Honneurs aux morts !

(Le songe, Edouard Detaille)

Institué pour commémorer la fin de la plus terrible des guerres que la France ait menées, le 11 novembre, jour chômé et célébré, est, depuis Nicolas Sarkozy, le jour d’hommage spécialement consacré à tous les Français tombés pour la patrie depuis son origine.

Profitons de ce centenaire anticipé, puisque nous sommes en 2013, et que le début de la guerre ne pourra être fêté qu’en août 2014 et sa fin en novembre 2018, pour joindre notre voix aux hommages.

Cependant, pourquoi honorer les morts pour la France ? Ces soldats, pour la plupart, sont morts au nom de la France, mais ils ne pensaient pas mourir pour elle, puisqu’ils ne pensaient pas mourir du tout, emportés au hasard d’un combat. Pourtant, on peut dire, qu’à leur corps défendant, ils sont morts pour elle, puisque leur sacrifice a permis de conserver les frontières, de rendre ou de préserver la liberté de notre peuple, mais aussi souvent de faire l’unité de la nation, menacée d’effondrement ou d’émiettement. C’est donc à l’avantage de la France, et des Français, qu’ils sont morts.

Par ailleurs, nous pouvons dire que nous leur sommes redevables, non seulement parce qu’ils ont défendu jadis nos villages, nos champs et nos bois, mais aussi parce que leur mémoire anime encore la vie de notre nation, en un sens, ils sont acteurs de notre présent. Enfin, nous qui sommes, chacun, le produit de lignées ininterrompues plongeant leurs racines dans les origines de l’humanité, nous avons, à plusieurs carrefours de nos arbres généalogiques, la présence de ces braves. Ils font partie de notre patrimoine génétique, ils vivent un peu en nous. C’est pourquoi nous devons conserver leur esprit présent à notre mémoire. Pour certains, morts enfants, la lignée s’est interrompue. Pour d’autres, qui purent engendrer, il y a, dans le pays, les témoins vivants de la vie donnée.

Tous les morts ! Qui sont-ils ? Il y a l’obscur guerrier gaulois tombé devant Gergovie, le soldat gallo-romain qui montait la garde aux portes de l’empire, le Franc vainqueur à Vouillé, son petit-fils massacré à Roncevaux, le chevalier percé de flèches pour défendre Paris avec le comte Eudes, les milices bourgeoises de la bataille de Bouvines, Robert d’Artois à la bataille de la Mansourah et Philippe VI à Crécy, Du Guesclin à Cocherel, Bayard à Marignan, les braves de Turenne prenant l’Alsace, ceux de Villars repoussant les Anglais à Denain, ceux de Rochambeau conquérant l’indépendance de l’Amérique à Yorktown, ceux de Mayence comme ceux de Quiberon, Hoche autant que Charette, les conscrits d’Austerlitz et ceux de la campagne de France, la garde impériale à Sedan et les vainqueurs de la Marne, les sacrifiés de Saumur et ceux de Kouffra, tout comme se dressent autant Darlan que Leclerc, De Lattre que d’Argenlieu, au service de la patrie. Enfin, il ne faut pas oublier les soldats d’aujourd’hui qui, dans l’indifférence, défendent l’honneur français et les intérêts de la patrie. Ce sont les hommes tombés à Abidjan, ceux tués à Beyrouth, les morts de l’Afghanistan et ceux du Tchad.
Soldats de métier, mercenaires fidèles ou conscrits levés en masse, obscurs et princes royaux, ils ont donné leur sang.

Mais ils ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Derrière eux il y a les femmes. C’est Jeanne Hachette repoussant les Bourguignons sur les murailles de Senlis, la hache à la main. Ce sont les femmes des Vendéens les renvoyant au combat au jour de la bataille de Cholet. Ce sont les infirmières volontaires de Monte-Cassino et de Dien Bien Phu. Enfin il y a les civils qui donnèrent leur vie en versant leur or, en accueillant des blessés chez eux, en offrant leurs fils, en se portant volontaires dans les gardes nationales, en organisant les réseaux de résistance, en tendant des embuscades aux Anglais, puis aux Cosaques, puis aux Uhlans et enfin aux SS.

Derrière les soldats tombés, c’est tout une nation qui peut honorer le souvenir de l’esprit de don et de sacrifice dans ses rangs.

La France est devenue, durant les siècles, une nation universelle. Alors on peut ajouter à la liste des héros les goumiers, les tirailleurs, les spahis, les zouaves, mais auparavant aussi les Indiens fidèles.
La mémoire des morts est le meilleur moment pour retrouver l’unité.

Enfin, dans nos villes, il y a, oubliés de tous, les blessés de guerre, les invalides, oubliés par la mort, laissés de côté par les vivants. Ils portent dans leur chair le service douloureux de la patrie. Leur bras arraché ou leur visage à jamais déformé sont la marque de l’impôt qu’ils ont payé. Eux aussi, au jour de leur mort, mériteront de voir inscrit sur leur tombe : « Mort pour la France » !

C’est au nom de ces pages douloureuses, qui ont forgé la France à coups d’épée, que l’on doit se réunir, le 11 novembre, devant le monument aux morts de sa commune, que l’on peut prier avec ceux qui, du haut du ciel, regardent notre patrie tant de fois défendue.

Debout les hommes !

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