Grandeur et fragilité de Noël

(Nativité, Charles Le Brun)

Chers lecteurs,

Ce soir et demain, toute la journée, vous fêterez Noël. Vous vous réjouirez de la naissance du Sauveur pour les plus chrétiens d’entre vous. Pour tous, ce sera l’instant de l’ouverture des cadeaux échangés et d’un repas pantagruélique. Même ceux qui ont décidé de passer Noël avec les pauvres de Paris ou d’autres villes, auront la joie de leur repas en famille. Et ces pauvres, au moins pour ce soir, ils auront un dîner et des compagnons. Cette opulence qui nous permet de fêter Noël dans la satiété est le privilège de l’Occident. Nous vivons assis sur un capital de civilisation acquis durant les siècles et qui rend possible de vivre dans la paix et la prospérité sans se soucier excessivement de l’avenir, en dépit des nuages qui s’amoncellent.

Rendons grâce au Ciel pour ce privilège, tout en nous souvenant de sa fragilité.

Dans nos propres États, des pauvres passeront Noël dans la rue, des vieux mourront seuls et des enfants avortés ne verront jamais le jour, ce sera, pour eux, une étrange nuit de la Nativité. Dans les pays d’Afrique, d’Asie centrale ou du Proche-Orient, la guerre civile, l’incertitude économique, la persécution religieuse contraindront des chrétiens à passer Noël dans la clandestinité, dans des églises aux fenêtres calfeutrées, dont les cloches n’ont pas le droit de sonner. Ils y rentreront et s’en échapperont dans le plus grand silence, pour ne pas attirer les foudres de leurs ennemis. Nous aurons probablement, et malheureusement, le lendemain de Noël, une dépêche d’agence de presse nous relatant, comme chaque année, un attentat islamiste contre une église dans la nuit de Noël. Pour les chrétiens des goulags chinois, pour ceux des montagnes du Népal, il n’y aura même pas de prêtre pour dire la messe.

Pourtant, eux aussi vivront, comme ils pourront, la joie de Noël. La confiance avec laquelle ces malheureux continuent de chanter le Sauveur doit nous faire réfléchir. Nous y voyons la foi en action, qui se fortifie en dépit des difficultés. Cela devrait relativiser certaines de nos plaintes lancinantes quant à l’augmentation du prix de l’essence ou la suppression de notre treizième mois…

Mais Noël sans espérance est-il toujours Noël ?

Ce temps de l’Avent nous a offert au moins quatre signes concrets d’espérance, en Occident :

– En Australie, la cour constitutionnelle a procédé à l’annulation des mariages entre personnes de sexe identique, contre l’avis des États fédérés dans lesquels ils avaient été célébrés, considérant que la loi fédérale conçoit toujours le mariage légal comme l’union d’un homme et d’une femme en vue de fonder une famille.

– En Espagne, le gouvernement a décidé de modifier la législation sur l’avortement dans un sens plus restrictif. Loin de la vision obtuse dont l’accusent ses détracteurs, cette démarche veut s’inscrire dans l’écoute des mères, considérées par le gouvernement comme des victimes, et dans l’accueil de l’enfant à naître. C’est une démarche positive et non coercitive que veut entamer l’État espagnol.

– Vingt et uns jeunes français passeront Noël en Syrie auprès des chrétiens persécutés. Ils sont arrivés il y a quelques jours avec des colis pour les enfants. Au milieu de la haine, il y a encore des hommes de paix et de bravoure.

– A Villefranche de Rouergue, la crèche de la gare SNCF, qu’un laïcard forcené voulait faire retirer, a été maintenue. Mieux encore, l’Observatoire de la laïcité, organe public, a estimé ridicule de vouloir interdire une crèche dans une gare, considérant que le principe de neutralité religieuse ne s’appliquait de manière obligatoire que dans les institutions publiques.

Quatre bonnes nouvelles, en somme, prises parmi d’autres, et qui nous donnent des raisons d’espérer pour l’année civile qui va s’ouvrir.

Pourtant, tout cela est fragile. Nous vivons dans la paix, soyons-en heureux, mais n’oublions pas qu’il y eu des Noëls de guerre.

S’en souvenir permet de savourer avec d’autant plus de douceur la chance qui est la notre.

Joyeux Noël !

Post scriptum :

Souvenons-nous, ce n’est pas si vieux : Noël 1939, veillée d’armes.

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