Le bien-commun d’abord

 

(Jean Béraud, « Après la faute »)

Passé maître dans l’art de l’opportunisme, le Président de la République a senti, enfin, que le vent tournait, et que passée la fièvre de l’antisarkozysme, les Français étaient las du socialisme, de ses hausses de charges, de ses impôts confiscatoires, de ses coups de massue sur l’entrepreneuriat. Il a aussi compris, chiffres à l’appui, que les hausses de taxes avaient été en tous points contre-productives.

Ayant pris acte de la nouvelle donne, notre girouette nationale a annoncé de profonds programmes d’économies. Sans le dire et trois ans après tout le monde, la France va se mettre à la rigueur. Le chef de l’Etat a annoncé 50 milliards d’euros d’économies dans le fonctionnement public, Etat et collectivités territoriales, ainsi que 30 milliards de baisses de charges, soit, net, 20 milliards d’euros de gain, puisque les 30 milliards de baisses de charges devront bien être compensés pour faire fonctionner les services qu’ils n’approvisionneront plus.

L’opposition raille ces mesures, les moque, les juge peu crédibles et préfère pointer du doigt le dérapage du déficit ou l’augmentation du chômage. Oubliant que, pour la première fois depuis 1980, la dette de l’Etat a très légèrement reculé, de 10 milliards d’euros. Certes, c’est une goutte d’eau, en regard des 1900 milliards d’euros de dette restant à acquitter, mais c’est toujours mieux que l’augmentation perpétuelle des 33 dernières années.

Que propose le chef de l’Etat ?

– Il a annoncé la simplification du « millefeuilles » des collectivités territoriales, où se superposent communes, syndicats intercommunaux de tous types enchevêtrés, départements, régions, mécanismes inter-départementaux ou inter-régionaux.  A la clef, des milliards d’euros d’économies avec la réduction des échelons de décision, la simplification de la carte des responsabilités et les suppressions de postes.

– Il a proposé la suppression de la participation des entreprises aux allocations familiales, afin d’alléger leurs charges.

– Il a fait présenter par son ministre du budget, M. Cazeneuve, la suppression future de 175 taxes inutiles coûtant plus qu’elles ne rapportent.

– Il a proposé aux entreprises un pacte de responsabilité alliant déductions de charges et emploi.

Il appelle social-libéral un programme qu’il accusait d’ultra-libéralisme quand il venait des gouvernements Raffarin, Villepin, Fillon.
Mais peu importe finalement de qui proviennent ces idées, ni pour quelles raisons il souhaite les mettre en place, du moment qu’il le fait.
L’équation pour la France est simple. Les budgets sont en déficit constant depuis 1980, 14% du budget de l’Etat est consacré à la dette. Ce sont des dizaines de milliards qui pourraient être utilisés pour l’investissement, pour l’aménagement du territoire, pour l’armée, pour la justice, pour des allégements fiscaux, et qui paient les dettes de la génération passée et de la présente. Pour retrouver l’équilibre budgétaire, il faut trouver 60 milliards d’euros. L’Etat ne peut vivre indéfiniment à crédit, et un système public, notamment des assurances sociales, vivant sous la menace continue de la banqueroute doit être sérieusement réformé pour éviter que tout le monde ne finisse le bec dans l’eau.

Dès lors, il faut, comme MM Fillon et Rafarrin, regarder les propositions du gouvernement avec un oeil attentif, au lieu de vitupérer.
Certes, il faut savoir faire la part des choses.
Par exemple, la réforme des collectivités territoriales est un vieux serpent de mer que l’on ressort fréquemment, sans effet. Le pouvoir des baronnies locales semble plus fort que la volonté politique des eunuques qui gouvernent l’Elysée depuis les quatre derniers mandats présidentiels. Mais les économies seraient réelles, alors espérons, et laissons à M. Hollande le bénéfice du doute.
Les dégrèvements de charges pesant sur les entreprises ne signifient en rien la fin des allocations familiales ou des assurances maladies, mais elles ne signifient pas non plus des allègements fiscaux, car ce que les entreprises ne paieront plus sera payé par les foyers, sur la base de l’impôt direct ou de la TVA. Sinon, ce sera la dette qui financera. Cependant, après ces années de coups de gourdins, on peut se féliciter de cette main tendue à l’entrepreneuriat, véritable créateur de richesses.
La simplification de l’impôt est presque aussi vieille que l’Etat contemporain, mais là encore, comme pour les collectivités territoriales si, au lieu de rire, nous regardions avec attention, en espérant. La gravité de la situation le justifie.

Bien sûr, on peut avoir des raisons de douter de la réalisation de ces annonces, à cause du poids des opposition internes à la fonction publique territoriale ou aux élus locaux. On peut douter car on vient de voir les spécialistes chargés de réformer l’assurance chômage renoncer à régler le problème des 20 milliards d’euros de déficit de la caisse. On peut douter car l’expérience passée nous a montré qu’il y avait peu d’actes pour beaucoup de paroles dans ce gouvernement. On peut douter car tout cela ressemble à des ajustages marginaux et pas à des refontes clairement fixées et présentées. On peut aussi douter car il n’a jamais été fait mention d’une réforme du statut des fonctionnaires, seule arme qui permettrait de changer les choses en profondeur.

Mais malgré tout, ce qui a été dit ces derniers jours est loin d’être nul. On y voit poindre l’ombre du courage et le début de l’action. Alors espérons et en attendant, disons merci, même du bout des lèvres, au Président de la République.

Ce n’est pas abandonner les combats pour la vie ou la famille, ni se rallier à un ennemi que de reconnaître, lorsqu’il agit pour le bien de la France, que son action mérite l’intérêt. Pour tout dire, qu’elle contient des germes positifs. L’opposition qui ne tente pas d’utiliser l’action de François Hollande pour faire appliquer ce qu’elle croît bon, qui ne soutient pas ces initiatives de tout son poids, au risque d’un audacieux basculement politique brouillant toutes les lignes à son avantage, cette opposition de droite montre son peu de souci pour le bien commun.

(Jean Béraud, Jésus chez les Pharisiens)

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