Laïcité, le revers de la médaille

 

Avec sa charte de la laïcité, affichée dans tous les établissements publics, le ministre de l’éducation national a pensé marquer un point contre l’obscurantisme, le sectarisme et pour la laïcité républicaine. 

Cette charte aurait pour vocation de s’imposer comme outil normatif et base de dialogue, de réflexion pour préserver le modèle républicain, laïc, de séparation stricte des Eglises et de l’Etat, reléguant la question religieuse à la sphère privée.

M. Peillon s’inscrit, sans le dire, dans un mouvement de regain laïcard agressif qui, depuis une grosse vingtaine d’années, a le vent en poupe. Sa charte de la laïcité est à placer à la suite des différentes circulaires, puis lois interdisant le port de signes religieux distinctifs dans les écoles et les bâtiments administratifs, les circulaires rappelant le devoir de neutralité et de réserve des fonctionnaires dans le domaine religieux, la loi interdisant le port du voile intégral dans les lieux publics, etc. A cet appareil réglementaire et législatif il faut ajouter les déclarations politiques, comme celles de Marine le Pen voulant interdire le voile ou la kippa, et de plusieurs ténors du courant de « la droite populaire », souhaitant élargir au monde de l’entreprise l’exigence de neutralité religieuse.

Ce climat agressif contre les religions prend de l’ampleur au fur et à mesure que l’islam se développe dans notre pays. Mais, principe d’égalité républicaine oblige, pour faire barrage à l’expression publique de l’islam, ce sont toutes les religions qui doivent payer.

Si le discours politique s’en prend directement aux prières de rues, au foulard islamique, aux produits halal, au financement des mosquées ; la loi, pour des raisons évidentes, frappe indistinctement toutes les expressions religieuses. En guise d’effet secondaire, cette animosité générale de la loi et du règlement contre les religions a promu, depuis 2005 et l’élection de Benoît XVI au souverain pontificat, un climat récurrent de « christianophobie », ou plutôt de « cathophobie », faisant feu de tout bois pour s’en prendre aux prêtres, aux évêques, aux fidèles. Le discours de Ratisbonne de 2005, les scandales de pédophilie, la levée des excommunications des quatre évêques lefebvristes, les pièces de théâtre insultant le visage du Christ, le mariage homosexuel, toute intervention publique de l’Eglise sortant des clous de la bien-pensance commune fait immédiatement l’objet d’une campagne haineuse ou moqueuse ; l’un n’étant pas exclusif de l’autre.

Prenons garde, cependant. La suite des événements, dans les décennies à venir, pourrait créer les conditions parfaites d’une théocratie.

En effet, ce n’est un secret pour personne que l’islam en France, par la double action de l’immigration et des conversions, s’est hissé peu à peu au rang de deuxième religion du pays en termes de fidèles, en moins de quarante ans. Il pourrait bien rapidement devenir la première religion de France. En effet, rappelons à toutes fins utiles que les catholiques pratiquants réguliers représentent 4,5% des Français, soit à peu près 3 millions de personnes. Parmi ces 4,5%, 40% ont plus de 60 ans. Certes, la vitalité de la jeunesse catholique est de plus en plus surprenante, voire exubérante, mais elle ne parviendra pas, du moins dans un premier temps, à combler un tel déséquilibre de génération.

L’islam, c’est un fait, est appelé, dans quelques années, à devenir la première religion de France.

La laïcité fera alors grise mine. En effet, le concept de laïcité ne s’applique que dans une situation où la culture religieuse par rapport à laquelle elle se place distingue clairement le domaine du temporel et celui du spirituel. La laïcité ne peut se définir que par rapport à des pratiques liturgiques, cultuelles, sacramentelles, qui se distinguent des pratiques purement temporelles. C’est le cas du christianisme, dont le droit propre est un droit interne distinct de la loi civile et qui n’a pas vocation à s’y substituer. C’est le cas du christianisme dont les prêtres, par l’ordination, sont à part du commun. C’est le cas du christianisme, dont les rites, les pratiques, constituent des instants à part.
Certes, le chrétien désir christianiser la société, c’est à dire agir en tant que chrétien dans le monde et rendre la législation, les habitudes de la vie civile, compatibles avec les valeurs du christianisme. Cependant, s’il souhaite que la société possède les structures favorables à l’épanouissement de la vie divine en chaque homme, il distingue bien les deux sphères du temporel et du spirituel. La vie religieuse proprement dite reste distincte de cette société, même harmonieuse, même christianisée.
En ce sens, la laïcité, fille de l’Occident chrétien, est compatible avec le christianisme, et avec lui seul.
C’est contre lui qu’elle se définit. Ses lois n’ont pleinement leur sens que par rapport à lui.

Le cas de l’islam est tout différent. Si aujourd’hui les signes de l’islam sont considérés comme des signes religieux distincts de la société civile et donc pouvant être repoussés par elle, au nom de la laïcité, c’est parce que cette société, quoique athée, continue de raisonner selon un mode de pensée chrétien. La société civile conserve l’ombre du christianisme, et avec cette grille d’analyse elle aborde l’islam sous un angle qui n’est pas sa réalité, mais qui permet de lui faire barrage en le croyant distinct de la société civile.
Ce n’est pas la réalité de l’islam, où la question de la distinction entre le temporel et le spirituel n’existe pas. La loi religieuse et la loi civile sont appelées à ne faire qu’une, le port du voile est un attribut féminin de la société courante, les règles alimentaires sont des règles de vie, etc. Les musulmans, nombreux, qui refusent cette situation, sont considérés par les religieux comme attiédis. Nous dirions modernistes, mais c’est une erreur. Pour les musulmans pratiquants, ils sont tout simplement, et fort malheureusement, des musulmans de second ordre. Dans le contexte d’un islam devenu majoritaire localement, et où les autorités auront intégré une manière musulmane de concevoir le monde, il ne semblera pas contraire à la laïcité de laisser les filles porter le voile, d’appliquer les lois civiles selon une approche islamique, voire de les amender pour les islamiser. En effet, la loi religieuse n’étant pas distincte de la loi civile, l’islam peut se fondre dans la laïcité et lui faire perdre sa substance actuelle imprégnée de christianisme.

Aujourd’hui, la distinction opérée entre les règles de l’islam et la société civile tient à la persistance de ce christianisme de surface dans les esprits, et au caractère minoritaire de l’islam qui établit une distinction au sein de la communauté nationale entre les deux groupes. Cette distinction peut d’ailleurs être porteuse d’incompréhension, de haines même, mais elle est la réaction, visiblement naturelle, du régime républicain, comme un anticorps, qui apparaît en décalage avec le discours « tolérantiste » de l’inteligentsia.

Demain, cette distinction, peut-on penser, peut s’effacer. Ce ne serait pas l’islam qui se dissoudrait dans la laïcité, mais cette dernière qui viendrait à se fondre dans celui-ci.

Dès lors, les lois réprimant l’expression de sentiments religieux ou le port de signes religieux distinctifs seraient les armes formidables d’une nouvelle théocratie républicaine. Ces lois sont conçues pour des religions qui se distinguent de la société civile, pas pour une religion qui mélange société civile et religieuse, et échappe au principe de laïcité lorsque celui-ci adopte son référentiel. Ces lois seront dès lors toujours opérante contre le christianisme, et serviront, en toute sincérité, en toute bonne foi, à des hauts fonctionnaires musulmans, ou des hauts fonctionnaires non musulmans mais ayant définitivement perdu tout référentiel chrétien et adopté une approche intégrant la manière musulmane de concevoir la non-distinction des sphères religieuses et temporelles.

Ce scénario n’est pas pour demain sur l’ensemble du territoire. Il fait cependant partie des possibles, et pour les communes à dominante musulmane, il semble un aboutissement logique dans les années à venir.

Face à ces évolutions, il apparaît que la laïcité seule, déchristianisée, sera sans défense, à moins qu’elle n’adopte une approche discriminatoire peu probable. Une laïcité rechristianisée serait-elle en mesure de faire face ? Pas au milieu d’un peuple non chrétien. Par ailleurs, un tel comportement semblerait à juste titre une injustice aux musulmans souhaitant tout simplement vivre selon leur foi. La seule réponse envisageable, mais constituant le défi le plus difficile à relever, réside dans une rechristianisation rapide de la société française.

Sur ce dernier point, deux atouts sont à noter :
– L’action de plus en plus affirmée de la nouvelle évangélisation catholique, mais qui opère pour l’instant surtout en interne au peuple catholique.
– L’action missionnaire forte des groupes protestants évangéliques, les seuls à tailler actuellement des croupières à l’islam dans les banlieues.

Qui vivra verra…

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