Entretien du pape. La mission pressante de l’Eglise depuis 2000 ans

(L’entrée à Jérusalem, Giotto)

Il est vain de vouloir résumer cet entretien du pape François, livré aux revues jésuites du monde entier. Déjà très ramassé, compact, il convient de le lire dans son intégralité.

Cependant, depuis quelques jours, les commentateurs se déchaînent et rivalisent de bêtise. Tous s’entendent pour louer le pape. Tant mieux. Mais il y a clairement erreur sur le propos.

On lit partout, y compris sous la plume du très perspicace Jean-Marie Guénois, du Figaro, que le pape marque sa volonté de réforme, agit en novateur, place la miséricorde au centre, notamment dans l’accueil des divorcés remariés, des homosexuels ou des femmes ayant subi un avortement. On lit encore une fois qu’il se place en rupture avec tous ses prédécesseurs.

Jean-Marie Guénois, qui nous a habitué à plus de sagesse, va jusqu’à écrire que le pape, en voulant consacrer plus de temps à l’annonce de Jésus Christ et moins à la morale, est en rupture avec les quarante dernières années de la vie de l’Eglise romaine.

Replaçons les choses à l’endroit.

Le pape François a un discours de miséricorde qui est exactement celui de Benoît XVI, de Jean-Paul II, de Paul VI, de Jean XXIII ou de Pie XII. Il suffit de lire leurs lettres encycliques ou leurs discours pour s’en rendre compte.

Le pape François ne dit pas, comme l’espèrent à demi-mots les représentants du progressisme, que les pratiques homosexuelles sont une norme acceptable parmi d’autres, que les divorcés remariés ne sont plus adultères ou que les femmes ayant pratiqué un avortement sont blanches comme neige. Il dit, à l’image de ses prédécesseurs, qu’il faut avant tout accueillir, laisser parler la miséricorde, réconforter et essayer de guérir les blessures. D’ailleurs, il renvoie bien dos à dos le légaliste et le laxiste pour placer avant tout la miséricorde. A aucun moment il ne prend la position du laxiste. De même, il n’annonce aucun changement de discipline. Il rappelle l’importance du pardon.

On a l’impression que les commentateurs et les lecteurs découvrent ce discours sur la miséricorde pour la première fois, or, il est récurrent dans la vie de l’Eglise.

Le pape François veut avant tout parler de Jésus Christ et dire au monde « Jésus t’a sauvé ». Mais encore heureux ! Ce n’est pas une révolution ! Ce n’est pas une nouveauté ! Tous ses prédécesseurs en ont fait le cœur de leur annonce au monde. Cela fait deux mille ans que cette annonce toujours nouvelle est inlassablement proclamée par les pontifes.

Le pape François a rappelé ce qui est simplement la mission pressante de l’Eglise depuis deux mille ans.

Les commentateurs qui feignent de le découvrir comme une nouveauté brillent par leur courte vue.

Par ailleurs, ces passages commentés par toute la presse ne sont qu’une petite partie de ces trente pages d’entretien où le pape révèle sa piété psalmique et eucharistique, ses attaches familiales, son goût pour l’art, son désir de promouvoir la synodalité, tout en admettant son autoritarisme personnel, etc. Cet entretien a été qualifié par plusieurs commentateurs de presque programmatique, révélateur du sens du pontificat qui s’ouvre. Il est plus à rapprocher de l’excellent ouvrage entretien de Jean-Marie Lustiger, Le choix de Dieu.

Deux enseignements peuvent cependant être tirés de cette incompréhension des journalistes :

– En plaçant l’annonce de Jésus Christ sauveur du monde comme point de départ et cœur du message chrétien, le pape a rappelé une évidence, mais que les fidèles ont souvent tendance à oublier :

– Il est inutile de défendre la morale naturelle dans le monde contemporain s’il n’y a pas de zèle évangélisateur. La morale naturelle parle aux chrétiens ou à ceux qui ont un sentiment religieux fort, la conscience d’une transcendance personnelle à aimer car elle est l’auteur de toute chose. Le chrétien ou l’être religieux va respecter les exigences de cette morale dans une perspective plus grande que lui. L’altruisme abstrait qui conduirait à tenir ces exigences morales sans autre but qu’elles-mêmes est le fait de quelques intellectuels, mais n’a pas de prise sur le commun de la population dans l’Occident post-moderne. Penser renverser la vapeur face aux divorces, face au mariage des homosexuels ou face à la marchandisation du corps humain, sans annoncer Jésus Christ, est peine perdue. L’Eglise le rappelle sans cesse, mais les fidèles ont tendance à l’oublier, préférant passer pour des conservateurs en défendant la famille que pour des crétins en annonçant Jésus Christ. Voilà déjà un point où nous pouvons être réveillés par le pape.

– Le deuxième enseignement à tirer concerne l’image que les chrétiens détachés de l’Eglise ou les incroyants perçoivent d’elle. Nous sommes ici dans un processus de communication banal mais dont les fruits peuvent être destructeurs ou bénéfiques. Fermés à tout discours de foi, qu’ils considèrent comme relevant de la croyance au père Noël, décidés à considérer l’Eglise comme une oeuvre rétrograde et aliénante, les journalistes, souvent religieusement incultes, ont tracé de Jean-Paul II et Benoît XVI l’image de papes conservateurs et obtus. Ne prenant jamais la peine de lire les discours en entier, ne regardant que les textes ayant trait à la morale sexuelle, la seule qui les intéresse, ils ont cultivé et diffusé des deux précédents pontificats des images déformées et très largement incomplètes. Ils ont traînés dans la boue, spécialement, le dernier pontife. Les modes de communication institutionnelle hyper-normés de Benoît XVI et Jean-Paul II n’ont pas aidé à combattre ces idées fausses. Les journalistes occidentaux, obsédés par la fesse, ont transmis un discours qui ne ressemble en rien à celui de l’Eglise et au cœur des deux derniers pontificats. Leur inculture religieuse est telle qu’ils se sont convaincus de la véracité de leurs propres mensonges.
Le pape François, en bousculant tous les usages gouvernementaux et médiatiques, a créé autour de lui un climat général de sympathie qui ne se dément toujours pas. Attentifs aux faits et gestes de leur héros, comme on suit les moindres pas de son joueur de football préféré, ces mêmes journalistes semblent découvrir que l’Eglise a un discours sur la foi, sur la miséricorde, sur les sacrements. En fait, ils prennent enfin la peine de lire les discours du pape… Tout simplement.

Cette évolution du regard des journalistes, liée à un simple changement de mode de communication de la part du pape, montre la superficialité des barrières qui séparent l’Eglise du monde occidental, et qui pourtant creusent, par la suite, de très profonds fossés, entretiennent de douloureuses blessures. Il y a dans cet exemple un appel pressant à renverser ces minces barrières pour rendre le commun des Occidentaux réceptif au discours réel de l’Eglise.

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