Nice, l’intérêt est ailleurs

(Les Sept mercenaires)

Il y a quelques jours, un bijoutier de Nice se faisait braquer par deux jeunes hommes, armés d’un fusil à pompe, à l’heure d’ouverture de son magasin. Sous la menace, il leur remit le contenu de son coffre. Les deux malfaiteurs s’enfuyant en laissant le bijoutier seul, celui-ci put se saisir d’un pistolet, on suppose caché sous le comptoir pour être si rapidement accessible, et les poursuivant dans la rue, ouvrit le feu à trois reprises, tuant l’un des deux hommes.

Dans cette triste histoire, un commerçant a failli mourir, un voyou est mort.

La question que la justice devra régler est de savoir si le bijoutier a agi en état de légitime défense. Pour l’observateur moyen, il semble que non, puisqu’il n’était plus menacé. Pour l’observateur moyen, également, il apparaît que le bijoutier a agi sous le coup du désespoir, voyant partir impunément deux malfrats avec dans leur sac sans doute suffisamment de biens pour le contraindre à fermer boutique le temps que les assurances le remboursent. A cela il faut ajouter l’angoisse de voir, pendant plusieurs minutes, la mort à deux pas de soi, sous la forme d’un canon de fusil chargé.

Peut-on accabler cet homme ? Non. Peut-on l’excuser ? Peut-être, mais un homme est mort.

Maintenant c’est à la justice de suivre son cours et de rendre sa décision, espérons avec humanité.

Le grand intérêt de cette affaire est ailleurs. Il est dans la réaction de plus d’un million d’internautes qui ont apporté leur soutien virtuel au bijoutier. Un million de personnes en moins de 72 heures. A l’heure où vous lirez ces lignes, peut-être seront-ils 1,5 millions, au train où vont les choses…

Une telle mobilisation, en si peu de temps, pour un fait divers somme toute assez ordinaire, est stupéfiante. C’est ici qu’il faut s’interroger. C’est ici que réside l’intérêt de cette triste histoire.

Plus d’un million de personnes ont cru bon de soutenir cet homme. Avec de tels chiffres on peut parler d’une prise de température de la société française en quelques heures. Un million de personnes qui, en apportant leur soutien d’un simple clic, ont, pour ainsi dire, ouvert le feu, par procuration, sur le malfaiteur. Ils ont, virtuellement, accompli l’acte que le bijoutier a véritablement réalisé.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Toute la France est abreuvée quotidiennement de nouvelles sordides sur des règlements de comptes à l’arme de guerre, sur des trafics de drogues, des réseaux de mendicité organisée, des campements de Roms illégaux, des violences urbaines à répétition avec à la clef agression des pompiers ou des ambulanciers. La multiplication, ad nauseam, de ces nouvelles, par les journaux télévisés ou radiophoniques, par les sites internet et les journaux imprimés, sans jamais annoncer de bonnes nouvelles sur le recul de la délinquance dans tel lieu, l’arrestation d’un malfrat dans tel autre, déclenche, immanquablement, chez les Français qui écoutent ces nouvelles, un sentiment de terrible impuissance, de décadence.

Parmi ces Français, il faut distinguer la minorité importante qui fait l’expérience quotidienne de cette insécurité, de ces « incivilités » comme on dit, et qui sans doute rumine le coup de feu qu’elle n’ose pas tirer, se sent abandonnée des pouvoirs publics, lâchée dans un enfer.

Ce million de soutiens, pour tous ces hommes, est une façon de se soulager. Internet permet ce soulagement dans l’anonymat, sans devoir affronter le regard réprobateur des bonnes consciences à tête d’emplâtre, ou les menaces des petites frappes des cités. Internet permet d’expurger sa bile, comme jadis les jeux du cirque, sans risque majeur.

Il est donc intéressant de se pencher sur ce phénomène en ce qu’il cristallise l’ampleur du ras-le-bol de tout une partie du pays et devrait inciter les politiques à en prendre la mesure, s’ils ne veulent pas qu’un jour ce million de personnes ne franchisse le pas du virtuel au réel et ne fasse usage de ses armes, avec tous les excès et toutes les erreurs que cela ne manquera pas d’engendrer.

A la source de cet énervement national, on peut trouver plusieurs éléments d’importance diverse :

– Le rôle malsain des journalistes qui soufflent le chaud et le froid sans cesse, rapportant et grossissant toutes les mauvaises nouvelles, rarement les bonnes.

– La réalité de la criminalité, de la délinquance et des violences quotidiennes dans la vie de millions de Français.

– L’abandon des pouvoirs publics dans de très nombreux territoires.

– L’absence de politique claire et volontariste sur ce sujet.

– La tension sociale générale, liée à la crise économique, qui amenuise les patiences et exacerbe l’esprit de vengeance en réponse à un fait divers pourtant mineur.

Votre serviteur n’est pas un professionnel de l’analyse de données, ni du renseignement intérieur, il ne pourra donc sans doute pas aller plus loin dans la réflexion sur ce sujet. Mais il apparaît qu’au-delà du fait divers, c’est la réaction de l’opinion qui doit être analysée et dont il devrait être tenu compte par les pouvoirs publics.

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