Comité… d’éthique ?

 

Le Président de la République et le ministre de la santé, en renouvelant les membres du Comité consultatif national d’éthique, ont pris soin de nommer des personnalités proches de leur courant d’idée et d’exclure les deux seuls représentants religieux du comité, le pasteur Louis Schweitzer et le rabbin Michaël Azoulay. N’épiloguons pas plus longtemps sur l’absence de religieux catholiques et musulmans de ce comité…

Ces évictions posent la question de la représentativité de ce comité, d’une part, de sa compétence d’autre part, considérant que les nominations ont été presque toutes réalisées par des autorités politiques partisanes, à savoir nos ministres. Un seul membre a été nommé par le Conseil d’Etat, les quatre autres membres non nommés par des personnalités politiques l’ont été par des institutions scientifiques médicales ou universitaires, ce qui réduit le champ de l’éthique à des questions de bioéthique médicale. C’est peu.

Ce comité, dont l’avis est consultatif, c’est à dire est écouté quand cela va dans le sens voulu, prendra certainement, à l’avenir, des décisions dans l’optique du gouvernement.

Ce que fait M. Hollande, ses prédécesseurs l’ont fait avant lui.

On doit dès lors se demander quelle est l’utilité de ce comité qui  ne représente pas la société civile mais les choix du gouvernement et d’acteurs universitaires tous issus du service de l’Etat ?

Agit-il selon une approche conjoncturelle des problèmes moraux et éthiques ? Dans ce cas, il est une institution conservatrice dont l’optique est de répondre aux aspects techniques soulevés par les évolutions de la science, afin d’accompagner le changement sans jamais s’interroger sur sa nature morale.

Agit-il selon une perception contractuelle de la morale, où la loi votée par la majorité définit ce qui est bon et ce qui  ne l’est pas ? Dans ce cas, il est un comité toujours en retard d’une guerre, jamais force réelle de propositions, en dépit de ses nombreux rapports, mais uniquement présent pour accompagner le changement sans poser de question dérangeante.

Agit-il au contraire selon une approche transcendante d’une morale qui nous dépasse et en fonction de laquelle il faut aborder les nouvelles techniques scientifiques ou les bouleversements de société, afin de trouver des réponses adaptées à ces évolutions qui peuvent être parfois en contradiction avec des principes réputés bons ? Ne rêvons pas… Cette dernière proposition n’est clairement pas la bonne.

Quand bien même elle serait la bonne, un comité consultatif peut-il faire barrage, seul, à des mutations profondes de notre société, aller à contre courant, alors qu’il est composé de membres nommés par le pouvoir politique ?

Une première manière de corriger cette faiblesse du comité serait d’assurer la nomination de la majorité des membres par des corps constitués extérieurs à l’Etat. Il serait envisageable que le conseil de l’ordre des médecins nomme un ou plusieurs membres à côté des représentants de l’académie de médecine. Il ne semblerait pas anormal que le consistoire israélite, la conférence des évêques de France, le conseil français du culte musulman et la fédération protestante de France puissent nommer chacun un ou deux membres aux côtés des philosophes choisis par le Président et le Premier ministre. Il n’apparaît pas insensé qu’aux côtés du Conseil d’Etat figurent des représentants du Conseil supérieur de la magistrature et de la Cour des Comptes. Il n’est pas inimaginable d’envisager que des représentants des principales associations familiales et des plus grandes centrales syndicales spécialisées dans le domaine médical figurent aux côtés des spécialistes de l’obstétrique et de la génétique. La liste serait longue encore, de membres issus directement de la société civile, acteurs majeurs dans les questions d’éthiques, proches de la réalité humaine et indépendants de l’Etat.

Cela, cependant, ne réglerait pas la question de la place d’un comité consultatif d’éthique composé partiellement de personnes fidèles aux principes d’une morale transcendantale face à une société en rupture avec celle-ci.

C’est peut-être ici tout bonnement la limite de ce comité. La charge qui pèse sur ses épaules est trop lourde. Incapable de faire front tout seul, ne pouvant pas non plus changer les esprits, il est avant tout un organe rassurant pour les forces conservatrices qu’effraient la folie des changements actuels dans le domaine éthique.

Ce qui est bon ou mal ne se définit pas dans la salle de réunion d’un comité, fut-il national et d’éthique. Ce qui est bon ou mal nous dépasse et le rôle d’un comité d’éthique est de rappeler les principes tout en proposant des moyens concrets d’accueil des nouveautés scientifiques dans la fidélité réelle à ces principes.

Mais au moins, si le pouvoir politique respectait cette mission du Comité d’éthique en laissant des instances issues de la société civile en nommer des membres, ce serait un pas immense d’accompli.

Mais ce pas serait un geste d’acceptation insupportable pour les progressistes ultras libertaires qui gouvernent l’intelligence française aujourd’hui. Ce serait admettre que tout ne peut être le fruit de la volonté individuelle, que tout ne peut être décidé selon la règle de la majorité parlementaire ; que le Président, fut-il élu, ne peut bouleverser la composition d’un comité représentant des corps constitutifs de la nation, compétents sur les questions d’éthique.

La volonté de jeter dans le néant tout signe visible de ces liens qui nous obligent est visible depuis des années, et tout spécialement depuis un an et demi. Le mépris avec lequel ont été traités les dignitaires opposés au mariage homosexuel en est un exemple. L’évincement des représentants religieux du comité d’éthique en est un autre. La proposition (espérons bientôt oubliée) du porte-parole du gouvernement visant à pénaliser tout propos hostile à l’avortement en est encore un autre. La radicalité laïque du ministre Peillon est un autre exemple encore, et ainsi de suite. On pourrait continuer avec les études de genre à l’école, la lutte contre les soit-disant discriminations sexistes ou homophobes, etc.

Voilà pour la politique d’éthique, mais cette volonté d’écrasement insensible de tout ce qui pourrait s’opposer au char de l’individualisme post-moderne se retrouve partout, dans toutes les contraintes administratives qui enserrent les citoyens. Pour que nul ne vienne empiéter dans la sphère de bonheur de l’autre, il faut que chacun soit corseté dans une tyrannie individuelle, c’est la règle.

Vous pensez que nous nous éloignons du comité d’éthique ? Nous sommes en plein dedans !

Ce comité ne représente que le pouvoir en place. Et le pouvoir en place, par ce mode de nomination, illustre la puissance absolue du choix individuel, auréolé de l’assurance de la vérité sur le bien et le mal, parce que sacré par le suffrage universel. Ce comité est le signe visible de la victoire du relativisme en évolution permanente, contre les principes qui forgent la permanence humaine. Les dernières scories de transcendance viennent d’en être évacuées.

Mais loin de lui donner une illusoire liberté, c’est l’homme qui est ici tué, écrasé, par les jouisseurs à la petite semaine.

Le pouvoir en place a beau jeu de s’appuyer sur des sondages montrant qu’il a le soutien d’une majorité de la population, notamment d’une majorité de la jeunesse. Quoi de plus versatile qu’un sondage ? Cette faiblesse est elle-même un aveu de la fragilité des valeurs défendues par ces libres-penseurs. Ils s’appuient non pas sur le soutien du peuple, mais sur sa suprême indifférence. La majorité des citoyens, ayant adopté une mentalité d’esclaves, est heureuse dans sa bulle de confort minimal, et est toute prête à concéder aux autres tous les plaisirs qu’ils souhaitent, du moment que personne ne vient la déranger elle. Les appels à manifester pour défendre le soit-disant progrès sont suivis par si peu de thuriféraires que l’on doit bien conclure à cette indifférence généralisée.

Mais n’est-elle pas voulue par les progressistes, qui en infantilisant les citoyens se sont ouverts la route de tous leurs abus, avant d’être eux-mêmes dépassés par d’autres modernes, plus inventifs encore ?

Il y a en France quelques millions de personnes qui se sont levées pour dire non ! Puissent-elles poursuivre et ouvrir les yeux de leurs frères afin de leur faire comprendre qu’il n’y a pas de Cité française possible sans souci de la communauté et de son avenir, sans conscience commune des valeurs qui constituent la dignité humaine.

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2 réflexions sur “Comité… d’éthique ?

  1. J’imagine d’avance ta réponse… Mais as-tu lu le texte de Tocqueville où il parle de l’infantilisation de l’homme dans la démocratie ?!

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