Avortement. Le suicide de l’homme.

 

(Manifestation d’opposition à l’avortement, Paris, 19 janvier 2014)

Cette année, pour la neuvième fois, des opposants à l’avortement ont manifesté, dans les rues de Paris. Ils étaient 40 000 selon les organisateurs et 16 000 selon la police. Les photos du cortège parlent d’elles-mêmes. Pour la première fois depuis neuf ans, le Figaro, le Parisien, La Croix, Libération et quelques autres, se sont fait le relais de ce rassemblement, photos à l’appui, et en des propos presque toujours neutres. Un tel changement ne peut que nous réchauffer le cœur.

Le défilé de cette année s’inscrit dans une situation toute particulière, cependant. Demain, à l’Assemblée, le projet de loi sur l’égalité hommes-femmes, remaniera la loi Veil, en élargissant les cas « d’entraves à l’IVG » punissables par la loi et englobant ainsi toute information sur la question d’une grossesse difficile qui ne mettrait pas en avant la possibilité d’avorter, ou qui ne donnerait pas une information sincère. Le flou des termes permettra au juge de faire interdire la plupart des associations pro-vies si le cœur lui en dit. En outre, la notion de « détresse » de la femme, disparaîtra de la loi.

Cette évolution législative néfaste s’inscrit dans un combat, caché au plus grand nombre, entre partisans de la défense de la vie dès sa conception et partisans du droit subjectif et absolu des personnes nées sur celles qui n’ont pas encore vues le jour. En Espagne le gouvernement se prépare à revenir sur la législation actuelle sur l’avortement. Sa lutte sera dure, car les Espagnols sont majoritairement opposés à toute remise en cause de ce droit. En Hongrie, le préambule de la Constitution, récemment révisé, dispose que la vie doit être protégée de la conception à la mort. En Croatie, depuis la chute du régime communiste, le nombre d’avortements s’est effondré, passant de 80 000 à 8000 par an (dépêche Zénit, 2005). En Italie de même, depuis la dépénalisation de l’avortement, le nombre d’avortements est passé de 240 000 en 1984 à 140 000 aujourd’hui (L’Homme nouveau, 2009). Au Royaume-Uni, si le nombre d’avortements reste stable, les avortements pour raison d’eugénisme diminuent (Discours du franco-canadien Jean Vanier, 2009). Dans plusieurs Etats américains fédérés, le nombre d’avortements recule fortement, en dépit des autorisations légales. Il en va de même en Russie où la politique nataliste du Président Poutine porte ses premiers fruits, la Russie cessant enfin de perdre de la population.

Ces progrès sont le plus souvent le fruit des progrès de l’écoute et de l’accueil des mères. Ce sont des associations d’aide et de soutien aux mères en détresse, ce sont les soins de médecins attentifs et courageux, ce sont les structures d’accueil de centres sociaux et des Eglises chrétiennes qui ont permis de faire reculer le nombre d’avortements.

Au contraire, en France, en Belgique, en Allemagne, et dans tant d’autres Etats du monde, la question est tabou. On considère l’avortement comme un droit féminin sacré, et l’évoquer c’est déjà être suspect aux yeux des nouveaux censeurs.

Pour parler sereinement de ce sujet, en France, il convient d’abord de reposer les bases. Nous en sommes là. Demandons-nous trois choses, avant de décider : Qu’est-ce qu’un avortement ? Qu’est-ce qu’un enfant à naître ? Dans quelle situation se trouve une femme qui se pose la question de l’avortement ? Il faut savoir de quoi l’on parle. Il faut se mettre d’accord sur les fondamentaux, pour être bien sûrs de parler la même langue et ainsi pouvoir discuter.

Premièrement, un avortement, appelé interruption volontaire de grossesse, met fin à la vie du fœtus, expulsé du ventre de sa mère. Selon son état de développement, une simple solution chimique ingérée par la femme suffira pour expulser le petit enfant par les voies naturelles, ou bien, dans les cas de grossesses plus avancées de quelques semaines, il faudra recourir à une opération chirurgicale et à l’expulsion physique de l’enfant. On se souvient de la sordide affaire des 400 fœtus congelés retrouvés dans les chambres froides de l’hôpital Saint Vincent de Paul à Paris en 2005. Triste maternité… En termes clairs, l’avortement met fin à une vie humaine.

Deuxièmement, l’enfant à naître est un être humain. Dès la conception l’enfant est déterminé. Il possède en lui son patrimoine génétique, qui détermine son sexe, ses forces ou ses insuffisances physiques natives, certains traits de caractère, son apparence physique générale, etc. L’enfant à naître, dès la conception, est un être unique. Unique en ce sens que son patrimoine génétique n’appartient qu’à lui. Il est le seul à posséder tout le patrimoine génétique de ses ancêtres paternels et maternels. Il est le produit unique d’une lignée ininterrompue depuis l’origine de l’humanité. Même ses frères et sœurs seront différents de lui, car ce patrimoine génétique est organisé selon un séquençage qui lui est propre. Dès sa conception, l’enfant possède tous les atouts qui feront de lui une personne humaine. Dors et déjà c’est un être humain vivant. Par la suite, dans les semaines qui suivent, son corps ne fait que se développer à partir de cette base. Au terme des 12 semaines qui fixent, en France, la limite légale à partir de laquelle il n’est plus permis d’avorter, l’enfant possède ses principaux organes, son cœur bat, il a forme humaine, quoiqu’il ne fasse même pas 10 centimètres. Il est terriblement faux de prétendre que la femme est maîtresse de son corps, dans ce cas précis, car l’enfant n’est pas son corps. La femme abrite et reçoit en elle un être singulier, chair de sa chair et produit de l’union avec son compagnon ou époux.

Troisièmement, à cause de cette réalité physique, l’avortement n’est jamais accompli de gaîté de cœur par une femme. La femme qui avorte se retrouve dans une série de situations toutes aussi périlleuses et pénibles l’une que l’autre. Elle peut se trouver enceinte très jeune, n’étant même pas majeure, parfois abandonnée par son compagnon qui ne veut pas assumer la conséquence de son acte. Elle peut se trouver enceinte très jeune, n’ayant aucun moyen de subsistance pour l’enfant. Elle peut, tout au contraire, se trouver enceinte à un âge avancé, où une grossesse comporte des risques pour sa santé. Elle peut vivre dans le dénuement. Son enfant peut être porteur d’un lourd handicap physique ou mental qu’il lui faudra assumer souvent toute seule. Elle peut avoir été victime d’un viol. Il y a autant de cas particuliers que d’avortements. Et des avortements, en France, il y en a 220 000 par ans, soit 8 600 000 depuis 1975.

La femme enceinte est soumise à mille pressions. Celles venant de son compagnon qui ne veut pas d’enfant, ni d’un nouvel enfant quand il y en a déjà. Celles des parents qui ne veulent pas de petits enfants alors que leur fille n’a pas fini ses études. Celles des médecins qui craignent des suites judiciaires ruineuses en cas de naissance d’un petit handicapé dont il faudra payer le traitement médical et l’accueil en structure spécialisée. Celles des employeurs, qui ne veulent pas d’une salariée improductive et ne pouvant être licenciée, pendant presque un an. Celles des amis qui se demandent ce que c’est que cette drôle d’idée de ne plus sortir le soir et de ne plus boire et fumer, parce qu’on attend un enfant. Celles du Planning familial dont la seule action publicitaire connue est pour la limitation des naissances dans les pays pauvres, et pour l’avortement et la contraception dans les pays riches. Il n’a de familial que le nom…

En somme, la femme est seule. Pour elle, l’avortement n’est plus un choix, ce n’est plus un droit, c’est la voix unique, balisée.

Elle est d’autant plus seule que, une fois l’avortement accompli, le suivi psychologique ou l’accompagnement des médecins et des assistantes sociales est nul. « Nous avons fait notre travail, au revoir Mademoiselle. » Seule avant, seule pendant, seule après. Pauvre fille

Il n’y a pas, en France, de choix éclairé sur cette question. En effet, aucune alternative n’est proposée par les hôpitaux ou les services sociaux. C’est l’alternative, vous avortez ou vous le gardez. Et si vous le gardez, nous ne pouvons rien pour vous. En tout cas nous vous aurons prévenu. Dans ces conditions, en effet, mieux vaut avorter.

Un choix éclairé signifierait, déjà, appliquer la lettre de la loi Veil, qui demandait un accompagnement de la jeune fille souhaitant avorter, afin qu’elle puisse poser un choix véritable, en connaissance de cause. L’accompagnement médical, faute de moyens, n’est jamais pratiqué. Au contraire, tout est fait pour déculpabiliser la future mère. Tant mieux ! Car la mère n’est pas coupable. On le voit bien. Mais le problème est la manière dont la déculpabilisation est pratiquée. Elle l’est par la minoration de l’événement. Ce n’est pas en cachant les faits que l’on rend les gens heureux. Il y a, en France, un silence absolu sur les traumatismes post-avortements, les phénomènes de dégoût de soi, les dépressions nerveuses, les cas de stérilité, les tentatives de suicide, les regrets. Aucun organisme officiel ne parle de ces traumatismes fort répandus et qui illustrent la gravité de l’acte posé.

Une lecture saine de la loi Veil reviendrait déjà à présenter la possibilité de l’acte et ses conséquences diverses, afin que la femme soit au courant de ce qui l’attend. Car après sa libération, la route n’est pas terminée, et cela, personne ne le lui dit.

Une fois ces éléments posés on peut se demander que faire ? En effet, considérant les pressions auxquelles sont soumises les femmes, il va de soit qu’une interdiction pure et simple, outre son caractère chimérique, reviendrait à les pousser vers les faiseuses d’anges, leurs aiguilles à tricoter et leurs réseaux répugnants de trafics.

Devant ce mal, il ne semble pas qu’il soit possible de s’en tirer autrement que par le haut, c’est à dire en permettant aux femmes de choisir librement et de se sentir soutenues dans leur choix, tout au long du parcours qu’elles vont traverser. Cela veut dire que les hôpitaux doivent mettre au courant les femmes sur les risques qu’elles encourent. Cela signifie que le planning familial, mais également l’assistance publique, doivent développer un accompagnement psychologique et matériel de la femme qui ferait le choix de garder son enfant. Il n’est pas normal qu’en France, aujourd’hui, l’accompagnement matériel des femmes faisant le choix de conserver leur enfant soit le fait d’associations catholiques confidentielles. Il n’est pas normal que seules quelques milliers de femmes par an puissent bénéficier de ces aides sous forme de dons de vêtements et de nourriture et d’accueil social dans des appartements privés. Il n’est pas concevable que dans un pays aussi riche que le nôtre, où l’Etat se targue de sa toute puissance, l’accueil des mères en détresse et des jeunes enfants issus de ces grossesses non voulues soit uniquement pratiqué par quelques groupes quasiment clandestins et condamnés à la vindicte dès que leur existence publique est évoquée.

S’en sortir par le haut, cela veut dire mobiliser les immenses ressources de la générosité publique pour ces pauvres condamnés à la pire des détresses, à savoir l’association du rejet des proches, de la mort de l’enfant et de l’indifférence générale, le tout dans une grande précarité matérielle. Il va de soit que si l’avortement touche tous les milieux, dans les 220 000 pratiqués chaque année en France, nous sommes plus souvent proches de Cosette et Gavroche que du petit lord Faunterloy. Non seulement les institutions publiques, mais également le Secours catholiques, les conférences de Saint Vincent de Paul, l’ordre de Malte, devraient être les premiers à collecter des vêtements, de la nourriture et des fonds pour soutenir ces pauvres mères.

S’en sortir par le haut, cela veut dire également responsabiliser les acteurs. Le premier acteur à responsabiliser est l’homme, le compagnon, le co-géniteur, qui souvent mériterait le titre d’eunuque pour qualifier sa fuite et sa lâcheté. Pour pas mal de grands garçons, il y a des coups de poings qui ne seraient pas tout à fait perdus… Responsabiliser l’homme cela veut dire lui enseigner, dans les familles et à l’école à partir du collège, les rudiments d’une sexualité responsable et respectueuse de la femme. Cela veut dire également lui rappeler ses devoirs. Il est inadmissible que les pères disparaissent dans la nature et soient les premiers à inciter à l’avortement, alors qu’ils devraient être présents jusqu’au bout auprès de leur compagne ou épouse pour la soutenir dans son choix, quel qu’il soit ! Le jeune homme est souvent très jeune. Trop jeune pour être père. Mais dans ce cas, il faut en arriver à la deuxième catégorie d’acteurs à responsabiliser, les parents. Les parents des deux côtés, en ne préparant pas leurs enfants à une vie charnelle saine, en ne leur donnant pas eux-mêmes l’exemple, et en refusant d’accueillir leur futur petit enfant, sont de terribles et ignobles coupables. La misère sociale de certains foyers n’excuse pas tout, et certainement pas la préférence pour l’écran plat et le téléphone portable en lieu et place d’un petit-fils ou d’une petite-fille. A ce titre, on en arrive à un troisième type d’acteur à responsabiliser, c’est la société civile tout entière, qui, en incitant à la jouissance absolue, en ne trouvant pas d’autre solution à l’avortement que la contraception, en prêchant le productivisme dans l’entreprise, le zéro contrainte dans la vie de l’éternel adolescent fêtard qu’est l’homme contemporain, en déresponsabilisant chaque personne de son rôle pour la communauté, est une grande coupable de l’avortement.

Il faut le dire tout net, chaque avortement est un drame collectif en ce qu’il souligne l’impuissance de la société à accueillir une vie nouvelle en son sein. S’en sortir par le haut cela veut dire responsabiliser toute la chaîne des acteurs pour qu’ils deviennent le soutien de la femme dans la décision terrible qu’elle a à prendre. Soutenir la femme avant, pendant et après. La consoler et l’appuyer quand elle a fait le choix de l’avortement, la soutenir et l’épauler quand elle a fait le choix de la vie. Il s’agit alors de lui permettre de faire grandir son enfant sereinement. Il s’agit alors de lui permettre des conditions humaines de séparation, si elle préfère se séparer de son enfant à la naissance.

Dans ce domaine, presque tout est à penser et à refaire. Pourtant, les associations existent, de SOS Bébé en passant par Mères en détresse, les groupes ne manquent pas, qui mériteraient d’être écoutés et soutenus.

Si les membres du planning familial et la plupart des autorités politiques et médicales menaient vraiment un combat pour la dignité de la femme, ils auraient à cœur de lui permettre de s’en tirer par le haut, avec son enfant. Au lieu de cela, c’est la descente aux enfers.

En attendant, nous ne pouvons rester les bras croisés. Nous devons aider les mères et leurs enfants. Nous devons nous rassembler pour que l’homme soit accueilli parmi les hommes. Il s’agit de mettre fin, ni plus ni moins, au suicide de l’être.

(L’adoration des mages. Rubens)

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3 réflexions sur “Avortement. Le suicide de l’homme.

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