Dominique Venner et Hélie de Saint-Marc, deux destins sous le signe de l’honneur

 

(Paras dans le bled algérien)

Un ami du Bloc Notes, qui rend hommage à Hélie de Saint-Marc, nous envoie ce texte, signé sous le nom de plume d’Athos.

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Dominique Venner et Hélie de Saint-Marc,

deux destins sous le signe de l’honneur

 

 

 

 

 

« La vie vaut-elle plus que l’honneur ? L’honneur plus que la vie ? Qui ne s’est pas posé une fois la question ne sait pas ce qu’est l’honneur, ni la vie »

     (Georges Bernanos, Scandale de la vérité)

            Les décès fort dissemblables par leurs circonstances mais assez rapprochés dans le temps de l’historien Dominique Venner et du commandant Hélie Denoix de Saint-Marc donnent à penser sur leurs conceptions de l’honneur. Tous deux ont voulu transmettre à tout prix cette, le premier en se donnant la mort pour nous pousser à réfléchir, le second en témoignant jusqu’à la fin de sa longue vie. Tous deux ont « mis leurs peaux au bout de leurs idées » et préféré, là où ils la voyaient, la voie de l’honneur à celle des honneurs (même si le commandant de Saint-Marc avait également largement reçu les seconds).

            Vivre pleinement et par l’action, jusqu’au dernier instant, tel est le sens à donner à la mort de l’historien Dominique Venner, puisqu’il a voulu donner un sens à cet acte. Cette conception est certes assez étrangère au christianisme et à notre société dite « sécularisée » mais dont la trame, n’en déplaise à ce païen convaincu, reste chrétienne. Comme beaucoup, je le connaissais par sa fameuse Nouvelle Revue d’Histoire et par certains de ses ouvrages, notamment sa biographie d’Ernst Jünger ou Les Blancs et les Rouges, histoire de la guerre civile russe 1917-1921. Je l’avais consulté en 2011 pour une recherche concernant cette guerre, lançant un peu par hasard une bouteille à la mer. Quelle ne fut pas ma surprise de recevoir peu de temps après un gentil message d’encouragement dans lequel il me fournissait sources et coordonnées, s’excusant de ne pouvoir m’aider davantage et concluant le tout par un « bonne chasse» de bon aloi ! C’est alors que j’ai appris au soir du 21 mai dernier la nouvelle de son décès, et surtout dans quelles circonstances il s’était produit. Dominique Venner avait en un sens réussi son coup : lui qui voulait « se donner la mort pour réveiller les consciences assoupies » y était parvenu.

            Rapidement ont fleuri les commentaires qui accusaient de narcissisme M. Venner sous prétexte que les suicidés ne verraient plus rien hors d’eux-mêmes. L’accusation de narcissisme ne tient pas. Dominique Venner ne s’est pas ôté la vie parce qu’il voulait la fin de quelque chose, ainsi que G.K. Chesterton l’affirme dans Orthodoxie à propos des suicidés : il voulait poser un acte régénérateur pour notre civilisation. Il aurait probablement en revanche récusé l’étiquette de martyr qu’oppose Chesterton au suicidé, le terme étant trop chrétien pour lui.

            C’était peut-être éluder le fait que depuis Paul Valéry, « nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » depuis la Grande Guerre, voire depuis le début de notre ère : le Christ n’avait-il pas annoncé que Son Royaume n’était pas de ce monde ? Il est vrai que M. Venner récusait quelque peu son héritage et ceci explique sans doute cela…

            Comme pour chacun d’entre nous, il se posait la fameuse question du sens à donner à sa vie.  En son temps le cinéaste récemment décédé Pierre Schoendoerffer l’avait posée dans son Crabe-Tambour, paraphrasant l’Evangile : « qu’as-tu fait de ton talent ? » M. Venner y a avait déjà répondu dans son autobiographie Coeur rebelle, mais son suicide, qui se veut en un sens édifiant, m’a rappelé celui de quelqu’un d’autre, celui du colonel Jambon, suicidé le 27 octobre 2011 devant le monument aux Morts de Dinan afin de dénoncer l’indifférence des autorités face au triste sort des Hmongs au Laos. Connus sous le nom de Méos, ils furent nos efficaces alliés pendant la guerre d’Indochine et furent abandonnés à leur sort après notre départ. Le colonel Jambon avait refusé toutefois dans une lettre de qualifier son geste de suicide, écrivant que ce n’est « pas un suicide mais un acte de guerre visant à secourir nos frères en danger de mort ». Le Comité monument Indochine, chargé du monument de Dinan, avait alors qualifié cette histoire « d’affaire privée ». C’est le risque que court Dominique Venner, le ministre de l’Intérieur ayant refusé de considérer la dimension politique de cet acte et s’en tenant au registre de l’émotion…

            Le commandant de Saint-Marc n’a pas voulu courir ce risque. Il a fait le choix de témoigner dans ses nombreux ouvrages jusqu’au bout, tant que Dieu lui aura prêté vie. Après la traumatisante épreuve de Buchenwald, après le départ de Talung, au Tonkin, où il considérait qu’il avait lâché ses partisans vietnamiens, il a tenu à respecter la parole qu’il avait donné à ses hommes en s’engageant dans ce qu’il appelait la « révolte militaire » d’avril 1961. En effet il avait suivi le général Challe non pas pour s’emparer du pouvoir par un putsch, mais pour réveiller les consciences et rester fidèle à son engagement et à celui de l’Armée alors que le gouvernement faisait volte-face. Accusé, condamné, emprisonné, il avait souffert d’être méprisé pour son action et avait préféré se taire. Après de longues années de silence, il a fait toutefois le pari de l’avenir en expliquant inlassablement son geste, d’une voix douce où perçait une pointe d’ironie. Il a réussi en étant réintégré dans ses honneurs et en acquérant une stature de vieux sage qui voulait inspirer les jeunes gens en leur rendant l’espoir dans notre sombre époque, leur écrivant encore récemment une lettre. Le geste de Dominique Venner peut ainsi se comprendre à la lecture d’un extrait de celle-ci : tous deux sont restés fidèles jusqu’au bout à ce qu’ils croyaient juste et ils ont eu le courage d’agir de la manière qu’ils ont jugée appropriée, et en cela, ils étaient deux hommes d’exception devant lesquels on ne peut que s’incliner.

« A mon jeune interlocuteur,

 

je dirai donc que nous vivons une période difficile où les bases de ce qu’on appelait la Morale

et qu’on appelle aujourd’hui l’Éthique, sont remises constamment en cause, en particulier dans les domaines du don de la vie, de la manipulation de la vie, de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines, de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir.

 

Oui, nous vivons une période difficile où l’individualisme systématique, le profit à n’importe quel prix, le matérialisme, l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile où il est toujours question de droit et jamais de devoir

et où la responsabilité qui est l’once de tout destin, tend à être occultée.

 

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela, il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine. Il faut savoir, jusqu’au dernier jour, jusqu’à la dernière heure, rouler son propre rocher. La vie est un combat, le métier d’homme est un rude métier.

Ceux qui vivent sont ceux qui se battent.

 

Il faut savoir que rien n’est sûr, que rien n’est facile, que rien n’est donné, que rien n’est gratuit.

Tout se conquiert, tout se mérite.

Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

 

Je dirai à mon jeune interlocuteur que pour ma très modeste part, je crois que la vie est un don de Dieu et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît comme l’absurdité du monde,

une signification à notre existence.

 

Je lui dirai qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves, cette générosité, cette noblesse, cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde, qu’il faut savoir découvrir ces étoiles, qui nous guident où nous sommes plongés au plus profond de la nuit et le tremblement sacré des choses invisibles.

 

Je lui dirai que tout homme est une exception, qu’il a sa propre dignité et qu’il faut savoir respecter cette dignité. Je lui dirai qu’envers et contre tous il faut croire à son pays et en son avenir.

 

Enfin, je lui dirai que de toutes les vertus,

la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres,

de toutes les vertus, la plus importante me paraît être le courage, les courages,

et surtout celui dont on ne parle pas et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.

 

Et pratiquer ce courage, ces courages, c’est peut-être cela «l’Honneur de Vivre».

 

Hélie de Saint Marc

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Une réflexion sur “Dominique Venner et Hélie de Saint-Marc, deux destins sous le signe de l’honneur

  1. DEVOIR DE MEMOIRE HOCINE LOUANCHI

    HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE

    lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news

    En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l’époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l’Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l’ isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd’hui se décide à parler.

    35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.

    Sur radio-alpes.net – Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) – Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone…émotions et voile de censure levé ! Les Accords d’Evian n’effacent pas le passé, mais l’avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)

    Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net

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