François, qu’as-tu fait de tes talents ?

(Claude Vignon, 1593-1670. La parabole du créancier)

Le Président de la République, à l’occasion de ses différents vœux, a annoncé qu’il allait diminuer la fiscalité pesant sur les entreprises afin de relancer leur activité, puis qu’il allait diminuer les dépenses de l’Etat de 50 milliards d’euros d’ici 2017, notamment en remaniant et allégeant l’appareil d’Etat.

Par certains aspects, on retrouvait les discours de Nicolas Sarkozy. Après avoir chargé la barque du patronat, après avoir augmenté les impôts des entreprises et des ménages deux années de suite, alors que Nicolas Sarkozy les avaient déjà augmentés en 2011, le Président annoncerait vouloir faire machine arrière.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été mis en garde par le Conseil d’Etat, la Cour des comptes et le Conseil constitutionnel sur les conséquences d’une trop lourde imposition en termes de capacité d’acceptation par les Français et de recevabilité par les entreprises. Mais, tout occupé à la critique et la déconstruction du bilan de son prédécesseur, le Président de la République n’a eu de cesse de vouloir relancer la croissance par la dépense publique, tout en proclamant qu’il voulait maîtriser cette dernière. Les suppressions de postes dans l’armée ont été compensées par des augmentations telles dans les autres corps de l’Etat, notamment l’enseignement, que la masse totale de fonctionnaires, cette année, a augmenté.

Dans le même temps, les alourdissements de charges rapportaient moins que prévu, et la dépense publique continuait sa croissance, ininterrompue depuis des décennies. Les économistes libéraux expliquent que passé un certain taux d’imposition, l’impôt est contre-productif et rapporte de moins en moins. Leurs contradicteurs expliquent que ce seuil n’a jamais été atteint et que la fameuse courbe de Laffer ne peut se vérifier. Il semble que nous ayons touché ce plafond. Pari gagné, Monsieur le Président vous avez apporté de nouvelles données à la recherche en économie…

On est frappé par l’incohérence des propos du 31 décembre et du début du mois de janvier du Président de la République, préparés en amont par son Premier ministre, qui avait annoncé, courant décembre, vouloir supprimer, dans l’avenir, les doublons entre la fonction publique d’Etat et la fonction publique territoriale. Ils sont incohérents car en contradiction complète avec la politique fiscale et budgétaire menée depuis 2012.

Mais nous ne sommes plus à un détail prêt. Déjà en 2012 le Président de la République avait promis une réforme des collectivités territoriales qui n’est jamais venue, puis un « choc de simplification » de l’administration, qui n’est pas plus arrivé, enfin, un contrôle strict de la dépense publique, qui ne semble pas opérant pour l’instant. Dernière en date, la promesse d’une remise à plat de la fiscalité, dont aucune piste sérieuse n’a été avancée pour l’heure.

Le Président Hollande, après avoir rejeté l’ancien locataire de l’Elysée, opère une mauvaise contrefaçon de son discours.

On revoit poindre la RGPP, qui devait permettre 7 milliards d’économies entre 2007 et 2012, et qui va désormais devoir en produire 50, on se demande bien comment. On revoit poindre les aides aux entreprises par la baisse de leur fiscalité, la simplification administrative, etc.

Mais au fait ? Ne serions-nous pas à quelques semaines des élections municipales ? En somme, le Président de la République ne serait-il pas en train d’abuser une fois de plus de la confiance des Français ? Il est à peu près semblable à l’élève qui, ayant joué au cancre pendant deux mois et demi, commence à adopter la conduite du fort en thèmes à deux semaines des conseils de classe, espérant que cela passera…

Car en réalité, ses promesses sont-elles réalisables ? Oui, mais pas à n’importe quel prix. Pour supprimer les doublons administratifs entre les collectivités territoriales et l’Etat, jouer sur les départs en retraite ne suffirait pas. Il faudrait réviser le statut de la fonction publique afin de transformer en contractuels les fonctionnaires concernés et de pouvoir ainsi les licencier pour supprimer leurs services. De quoi mettre 5 millions de personnes dans la rue. Ce n’est pas ce que recherche Monsieur Hollande. Il faudrait également mener une active « chasse au gaspi » dans les ministères et les services déconcentrés de l’Etat, ce qui n’aurait aucun effet sans mesures coercitives, mais là encore, à part les retenues de salaire et le licenciement, on ne voit pas ce que l’on pourrait faire d’autre, or, là aussi, il faudrait changer le statut. Et puis, il y a, toujours dans les collectivités territoriales, toute la gabegie incontrôlée du copinage, des amis politiques placés à des postes de fonctionnaires territoriaux, que l’on ne peut licencier lorsque la majorité locale change, et qui sont mis au placard et remplacés dans leurs fonctions par un nouveau fonctionnaire ami, embauché en plus. A cela on pourrait ajouter la gabegie des subventions qui abreuvent les associations amies pour les soutenir et ennemies pour avoir la paix, à l’image des conseils généraux et municipalités de droite subventionnant la FNACA, association d’anciens combattants d’Afrique du Nord notoirement communiste et pro-FLN.

Enfin, les promesses du Président sont irréalistes car elles ne s’accompagnent pas d’une bonne politique. Comme disait le baron Louis : « Faites-moi de bonnes politiques, je vous ferai de bonnes finances. » On le voit chaque jour en France, où on ne mesure pas le manque à gagner pour l’Etat et les simples citoyens que représente la mollesse en matière d’ordre public. A combien se chiffre le total du matériel scolaire, notamment informatique, qu’il faut remplacer quotidiennement parce que volontairement dégradé par des élèves délinquants ? A combien se compte le montant des réparations de mobilier urbain dégradé ou détruit chaque soir et parfois chaque jour par des délinquants de toutes sortes ? A combien se chiffre le manque à gagner engendré par l’économie parallèle, notamment les trafics de drogue, d’armes et d’automobiles, mais aussi de métaux en tous genres, spécialement du fer et du cuivre volé sur les chantiers ? A combien se chiffrent les pertes pour l’économie réelle avec les biens privés dégradés ou détruits dans les zones urbaines sensibles ( voitures, vitrines de magasins, locaux de stockage, bureau, etc.) ? Ce sont des milliards qui partent en fumée, sans compter qu’il est fort probable que le coût des interventions policières de refoulement quotidien des voyous soit plus élevé que des actions franches visant à réduire le problème de manière durable.

Il y aurait tant à faire pour avoir une bonne politique en France. Non pas dans le sens où ce serait telle ou telle politique qui serait préférée aux autres, mais dans le sens où, au moins, les gouvernants aient le courage de traiter les problèmes qui se posent à eux avec le souci du bien commun, et pas de leur réélection.

Combien d’années perdons-nous pour l’avenir parce que les enseignants sont abandonnés dans les ZEP, parce qu’il n’y a plus de politique conséquente d’alphabétisation auprès des immigrés non francophones, parce que l’Etat achète la paix sociale en tolérant le marché noir, parce que la République abandonne des territoires, les livrant à une espèce de « containment » mollasson ? Combien d’emplois détruits et de vies aigries parce que l’administration n’est pas réformée en profondeur, ou la fiscalité aplanie, ou les normes simplifiées ?

La devise de nos gouvernants est celle de Laetitia Bonaparte : « Pourvu que ça dure » !

Pourtant, François Hollande n’est pas plus traître en mentant de la sorte que Nicolas Sarkozy lorsqu’il annonça, à quatre mois des élections présidentielles, qu’il allait réunir le congrès et faire intégrer la règle d’or des finances publiques, à savoir l’obligation de l’équilibre des comptes, dans la Constitution. Il était évident qu’il ne le ferait pas. En promettant en l’air, il a tenté, à bon compte, de rallier quelques Français de plus. Mais pourtant, nous en aurions bien besoin, aujourd’hui, de la règle de l’équilibre des comptes dans la Constitution, disposant que les dépenses de fonctionnement ne peuvent être financées que par des recettes courantes, et l’emprunt ou les recettes exceptionnelles ne pouvant financer que les dépenses d’investissement.

Nous en aurions besoin car, même en admettant que l’Etat parvienne, on ne sait comment, à économiser 50 milliards d’euros de dépenses publiques en 5 ans, le budget sera toujours déficitaire. C’est à dire que les dépenses courantes de l’Etat seront toujours financées par la dette, laquelle continuera de grossir et de peser sur l’avenir des Français et des Européens. Car en matière d’emprunts souverains, les masses en jeu sont telles qu’une véritable solidarité européenne, dans les heurs et les malheurs, s’impose de fait.

Pourtant, nous ne sommes pas dirigés par un imbécile. La maestria avec laquelle il a su manoeuvrer son parti pendant dix ans, le brio avec lequel il a pu vaincre ses adversaires, montre son intelligence, sa capacité à gérer des crises et les résoudre. Comme son mentor Jacques Chirac, François Hollande sait prendre le pouvoir, mais ignore la manière d’en user. Et la France pâtit de ce mauvais usage des talents de l’homme qui préside à ses destinées.

Alors, Monsieur le Président, qu’avez-vous fait de vos talents ?

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