Les Veilleurs à la Concorde, un succès

File:Ubu-Jarry.png

(Ubu roi, Alfred Jarry)

Les Veilleurs ont remporté leur pari. En dépit de l’interdiction de se rassembler, en dépit de toutes les embûches qui furent mises sur leur chemin, ils ont pu tenir leur rassemblement comme prévu, à la Concorde. Combien étaient-ils ? 5000 d’après eux, 700 d’après la police. Votre serviteur, qui veillait pour la première fois, vous répondra 2000 et vous dira que de toute façon, ce n’est pas très important.

Votre serviteur veillait pour la première fois, pour deux raisons :
– D’abord en soutien à ceux qui arrivaient sur Paris après des centaines de kilomètres de marche.
– Et puis parce que le rassemblement était interdit…

Arrivé vers 19h sur la place de l’Etoile, à pieds, les stations Etoiles, Champs-Elysées et Concorde étant fermées, j’ai pu assister à une situation tout à fait ubuesque. Des cars de CRS bloquaient l’avenue des Champs Elysées, arrêtant la circulation, des colonnes de CRS descendant de tous côtés, mais laissant passer les veilleurs, par petits groupes, pourtant tout à fait identifiables, et se rendant tranquillement place de la Concorde. Tant de moyens policiers pour rien ? C’est possible.

Place de la Concorde, trois groupes commençaient à se former, l’un près des Tuileries et deux autres sur les terre-pleins qui ouvrent la place en descendant les Champs. Près des jardins du palais de l’Elysée, des barrières de sécurité empêchaient toute approche sur plus d’une vingtaine de mètres. Bloquant tout accès vers l’Assemblée nationale, un très imposant groupe de CRS se tenait prêt à agir. Des fois que les enfants de moins de cinq ans, ivres de vengeance, ne courent vers le Palais Bourbon…

Quelques centaines de veilleurs étaient déjà dispersés sur la place, tandis que les CRS formaient un cordon pour empêcher de nouveaux arrivants de s’agréger au groupe.

Vers 20h50, nous vîmes passer des fourgons de gendarmes mobiles. Un CRS aimable nous avouait les chiffres de cet important dispositif, 500 CRS et gendarmes mobiles. Je n’ai pu m’empêcher de lui répondre : « Tout ça pour nous ? Il ne fallait pas ! »

Un officier de police ayant saisi son mégaphone pour demander aux veilleurs de se déplacer vers le terre-plein central près des Tuileries, sa somation n’eut qu’un effet, faire asseoir par terre, d’un coup, au moins 300 veilleurs… C’est finalement Ludovine de la Rochère, nouvelle présidente de l’association La Manif pour tous, qui, ayant pris le mégaphone, obtint de la foule qu’elle se levât et se mit en route pour la destination assignée par la police. Traversant la place nous étions encadrés, sur notre droite, par une ligne continue de fourgons de gendarmes mobiles, et sur notre gauche d’un cordon de CRS se tenant par la main, afin d’éviter que tout nouveau veilleur n’intègre le groupe, et que tout veilleur ne puisse s’échapper par les rues pour aller veiller devant le ministère de la justice ou autre.

Nouvel échange entre les policiers et votre serviteur :
« Grâce à nous, vous faites la ronde en vous tenant tous par la main. »

Arrivés sur place nous avons pu être rejoints par d’autres groupes épars, notamment des veilleurs enfermés dans le jardin des Tuileries, tandis que les CRS formant la ronde nous quittaient, s’éloignant sur les bords du terre-plein, déclenchant chez votre serviteur et un de ses amis, cet échange à haute voix, vers nos amis de la maréchaussée :
« Mais vous nous abandonnez. »
« Nous sommes orphelins. »
« Qu’allons-nous devenir? »

21h30, la veillée pouvait commencer.

2000 veilleurs environs, assis au sol, purent écouter les témoignages de marcheurs, un largo de Bach, un Allelulia médiéval, des lettres et extraits d’Hélie Denoix de Saint-Marc, à l’honneur ce soir-là, chanter à leur tour le canon de la paix, etc.

Ambiance recueillie, attentive, y compris chez certains CRS, tandis que les gendarmes s’éloignaient vers d’autres missions, espérons plus utiles au maintien de la paix en France.

Les veilleurs ont montré leur détermination, ils ont montré que l’infraction pacifique aux lois, au nom de principes supérieurs, était payante, à condition qu’elle se fasse dans le respect des personnes et avec une petite dose d’impertinence.

Après une gestion ubuesque de la situation, la préfecture a fait preuve d’une souplesse louable.

Cette première veillée parisienne laisse bien augurer de la suite.

Eh ! Bien, continuons notre combat alors.

Que ce soit en veillant, en écrivant, en organisant des conférences, en s’inscrivant dans des mouvements politiques, en participant aux élections, que chacun d’entre nous fasse son devoir.

…………………….

Quelques photos de la veillée, récupérées sur le site du Salon Beige :

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s