Le gouvernant chrétien

(Sacre de Charles X)

Du jour où l’empereur Constantin embrassa la croix du Christ, l’Eglise universelle intégra, par ses membres ou dans ses institutions mêmes, des structures de pouvoir, de gouvernement, qui l’amenèrent à diriger des hommes. Des personnalités chrétiennes, de plus en plus nombreuses, menèrent des nations, des armées, des entreprises.

Cette irruption de l’Eglise, peuple de Dieu, dans le domaine du pouvoir, fit réfléchir ses théologiens sur la nature du pouvoir et son bon exercice par un baptisé. Les traités du bon gouvernement, destinés en général à susciter des chefs agissant conformément à l’évangile, ou bâtissant la cité de Dieu sur terre ont marqué la vie de l’Occident. Certains penseurs furent conseillers des princes, et si Machiavel fut le modèle des princes italiens, on oublie que saint Augustin fut celui de Charlemagne et de Saint-Louis.

A l’heure où l’Occident se déchristianisait, au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle, l’Eglise appelait tous les hommes, destinés à exercer des responsabilités, à le faire selon la voie tracée par Jésus Christ, selon la doctrine sociale de l’Eglise. Elle appelait, et elle appelle toujours, avec d’autant plus de force que le chrétien est devenu minoritaire dans ce qui fut la chrétienté, les dirigeants à suivre cette doctrine sociale, à pratiquer ses principes.

Ses principes de gouvernement sont la subsidiarité, la solidarité, la gratuité et le don, le bien commun, mais aussi les principes non négociables de défense de la vie humaine, de liberté scolaire et de promotion de la famille.

Un gouvernant n’est pas uniquement un chef d’Etat ou de gouvernement. Un gouvernant est toute personne appelée à un poste de responsabilité qui l’amène à commander des hommes et mener à bien des opérations dont la réalisation va influer la vie de ses semblables. Tout chef d’équipe, de service, de projet, d’administration, du plus bas au plus haut de l’échelle, est un gouvernant, inscrit dans une hiérarchie à double sens, ascendante et descendante.

Dans un monde non chrétien, le gouvernant chrétien doit d’abord agir en ayant une manière chrétienne de gouverner et de se comporter vis-à-vis de ses subordonnés ou de ses administrés. Il pourra le faire en pratiquant la subsidiarité, manière responsabilisante de distribuer les pouvoirs, en pratiquant le don et la gratuité dans les relations interpersonnelles, en ayant le souci du bien commun et non des intérêts partisans, en pratiquant la solidarité avec ses égaux et ses inférieurs.

Cette méthode de gouvernement est celle attendue du gouvernant chrétien car elle humanise et fait grandir les hommes qu’il a à sa charge. En somme, il est véritablement disciple du Christ. C’est ce à quoi il fut appelé.

Certaines personnes se voient en gouvernants chrétiens pour changer le monde, bouleverser un ordre mauvais, ou comme des infiltrés avançant masqués pour combattre la bête de l’intérieur. Hormis quelques cas exceptionnels de situations dictatoriales violentes, ces postures sont inutiles. Dans ces situations, le chrétien qui s’engage se trompe, et en trompant ceux au service desquels il s’est placé, il accomplit une félonie.
Dans le cas, par exemple, de l’administration d’Etat, le fonctionnaire est au service de l’Etat, inséré dans une échelle hiérarchique. Son poids sur les échelons supérieurs est presque nul. Même lorsqu’il atteint le sommet, il a toujours au-dessus de lui un échelon sur lequel il ne peut rien, et son influence sur ses égaux est également très faible. Sa caractéristique première est d’obéir. Le chrétien pensant bouleverser la machine de l’intérieur se trompera lourdement et soit se brisera sur elle, soit adoptera un double langage, profondément corrupteur.
Ce dirigeant chrétien, cependant, retrouve le sens de son baptême dans son métier en gouvernant chrétiennement, c’est à dire en dirigeant ses services, dans la mesure de ce qui est possible, avec le souci du bien commun, de la subsidiarité, du don, de la solidarité, etc. C’est vers les échelons inférieurs qu’il pourra agir. Par sa manière de faire il humanisera ses services, dans un monde de brutalité il instaurera la paix. C’est là qu’est sa vraie influence. Surtout, en changeant librement les cœurs, il aura plus d’impact que s’il avait voulu gouverner brutalement à son tour pour défendre le bien.

Un bon exemple à méditer est celui de l’échec évident des groupuscules trotskistes dans leur tentative d’infiltration des pouvoirs. Certes, les Jospin et les Plenel ont envahi les ministères, les grands journaux, les télévisions, le monde de la finance, les cabinets juridiques, l’édition, mais loin d’avoir pu établir la révolution prolétarienne qu’ils appelaient de leurs vœux, ils sont devenus des grands bourgeois couverts d’honneurs et s’ils se sentent heureux dans ce système, ce n’est pas pour l’avoir changé, c’est pour avoir adopté eux-mêmes le costume du libéralisme individualiste et hédoniste qu’ils voulaient combattre. Les traîtres, en somme, ont été trahis par eux-mêmes et corrompus par ce qu’ils voulaient corrompre.  Ils se soutiennent entre copains et donnent l’impression de dominer un monde qui les a avalé.

Le chrétien qui voudrait jouer l’infiltré prendrait le même risque.

Ce n’est pas par la trahison et la subversion rampante que le chrétien pourra changer le monde, mais par l’exercice de son christianisme dans sa vie et ses fonctions, non pas comme une bannière militante, mais un art de vivre et de faire. Le fonctionnaire ou l’entrepreneur chrétien aura peu souvent l’occasion de rédiger une note ou un rapport défendant des valeurs chrétiennes de manière explicite. Il aura peu souvent l’occasion de défendre un projet d’Eglise. Il sera peu souvent confronté à un cas de conscience où il devra choisir entre Dieu et le diable. Ces cas de figures se présentent quelques très rares fois dans une vie, même bien remplie et dangereuse. Par contre, le quotidien lassant et répétitif sera rempli d’occasions d’agir en chrétien. C’est là que l’on peut agir et réformer.

Les magistrats de la Cour de cassation ont rendu un seul arrêt Perruche condamnant un médecin à verser une indemnité parce que l’enfant était né à cause d’une erreur de diagnostic sans laquelle il aurait été avorté. Ce genre de décisions abjectes arrivent une fois ou deux dans la vie d’un magistrat.
Mais chaque jour, un magistrat salue sa secrétaire, ses confrères, le procureur de la république, signe des décisions, diligente des enquêtes. C’est dans ce quotidien que son action chrétienne est attendue.

On peut supposer que le dirigeant chrétien sera avant tout celui qui obéit à César, adore Dieu et agit selon son commandement partout où il le peut.

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