La coagulation impossible ?

(La leçon d’anatomie, de Rembrant)

Dieudonné bientôt interdit de scène ? La nouvelle a fait l’objet d’une discrète dépêche AFP. Le ministère de l’Intérieur y songe sérieusement, afin de prévenir le trouble à l’ordre public lors des spectacles de l’humoriste.

Mais où est le trouble ? Où sont les carreaux cassés, les vitrines brisées, les innocents molestés dans la rue ? Dieudonné Mbala Mbala est un humoriste grinçant. Depuis des années il fait dans l’ordurier. Comme tous ceux qui se revendiquent antisionistes, il a évolué doucement, quoiqu’il s’en défende, vers l’antisémitisme. Comme un malheur ne vient jamais seul, celui qui voulait faire partie des bonnes consciences de gauche est désormais la vedette sulfureuse des jeunes nervis du nationalisme paganisant. C’est sans doute cela que le pouvoir socialo-bobo ne pardonne pas à son enfant terrible. Passe encore qu’il fasse de l’humour noir, il est toujours possible de le traiter par l’indifférence. Mais en plus qu’il fasse recette et ne trouve de défenseurs que dans les rangs de la « bête immonde », c’est intolérable. Alors il faut l’interdire.

Mais cette dérive est le propre des dictatures contemporaines. Lorsqu’un homme déplaît à la bien-pensance, on commence à le traiter par l’indifférence, après l’avoir très officiellement ostracisé. Robert Ménard en a fait récemment les frais, mais il n’est pas le seul. Il suffit de fréquenter les salons du livre des mouvements ou médias réputés de droite, et on y retrouve des journalistes en rupture de ban, des hauts fonctionnaires au placard, des universitaires ostracisés, des officiers en retraite, des anciens maîtres d’ordres professionnels. C’est la nef des fous, ou la réserve indienne, selon le point de vue que l’on voudra bien adopter. Tous ont subi le même exil et se sont retrouvés là. C’est le traitement par l’indifférence. Le pouvoir fait comme si ces malades mentaux n’existaient pas. Ils peuvent toujours hurler, mais dans le vide, loin des micros et des chaires officielles.

Quand ils parviennent à percer les parois de leurs cellules, quand ils ont l’outrecuidance de plaire, on veut les interdire et les faire taire. C’est ce qui arrive à Dieudonné. Le drame de cette histoire est qu’au nom des libertés, au nom de la civilisation, il appartient à ces factieux de défendre des êtres aussi étranges et parfois nauséabonds que Dieudonné ou Faurisson. Mais il faut bien le faire !

En effet, si on fait taire un antisémite ou un raciste, pourquoi ne ferait-on pas taire un libéral opposé au régime actuel de gouvernement de la sécurité sociale par les syndicats ? Pourquoi ne ferait-on pas taire un médecin opposé à l’avortement ? Pourquoi ne ferait-on pas taire des officiers inquiets de la destruction de notre outil de défense ? Dans ce régime, toutes les voix discordantes sont écrasées, et le bon peuple, esclave repu et crétinisé, dort paisiblement.

« Tout est tranquille ! Dormez bonnes gens ! »

Quels hommes, quels mouvements ont récemment fait l’objet de l’ire juridique et médiatique ? Robert Ménard a perdu son aura médiatique pour avoir soutenu Marine Le Pen. Eric Zemmour a été condamné pour incitation à la haine raciale, pour des propos qui n’étaient pas racistes. Frigide Barjot a été expulsée de son logement social parisien alors qu’il est connu que ceux-ci font l’objet d’une gabegie politique insolente, et qu’il ne faudrait pas chercher beaucoup pour trouver des membres du cabinet de Bertrand Delanoé logés en HLM de la ville de Paris dans le 7e ou le 8e arrondissement… Les groupes issus des Jeunesses nationalistes ont été interdits pour un crime qu’ils n’avaient pas commis. Aymeric Chauprade a été expulsé de sa chaire de géopolitique de l’Ecole militaire pour avoir contesté les thèses officielles du 11 septembre, etc.

On pourrait continuer la longue liste. On s’aperçoit alors que ces gens n’ont pas grand chose à voir les uns avec les autres, que l’on se reconnaît dans certains et pas du tout dans d’autres. De la droite libérale à la gauche antisioniste en passant par les catholiques, les nationalistes, les royalistes, libres penseurs authentiques, le prisme est large. Des fils de Voltaire aux enfants du Christ, c’est un camp de concentration aux cabanons innombrables.

Pour autant, au nom de quoi, de quel principe, l’Etat et les courants à la mode refusent-ils le dialogue ? Il n’y a aucune raison valable pour condamner ces personnes. Leur seul crime est d’aller contre la tendance actuelle. Mais si nos maîtres avaient le moindre intérêt pour le bonheur des hommes, ils n’interdiraient et n’ostraciseraient pas ces gens. Ils écouteraient ce qu’ils ont à dire, et dans la mesure où ils les jugeraient dans l’erreur, ils entameraient le dialogue nécessaire pour les convaincre.

Mais la notion de vérité, qui libère les esprits et tourne les volonté vers ce qui est juste, de bonheur des personnes, de remise en cause même, est inconnue de nos ayatollahs.

Alors quelle solution nous reste-t-il ?

La révolte ? Pourquoi pas ? Mais pour quoi ? S’il s’agit d’exiger la suppression des lois liberticides réprimant les propos jugés homophobes, racistes, xénophobes et antisémites, ou celles encadrant l’enseignement de l’histoire dans le domaine de la shoah, du génocide arménien ou de l’esclavage, certains groupes politiques se mobiliseront, mais souvent idéologiques ils seront peu soutenus par la masse des intellectuels ne se sentant pas concernés par ce combat, et le peuple ignorera leur lutte.

S’il s’agit d’exiger l’assouplissement de la fiscalité pesant sur le travail, les artisans, commerçants et professions libérales se mobiliseront, mais les salariés, n’y verront pas leur intérêt et ne se mobiliseront pas. De même, on ne voit guère les médecins descendre dans la rue pour soutenir les salariés licenciés. Les syndicats eux-mêmes privilégient l’affrontement et la préservation des intérêts catégoriels au bien commun de l’entreprise. Les familles, quant à elles, resteront l’arme au pied.

Si on veut assouplir la fiscalité des ménages, les familles se battront, mais ce sont les professionnels qui s’abstiendront.

Que l’armée se fasse manger, le peuple dort.

Qu’on change les lois sur les mœurs, les institutions familiales et même l’accueil de la vie, et seuls les croyants se mobilisent, encore une minorité d’entre eux.

Au contraire, qu’on touche à la vie des travailleurs et les croyants restent l’arme au pied.

La division règne partout. L’égoïsme est maître, et c’est ainsi que tient ce système oppressif. Les groupes ne se soucient que de leurs intérêts propres et immédiats. Inconscients du bien commun, ignorant les soucis des autres groupes, ils courent, de ce fait, à leur propre perte.

Et même si nous admettions que la coagulation des mouvements de révolte puisse se faire, qu’est-ce que cela changerait ?

Tous s’unir, mais pour quoi ?

Pour changer de gouvernement ? C’est être idiot ! L’opposition actuelle n’a rien fait pour combattre les lois liberticides, défendre la vie humaine naissante, protéger la famille, améliorer le sort des travailleurs et alléger le fardeau fiscal des entreprises et des foyers. Pourtant elle a exercé le pouvoir de 2002 à 2012. Elle tenait la présidence de 1995 à 2002 et a disposé de la majorité de 1986 à 1988 et de 1993 à 1997. Sur les trente dernières années elle a eu cent fois l’occasion de soutenir ces projets positifs. Loin de là, ils ont utilisé l’appareil d’Etat à des fins partisanes, comme nos gouvernants actuels.

S’en remettre à ces traîtres, c’est être un cocu.

Pour autant, il ne semble pas qu’il faille attendre plus de soutien des partis populistes du Front de gauche et du Front national. Eux-mêmes se sont illustrés comme des professionnels du retournement de veste. Même en eux, on ne peut avoir confiance.

Il faut être honnête, la France est en colère, mais elle ne sait plus où aller. La France est étouffée par une odieuse dictature, mais elle ne sait comment s’en libérer. Elle n’en a souvent même pas conscience. La France est orpheline de chefs politiques.

Il faut être sans état d’âme et pratiquer la désobéissance civile pacifique, à l’image de ces Veilleurs dont les rassemblements sont interdits et qui se réunissent tout de même, soit dans l’indifférence, soit sous les quolibets, parfois sous les coups de la police, mais qui tiennent bon.

Il faut être sans remord et refuser de soutenir de notre vote les partis et les personnes qui nous trahissent.

Il faut être retord et oeuvrer partout où nous le pouvons, dans les formations politiques et les associations, comme le font les jeunes du groupe Sens commun, au sein de l’UMP.

Et si ces groupes nouveaux finissent par être utilisés par des arsouilles politiciennes et par être détournés de leur fin, alors il ne faudra pas hésiter à les abandonner.

Il faut aussi continuer son devoir, inlassablement, dans les syndicats, les médias, l’entreprise, les écoles, et surtout ne pas se taire ni abandonner.

C’est à force d’effort et d’implacabilité que nous ferons bouger les lignes, de peu d’abord, puis de plus en plus. C’est surtout à force de cette implacabilité, mue par le souci du bien commun, que nous pourrons donner une réponse globale et non sectorielle à un mal global et non sectoriel. C’est à force de tenir, que l’on se souviendra de nous à l’heure fatale. Car quoi de plus terrible qu’un pays jeté dans le chaos et qui ne sait à qui se vouer, sinon aux mauvais maîtres d’hier qui l’ont plongé dans la misère d’aujourd’hui et prépareront celle de demain. Nous l’avons déjà vécu par le passé, il faudrait ne pas l’oublier…

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