif pour tous n’aurait jamais eu lieu l’an passé. La manifestation qui rend l’espérance aux militants est, en quelque sorte, le nécessaire renvoi d’ascenseur pour eux dont le travail de fond a rendu la manifestation possible.

– La manifestation, en rendant plus visible les associations discrètes qui gravitent autour d’elle, permet d’engranger des adhésions, de nouvelles bonnes volontés, de mieux les faire connaître, et ainsi d’avoir un effet démultiplicateur de force non négligeable.

– La manifestation maintient le camp politique sous pression. En effet, les partis politiques et nos élus, quels que soient leurs bords, élaborent une partie de leurs choix en fonction des sondages, de mouvements de rue, des résultats électoraux. Manifester en nombre, c’est créer une force de pression qui permet d’infléchir la décision des députés et des sénateurs, à tout le moins de retarder la prochaine horreur. S’il n’y avait pas eu de manif pour tous, il est probable que non seulement nous aurions le mariage et l’adoption pour les couples de sexe identique, mais nous aurions déjà une discussion sur la PMA et la GPA comme l’avaient laissé entendre l’an passé des ministres qui, aujourd’hui, jurent leurs grands dieux qu’il n’y aura jamais de PMA et de GPA, accusant ainsi de paranoïa leurs opposants. Mais peu importe l’injure, si elle est le signe d’une victoire, même temporaire.

– La manifestation, on l’a vu au dernier point, permet de mener une bataille de retardement. Celle-ci est nécessaire. Ce n’est pas la manifestation qui permettra de remporter la guerre. Celle-ci ne pourra être gagnée qu’en convertissant les cœurs et les intelligences à cette conception naturelle de l’homme. Celle-ci ne pourra être gagnée qu’en ouvrant les regards et les volontés au sens du bien commun. Car on ne mesure pas ce que le succès des dérives des dernières années doit à l’indifférence de la majorité, dont l’égoïsme est parfaitement exprimé par cette phrase symptomatique : « Bah ! Du moment qu’ils sont heureux ! Ils ne me dérangent pas. » Curieuse manière de penser, où un homme qui considère un comportement ou une idée comme mauvais, les tolère chez les autres. Ainsi, il se fiche bien du bonheur réel de son interlocuteur, il est prêt à accepter un bonheur de surface ou supposé. A moins qu’il n’ait pas même assez de considération pour ce qu’il croît juste et bon, au point de le laisser brader dans le monde qui l’entoure.

La manifestation ne remportera pas la guerre. Les deux points énoncés à l’instant nécessitent un travail de fond qui est essentiellement celui de la nouvelle évangélisation, ou de mouvements laïcs comme Ecologie humaine. Mais en attendant la lente victoire de fond de ces groupes évangélisateurs séculiers ou religieux, le monde continuera de bouger, les idées d’avancer. Les autres acteurs ne sont pas statiques. Et c’est parce qu’il faut apprécier le mouvement de l’adversaire pendant que nous menons un patient travail de reconquête, qu’il faut savoir mener aussi d’impressionnantes missions de retardement.

En ce sens, tous les arguments concourent à poursuivre l’effort de mobilisation ponctuel auprès de la manif pour tous.

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Une réflexion sur “Manif pour tous, un combat inutile ?

  1. C’est probablement corrolé : le gouvernement a annoncé aujourd’hui qu’il reportait (au moins d’un an) sa loi sur la famille. Certains s’en méfient et pensent qu’elle pourrait passer en douce…

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