Doctrine sociale de l’Eglise (VI) Les principes de la doctrine sociale

(Saint Louis lave les pieds des pauvres)

La doctrine sociale de l’Eglise (DSE), pour agir et proposer son message au monde, s’appuie sur quatre principes, qu’elle considère comme ayant un caractère général et fondamental, car ils représentent la « vérité de la société ». La recherche de l’application de ces principes est donc une nécessité pour l’homme afin de se mettre en harmonie avec ses propres besoins et le fonctionnement authentique de la société à laquelle il appartient.

Pour l’Eglise, ces principes sont indissociables. Ils doivent fonctionner ensemble, et les hommes qui se sentent interpellés par eux doivent agir pour ces quatre principes et non pas séparément pour l’un ou l’autre. « Ces principes ont une signification profondément morale car ils renvoient aux fondements ultimes qui ordonnent la vie sociale ».

Ces principes sont :

– La dignité de la personne humaine
– Le bien commun
– La destination universelle des biens
– La subsidiarité
– La solidarité

La dignité de la personne humaine ayant déjà été abordée, on se concentrera sur les trois autres.

Le bien commun

Il est défini, dans les actes du deuxième concile du Vatican, comme « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ».

Le bien commun n’est donc pas l’unique bien de la communauté, ni la somme des biens des personnes, mais le bien particulier et le bien de la communauté, bien indivisible de tous, devant être atteint et maintenu par tous. La DSE se fait plus explicite en précisant : « De fait, le bien commun peut être compris comme la dimension sociale et communautaire du bien moral ».

Il y a, d’après la DSE, une interdépendance, une responsabilité de chacun dans la recherche de ce bien, car l’homme seul ne peut se réaliser pleinement par lui-même, ni dans l’appartenance à une unique communauté. Il doit prendre conscience de son appartenance et de sa solidarité avec tout un réseau de communautés, avec lequel et pour lequel il doit chercher sans cesse le bien dans sa forme pratique.

Les exigences pratiques du bien commun concernent prioritairement les domaines suivants, d’après la DSE : L’engagement pour la paix, l’organisation des pouvoirs de l’Etat, la qualité de l’ordre juridique, la sauvegarde de l’environnement, la qualité des services essentiels aux personnes comme l’alimentation, le travail, le logement, l’éducation, les transports, la libre circulation des personnes et des informations, la liberté religieuse.

Au-delà de l’engagement des personnes, les nations sont appelées à concourir au bien commun au niveau international.

Aucune personne et aucune structure ne doit se sentir exonérée de l’obligation de rechercher le bien commun, selon sa compétence et ses capacités.

Cependant, le bien commun n’est pas une fin en soi, il doit être ordonné en vue de la poursuite des fins dernières. Autrement dit, il doit participer à harmoniser et pacifier la vie des hommes afin de leur permettre de se tourner vers Dieu qui est la fin de toute chose.

La destination universelle des biens

La destination universelle des biens place à la source de tous biens, leur créateur, Dieu, qui est l’origine première de tous les biens disponibles, créés donc selon sa volonté. Sa volonté fut de mettre la création à la disposition de tous les hommes sans exception. Cette disponibilité de toute la création pour tous les hommes, est un principe fondamental universel auxquels se subordonnent les principes de la propriété privée ou de la liberté de commerce, tout à fait importants, mais qui doivent demeurer des moyens et non des fins.

La constitution pastoral Gaudium et spes du deuxième concile du Vatican dispose ainsi que : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité. »

Cette manière d’appréhender la possession de biens replace la propriété dans une position usufruitière et non pas possessive. Par ailleurs, elle ouvre les politiques nationales et internationales autant que celles des entreprises et des personnes privées à la nécessité de répartir équitablement les biens et leurs fruits. La DSE estime que la propriété privée est une condition nécessaire du développement humain et de la croissance morale des hommes, c’est pourquoi il appartient aux hommes qui le peuvent de venir en aide aux plus pauvres pour leur apporter cette propriété. De même, au niveau international, les Etats les plus développés, considérant qu’ils ne sont pas les seuls bénéficiaires des biens du monde, doivent soutenir le développement des Etats les plus faibles.

Il va de soit que cette démarche est relative, liée à la conjoncture, aux particularités sociales, économiques, nationales, et nécessite beaucoup d’adaptabilité, mais elle doit de manière générale s’appuyer sur le principe de la « destination universelle des biens ». Dans cette optique, toute possession privée a une fonction sociale, tout propriétaire est un usufruitier.

Le principe de subsidiarité

Il s’agit là du principe le plus ancien de la DSE, développé dès Rerum novarum. Il est également le plus familier pour tous ceux qui s’intéressent à cette question. c’est véritablement un principe d’action.

Il concerne la société civile et les personnes dans la complexité de leurs réalisations sociales. Il constate que les hommes mettent en place, par un effet naturel, des familles, des tissus d’associations culturelles, sportives, charitables, des entreprises privées de tous types, des communautés locales, etc. C’est la société civile vivante, ce sont les « expressions originales de la socialité ».

Le principe de subsidiarité consiste à laisser à chacun de ces échelons inférieurs la liberté d’assumer les actions dont ils sont capables. Les échelons supérieurs, dont le plus important est l’Etat, ne doivent intervenir que dans une optique d’aide, c’est à dire une optique subsidiaire. Ils peuvent devenir plus actifs pour corriger des injustices ou remédier à une crise où les échelons inférieurs sont impuissants, mais cette intervention doit se limiter au strict nécessaire dans le temps et en termes d’actions. Toute action prolongée envahissante serait destructrice des libertés, porterait atteinte à la liberté et la dignité des personnes.

L’encyclique Quadragesimo anno dispose : « De même qu’on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s’acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler de manière très dommageable l’ordre social, que de retirer aux groupements d’ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d’un rang plus élevé, les fonctions qu’ils sont en mesure de remplir eux-mêmes. L’objet naturel de toute intervention en matière sociale est d’aider les membres du corps social, et non pas de les détruire ni de les absorber ».

Le principe de solidarité

La solidarité naît de la conscience de l’interdépendance qui lie les hommes entre eux. Cette conscience a toujours été au niveau local ou national, elle est vraie également au niveau mondial. Il apparaît que les hommes sont liés les uns aux autres et doivent adapter les structures internationales en vue de cette solidarité, qui n’est pas la simple entraide, mais un véritable don.

La solidarité, pour la DSE, est autant un principe d’action sociale qu’une vertu morale qui trouve son sommet dans le don que Jésus Christ fait de sa personne, sur la croix, pour tous les hommes.

Les hommes de notre temps, au nom de la solidarité, doivent prendre conscience qu’il existe une dette commune à l’égard de la société dans laquelle ils s’insèrent, c’est à dire à l’égard des générations passées, des hommes avec lesquels ils vivent, et des hommes de par le monde.

Ultime principe, la DSE estime qu’il est du devoir de chaque personne de participer, à sa mesure, au bon fonctionnement de la société, que ce soit dans l’entreprise, le monde associatif, la culture, l’administration, les familles, etc.

Les valeurs fondamentales de la société

Les grands principes de la DSE s’appuient sur des valeurs fondamentales de la société que l’Eglise définit comme étant le souci de :

– La vérité, c’est à dire vivre dans la vérité, unifier nos vies au nom de cette vérité, y tendre de manière responsable, afin de rendre les rapports sociaux humains plus féconds, plus dignes et mieux ordonnés.
– La liberté,  car elle est dans l’homme un signe de l’image divine, un signe sublime de sa dignité, pour reprendre les termes du compendium de la DSE. « Le droit à l’exercice de la liberté est inséparable de la dignité humaine », pour accepter ce qui est bon ou refuser ce qui est inacceptable.
– La justice, qui selon le catéchisme de l’Eglise catholique « consiste dans la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû ». Il faut, pour cela, reconnaître la personnalité de l’autre et veiller à appliquer, pour lui, la justice dans sa forme générale de régulatrice des rapports sociaux, c’est à dire la « justice distributive », la « justice légale » et la « justice sociale ».

Pour la DSE, la justice n’est pas seulement contractuelle, elle s’appuie sur la charité.

La charité est la vertu théologale la plus étroitement liée aux vertus sociales énoncées par la DSE. Elle leur donne leur sens. La justice, notamment, « doit trouver son complément dans la charité », d’après Jean-Paul II. Elle dépasse même les règlements par la justice qui seuls ne peuvent convaincre les hommes de vivre en paix et dans un esprit de solidarité ou d’équité. Il faut pour cela plus grand, plus haut, c’est la charité.

La charité, pour cela, doit être rendue visible, et traduite dans l’action sociale et politique. Pour ce faire, elle doit irriguer ces actions, et les principes de la DSE.

A suivre… 

Dès que possible, vous découvrirez le septième volet, « La famille, cellule vitale de la société »

 

 

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