Le travail dominical : nouvelle bataille culturelle à mener ?

(Maurice Lemaître, 1929, Pêcheur au bord d’une rivière)

Nouveau contributeur sur notre bloc notes, nous accueillons le premier papier de notre ami Malesherbes. Une réflexion argumentée et fournie sur le repos dominical.

Nous espérons que cela donnera des ailes à d’autres contributeurs potentiels.

Bonne lecture

 

 

Les condamnations coup sur coup vendredi 27 septembre de Sephora-Champs-Elysées (ouvrant le soir) et de Castorama et Leroy Merlin (ouvrant le dimanche) en Seine-Saint-Denis, et les ouvertures illégales maintenues de ces deux dernières enseignes, ont fait de l’extension du travail dominical le nouveau débat de société de la rentrée.

Rappelons que la législation en vigueur, héritée de la loi Mallié de 2009, voulue par Nicolas Sarkozy, autorise l’ouverture des magasins, en-dehors des commerces alimentaires et des boutiques sans employées, dans des zones de consommations exceptionnelles (PUCE) délimitées par les préfets. La question est donc de savoir s’il faut autoriser ces ouvertures en-dehors de ces périmètres.

En réalité, le débat est tout sauf spontané. L’offensive a commencé en mai dernier, lorsque des employés de Leroy Merlin et Castorama, unis dans le collectif des « bricoleurs du dimanche », demandent au ministre du Travail Michel Sapin d’étendre les dérogations pour l’ouverture systématique de leurs enseignes le dimanche. Ces employés, présentés comme volontaires pour travailler, sont financés et encadrés par leurs directions, qui orchestrent autour d’eux une campagne marketing, « Yes Week-end ! », et s’en servent pour attirer les médias. Devant le refus du ministre, les enseignes sollicitent des appuis au Parlement pendant l’été, avec les députés PS Pascal Popelin, Buno Le Roux, président du groupe socialiste, et Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale : leurs circonscriptions de Seine-Saint-Denis comptent en effet de nombreuses zones d’activités, et potentiellement autant de consommateurs du dimanche. Entre-temps, le bouillant PDG de Bricorama Jean-Claude Bourrelier assigne en justice Leroy Merlin et Castorama, pour ouverture illégale le dimanche. Plus que de nuire à ses concurrents, son but ultime est de mettre les pouvoirs publics dans l’embarras et d’obtenir l’ouverture généralisée le dimanche.

Condamnées, les enseignes bravent la loi, soutenues par la presse économique, qui appelle à une extension, voire une libéralisation complète, du travail dominical. Leur revendication trouve un appui fracassant en la personne de Pierre Gattaz, le nouveau président du MEDEF. Côté politique, les élites de l’UMP ont également réclamé l’extension da la loi qu’elles voulaient déjà plus ambitieuse en 2009, mais qui avait été circonscrite par le lobbying du député Marc Le Fur.

Malgré les postures socialistes en faveur du repos dominical quand ils étaient dans l’opposition en 2009, le gouvernement est sur le point céder sur toute la ligne. Nombre de ministres ont brocardé la législation actuelle. Mardi 1er octobre, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a confié à l’ancien président de La Poste Jean-Paul Bailly la mise en place d’une mission pour « clarifier le cadre juridique » du travail le dimanche. Celui-ci avait déjà, en 2007, été rapporteur d’une commission du Conseil économique et social, ancien nom du désormais célèbre CESE, sur le même sujet : « le modèle du dimanche traditionnel – religieux, familial et de loisirs non organisés- n’est plus dominant.Beaucoup attendent une offre plus large, culturelle et de loisirs, évènementielle, mais aussi d’achats hors du commun », concluait son étude, qui réclamait l’extension des dérogations. On peut donc aisément supposer l’orientation de cette nouvelle mission. A terme, le principe du repos dominical sera progressivement grignoté par les multiples dérogations.

Quelques éléments de comparaison peuvent rapprocher le mariage gay du travail dominical : dans les deux cas, des groupes actifs poussent le législateur à agir au nom du fait accompli, de la vulgate « cela existe déjà ». Dans les deux cas, le pragmatisme, l’appel à la raison, à la modernité, à la sacro-sainte laïcité, sont de rigueur. Plus profondément, c’est également un débat sur la vision de la société, sur les valeurs de la Cité, qui transcende les clivages : ainsi, le rédacteur en chef deValeurs Actuelles Yves de Kerdrel, partisan du travail le dimanche, s’élève contre les évêques de France, qui se retrouvent sur la même position de Jean-Luc Mélenchon.

Face aux arguments du « tout-économique » (création d’emploi, jobs étudiants etc.), il existe des réponses pertinentes, que le pourtant très bobo Huffington Post liste avec soin. http://www.huffingtonpost.fr/2013/09/30/travail-le-dimanche-arguments-favorables_n_4015287.html?ref=topbar Affirmons par ailleurs que les partisans du travail dominical peuvent difficilement taxer leurs adversaires d’obscurantistes religieux : des pays sécularisés comme les Pays-Bas ont sanctuarisé le dimanche, quand Israël autorise l’ouverture de commerces 24/24h, y compris pendant le Shabbat.

Sur le plan philosophique, cependant, les réponses apportées par l’Église doivent être diffusées, car elles visent au Bien commun et à la dignité de l’homme : « Pourquoi donc il y a-t-il si peu de voix pour défendre les joies familiales et sociales qui viennent se nicher dans le dernier créneau de gratuité préservé par la loi ? Oui au repos dominical pour tous ! Si la digue saute, le verrou jusqu’ici imposé à la puissance économique fera de nous tous des victimes » écrit l’abbé Amar, sur lePadreblog. Avec lui, nous écrivons que le dimanche est un autre de ces repères précieux et utile pour la société.

Il serait bon de ne pas baisser la garde sur cette bataille qui s’annonce.

Écoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix, et fausser les balances. Nous pourrons acheter le malheureux pour un peu d’argent, le pauvre pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! »
Le Seigneur le jure par la Fierté d’Israël : « Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. »
(Amos 8, 4-7)

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s