Doctrine sociale de l’Eglise (VII) La famille, cellule vitale de la société

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(Veiller pour la dignité de la famille. Veiller pour la dignité de la personne humaine)

Avec ce septième volet de notre étude sur la doctrine sociale de l’Eglise, nous nous jetons dans ses aspects les plus incarnés, ceux qui touchent à notre vie quotidienne de la manière la plus évidente.

La justification de la place et du rôle de la famille s’appuie sur l’Ecriture et sur la nature humaine. En effet, l’écriture, dès la genèse, inscrit dans le cheminement de l’homme, l’importance de cette famille comme berceau de la communion entre les personnes : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul » ; et de la génération « Croissez et multipliez-vous ». Cette communion est un échange entre « je » et « tu » et prend conscience d’elle-même dans un « nous » familial qui n’est pas sans rappeler le « nous » qu’est la société.

Par ses exigences vitales qui assurent sa pérennité, la famille est un lieu d’éducation à cette vie en société. Elle apprend, normalement, la loi de l’amour et de la fidélité, la communion en une seule chair, le lien des affections naturelles, mais aussi la responsabilisation des membres les uns envers les autres, afin de faire naître un homme debout. Les échecs temporaires ou définitifs de telle ou telle famille n’éliminent pas ces exigences, ils en montrent la plus urgente nécessité.

La famille, ne serait-ce que par le principe de génération, préexiste à la société et à l’Etat, rappelle le Compendium de la DSE. C’est ce principe de génération, même, qui permet l’existence dans le temps de la société et de l’Etat. Cette antériorité, et cette qualité de la famille, premier berceau des personnes et premier lieu d’éducation et de vie des hommes, fait que la société et l’Etat existent pour les familles et non pas les familles pour eux.

La DSE, paraphrasant le bienheureux pape Jean-Paul II, dispose ainsi que : « Tout modèle de société qui entend servir le bien de l’homme ne peut pas faire abstraction du caractère central et de la responsabilité sociale de la famille. La société et l’Etat, dans leurs relations avec la famille, ont en revanche l’obligation de s’en tenir au principe de subsidiarité. En vertu de ce principe, les autorités publiques ne doivent pas soustraire à la famille les tâches qu’elle peut bien remplir toute seule ou librement associée à d’autres familles; par ailleurs, ces mêmes autorités ont le devoir de soutenir la famille en lui assurant toutes les aides dont elle a besoin pour assumer l’ensemble de ses responsabilité de façon adéquate. »

Pour fonder cette institution familiale, vitale pour l’homme, la DSE place au premier plan le mariage. Cette institution, pour la DSE, ne dépend pas de l’homme, mais de Dieu lui-même. Le deuxième concile du Vatican, dans sa constitution Gaudium et spes, est on ne peut plus clair : « En vue du bien des époux, des enfants et aussi de la société, ce lien sacré échappe à la fantaisie de l’homme. Car Dieu lui-même est l’auteur du mariage qui possède en propre des valeurs et des fins diverses. » Parce que les époux se reçoivent et se donnent mutuellement dans un don total et exclusif, l’engagement public et libre qui est pris au jour du mariage est définitif. Cet engagement fonde la famille et engage les droits et devoirs réciproques de ses membres.

La DSE, empruntant au catéchisme de l’Eglise catholique, rappelle qu’aucun pouvoir ne peut abolir ou modifier les caractères et la finalité du mariage. Le catéchisme précise qu’en dépit des différentes formes que le mariage a pu prendre selon les cultures et les structures sociales dans le temps, il y demeure toujours un sens de la dignité de l’union matrimoniale, explicite ou implicite. La société ne peut disposer du mariage, elle ne peut qu’en discipliner les « effets civils », précise la DSE.

Le mariage, pour l’Eglise, a les traits suivants :
– L’unité qui fait des époux une seule chair.
– L’indissolubilité qui exclut tout abandon ou toute répudiation.
– La fidélité qui implique le don réciproque.
– La fécondité, appel naturel à l’engendrement.

Le sacrement du mariage, dans la vie de l’Eglise, est à la fois un signe et un instrument de la grâce de Dieu. Rappelons que la grâce est un don gratuit de la vie divine en nous. En plus de sa réalité spirituelle, le sacrement englobe, bien sûr, les réalités humaines de l’amour conjugal, avec ce qu’il implique. La famille née du mariage, grâce à ce lien spirituel et grâce à cette communion des personnes, déjà évoquée, fait d’elle une « petite Eglise », appelée également « Eglise domestique ». Si les époux vivent véritablement de cet amour, ils peuvent donner jour, d’après la DSE, à une socialité nouvelle, fondée sur la charité du Christ, dont ils sont les acteurs et les témoins. La DSE souligne le rôle spécialement important de ce témoignage face à une société de plus en plus relativiste et ne reconnaissant plus la valeur essentielle du mariage et de la famille.

Parce que la famille est un espace de communion des personnes, elle enseigne des valeurs utiles à la société. Ces valeurs sont des éléments fondamentaux de la DSE. La famille éduque ainsi à la solidarité, la gratuité, la « disponibilité généreuse ». En construisant un tissu de relations entre ses membres et vers l’extérieur, la famille est « un apprentissage fondamental et irremplaçable de vie sociale, un exemple et un encouragement pour des relations communautaires élargies, caractérisées par le respect, la justice, le sens du dialogue, l’amour. »
Cette relation s’étend sur plusieurs générations, dépassant le cadre restreint du couple et de ses enfants. Cette relation, enfin, dépasse les critères de la rentabilité économique ou de la profitabilité immédiate de l’action.

Le compendium de la DSE, dans son édition de 2005, insiste bien sur l’altérité nécessaire à l’équilibre familial. Contre les théories du genre, elle martèle, en citant le catéchisme : « Il revient à chacun, homme et femme, de reconnaître et d’accepter son identité sexuelle. La différence et la complémentarité physiques, morales et spirituelles sont orientées vers les biens du mariage et l’épanouissement de la vie familiale. L’harmonie du couple et de la société dépend en partie de la manière dont sont vécus entre les sexes la complémentarité, le besoin et l’appui mutuels ». Cette altérité est nécessaire au mariage, elle est indisponible.

Outre l’altérité, l’indissolubilité est considérée comme indisponible, par la DSE. Considérant cette nature du mariage, la DSE considère les législations autorisant le divorce comme « une plaie sociale » et la banalisation des unions de fait comme un discrédit du modèle de la famille, plaçant « une relation précaire » au même plan qu’une relation « stable ». Pour autant, l’Eglise n’abandonne pas les personnes divorcées ayant contracté une nouvelle union ou vivant en concubinage. Elle les appelle à la prière, à la fréquentation de la messe et du sacrement de pénitence, à l’instruction chrétienne de leurs enfants. Sans brader les sacrements, elle les accueille auprès d’elle et les assure de ses prières et de sa sollicitude humaine et spirituelle.

Face au problème spécifique des unions homosexuelles, l’Eglise estime que seule une anthropologie  « répondant à la pleine vérité de l’homme » pourra éclairer cette question de manière pertinente et y apporter une réponse satisfaisante. Elle récuse ces unions mais insiste sur le respect dû aux personnes homosexuelles et sur l’accueil qui doit leur être réservé. Elle les invite, de leur côté, à un engagement particulier « dans l’exercice de la chasteté ».

Pour la DSE, lorsque l’Etat légitime les unions de fait et dans ce cas précis, les unions homosexuelles, il agit « arbitrairement et entre en contradiction avec ses propres devoirs ». La DSE va plus loin en affirmant que la société qui œuvre à la désagrégation de la famille abat ses colonnes portantes et doit au contraire les soutenir.

Du mariage, la DSE pousse son raisonnement vers l’enfantement. Pour elle, la famille est le sanctuaire de la vie. La famille offre à la vie naissante la meilleure protection et le meilleur lieu de croissance. Cette vie, parce qu’elle est la première condition nécessaire de la dignité intégrale de l’homme, doit être protégée et entourée. La famille seule est maîtresse de savoir si elle doit engendrer un nouvel enfant ou différer temporairement ou sans date une nouvelle naissance. Cependant, car l’enfant est un sujet libre, il dispose, dès sa conception, de droits particuliers et il n’y a, tout au contraire, aucun droit à l’enfant, qui reviendrait à chosifier la personne humaine.

Au nom de cette dignité, l’Eglise condamne comme « illicite », les méthodes contraceptives, qu’elle distingue nettement des méthodes de régulation naturelle des naissances, lesquelles, respectent les particularités des corps, les cycles naturels et portent une véritable valeur aux personnes, acceptées dans leur totalité, sans détournements. Au nom de cette dignité, elle condamne également l’avortement, qu’elle considère comme « abominable » et dont elle estime qu’il est plus un « triste phénomène » qu’un droit. Au nom également de cette dignité, enfin, elle condamne les méthodes artificielles de procréation, qui créent un « droit à l’enfant ». Ces méthodes qu’elle condamne, pour elle, détournent les parents de leur « sexualité responsable » et de la grandeur de leur dignité, ainsi que de la dignité de l’enfant.

Le cheminement de l’enfant ne fait que commencer avec l’engendrement. La DSE s’intéresse également à son éducation. L’éducation prend naissance dans la famille. L’éducation de l’enfant le fera grandir dans toutes ses dimensions, y compris sociales. La constitution Gravissimum educationis du deuxième concile du Vatican dispose ainsi : « La famille constitue une communauté d’amour et de solidarité, apte de façon unique à enseigner et à transmettre des valeurs culturelles, éthiques, sociales, spirituelles et religieuses essentielles au développement et au bien-être de ses propres membres et de la société. » En exerçant sa mission d’éducation, la famille participe au bien commun. C’est pourquoi son rôle est irremplaçable.

Parce que les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants, ils sont appelés à rechercher des responsabilités dans les structures éducatives auxquelles ils les confient. Ils peuvent également exercer un droit de regard sur ces institutions, en lien avec les autres structures de la société. Enfin, ils doivent disposer du choix de l’éducation qu’ils veulent délivrer à leurs enfants, notamment du choix de l’école. Dans ce dernier cas de figure, les parents, d’après la DSE, doivent pouvoir fonder eux-mêmes ou soutenir des écoles.  La DSE, dans cette optique, considère comme une grave injustice les actions de l’Etat visant à entraver ces libertés ou à limiter le financement des institutions scolaires privées, alors même qu’elles contribuent à la bonne marche de la société.

Ces droits des parents sont la traduction de devoirs. Le premier d’entre eux est celui de donner une éducation « intégrale » à leurs enfants, c’est à dire touchant à tous les domaines de la vie. C’est la formation de la personne humaine. Ce rôle revient aux deux parents qui doivent agir conjointement. La DSE en appelle à la responsabilité des parents : « Les parents doivent donc œuvrer conjointement. Ils exerceront l’autorité avec respect et délicatesse, mais aussi avec fermeté et vigueur: elle doit être crédible, cohérente, sage et toujours orientée vers le bien intégral des enfants. »

Parce que la famille est parfois défaillante, la société doit, elle aussi, protéger l’enfance, en donnant un cadre juridique aux droits de l’enfance.

Les points énoncés traitent de la famille seule ou face à la société.

Mais la famille est également un « protagoniste de la vie sociale ». En tant qu’acteurs sociaux, les familles ne doivent pas négliger de s’engager dans la vie civile, de s’associer entre elles, en réseaux de solidarité, pour défendre les intérêts des familles dans la législation ou les corps sociaux. Notamment, les familles doivent investir le champ du travail afin de veiller à une juste articulation entre travail et vie de famille, mais également afin de soutenir un niveau de revenus convenable qui rendra possible une vie digne et une épargne assurant la liberté matérielle de la famille et de sa descendance, notamment par l’accès à la propriété. Les famille, enfin, ont le devoir de s’engager auprès des structures étatiques pour que celles-ci promeuvent une politique familiale qui reconnaisse les familles comme des corps à part entière et respecte leur dignité et leur spécificité ainsi que leur rôle social.

A suivre… Le travail humain

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