Formation dans l’enseignement catholique, un défi à relever

(L’aube se lève-t-elle pour l’enseignement catholique ? )

A l’occasion de deux entretiens récemment donnés aux journaux La Croix et La Vie, le nouveau secrétaire général de l’enseignement catholique, Pascal Balmand, a évoqué les axes majeurs de son mandat, notamment l’application du nouveau statut de l’enseignement catholique, qui replace l’évangile et la doctrine sociale de l’Eglise au cœur du projet des écoles. Il a également insisté sur la nécessité de réfléchir aux contenus d’enseignement. C’est un pavé dans la mare !

Traditionnellement, l’enseignement catholique a toute liberté de manœuvre dans l’organisation de la vie scolaire, comprenez le fonctionnement administratif, la cantine, le règlement intérieur et la pastorale, mais doit laisser au ministère le contrôle de la pédagogie et du contenu des enseignements. Cette tradition est si bien ancrée que les enseignants eux-mêmes, bien qu’œuvrant dans l’enseignement catholique, regardent avec suspicion, voire s’opposent à toute intrusion du chef d’établissement dans leurs enseignements. En somme, à chacun sa place, au risque de créer des établissements à deux vitesses, entre l’aumônier adepte des opérations sacs de riz pour le Bénin et le professeur de sciences naturelles défenseur du nouveau programme incluant les gender studies, en passant par le professeur d’histoire communiste (il y en a encore)…

C’est donc sur cela que veut revenir Pascal Balmand ? On peut supposer que oui.

Voici ses propres termes dans l’entretien du 25 août avec La Croix :

« Il me semble nécessaire d’ouvrir le chantier des contenus d’enseignement. On tend à considérer que c’est le fonctionnement des établissements qui est catholique, et non ce qui y est enseigné. Mais il nous faut aujourd’hui travailler sereinement à une définition de ce que pourraient être des enseignements ajustés à notre proposition éducative.

Affirmer qu’il y aurait une histoire-géographie ou des mathématiques catholiques n’aurait bien sûr strictement aucun sens, et il ne s’agit évidemment pas pour moi de prôner quelque forme d’endoctrinement que ce soit. Mais il importe moins d’accumuler des notions utilitaristes que de partager une culture qui aide à vivre.

Dans cette optique, je crois possible de réfléchir à des contenus cohérents avec notre projet chrétien d’éducation. Un professeur de maths peut, par exemple, prendre le temps d’expliquer – c’est prévu dans les programmes – que sa discipline est, comme tout savoir humain, une construction de l’esprit et qu’elle évolue, avec ses avancées, ses controverses. Il s’agit donc d’apprendre aux élèves le sens critique pour les affranchir d’une culture matérialiste et les aider à construire leur liberté. »

Dans la pratique comment faire ?

Un chef d’établissement énergique et habile saura toujours se faire entendre de ses enseignants les plus rétifs, mais quid des chefs d’établissements plus timorés ? Quid de ceux qui ont poussé l’affadissement jusqu’à se retirer complètement de l’aspect pédagogique de leur charge et jusqu’à édulcorer le caractère chrétien de la vie scolaire, faute de soutiens suffisants dans l’équipe enseignante ? Il semble que le défi soit difficile à relever dans ces conditions. D’autant plus que les enseignants étant recrutés sur concours, les établissements recrutent ce qu’on leur propose parmi les lauréats, c’est à dire des maîtres bien souvent agnostiques, athées, chrétiens affadis et indifférents quand ce n’est pas hostiles. Enfin, notons que les professeurs, dans l’enseignement catholique, une fois titulaires, peuvent occuper le même poste toute leur carrière, s’ils le désirent, sans que le directeur puisse obtenir la moindre mutation en cas d’incompatibilité avec le projet de l’établissement ou le reste de l’équipe éducative…

Pour changer cet état de fait, l’enseignement catholique a deux voies :

– Revenir sur le contrat d’association avec l’Etat et retrouver toute liberté de manœuvre. Mais cette solution hardie sonnera la mort de l’enseignement catholique qui n’a pas les moyens d’assurer seul la scolarisation de ses deux millions d’élèves et l’emploi de ses 140 000 professeurs. Elle sera également une catastrophe budgétaire pour l’Etat, bien heureux de ne pas avoir à entretenir ces 8000 établissements scolaires.

– Une autre solution, plus longue à mettre en oeuvre, mais plus en accord avec la réalité du terrain, consiste à reprendre la main sur les leviers à disposition de l’enseignement catholique.

Ces leviers sont la formation des maîtres, assurée par lui dans le cadre de ses instituts de formation universitaire, de formation initiale pour les jeunes lauréats, de formation continue pour les titulaires, et de ses préparations aux concours. En effet, dans ce domaine, c’est l’enseignement catholique qui choisit les formateurs. Un certain laxisme dans le recrutement a conduit à ouvrir grands les bras aux volontaires sans s’intéresser à la cohérence de leur vie ou de leur enseignement avec le projet catholique des écoles. Un recentrement vers des formateurs chrétiens ou en accord réel avec les principes du statut de l’enseignement catholique permettrait, par leur biais, de familiariser les futurs maîtres ou les enseignants en exercice avec les possibilités chrétiennes d’enseigner.

Il est évident que cette démarche sera longue à mettre en place, car la main d’oeuvre adaptée est peu abondante et les formateurs en place le resteront jusqu’à leur retraite ou leur départ volontaire. Mais existe-t-il d’autres voies ? C’est peu probable.

Une autre action doit être le souci de nommer des chefs d’établissement porteurs autant d’une excellence académique que d’un zèle évangélique. On a peut-être trop privilégié, par le passé, des chefs d’établissement volontaires sans se poser la question de leur capacité à gérer un ensemble scolaire à la source de l’évangile.

Il faut noter que, sur ce deuxième point, la tendance est, depuis une dizaine d’années maintenant, à la nomination de chefs d’établissement plus en accord avec cette exigence chrétienne de la direction. Il est évident que c’est un point central pour pousser à cette approche des contenus d’enseignement, qui ne pourra vraiment être répandue qu’après la rechristianisation des corps de professeurs formateurs.

Enfin, troisième chantier possible, parallèlement aux enseignants certifiés par l’Etat, l’ouverture plus large du recrutement de suppléants et de professeurs hors contrat.
Les suppléants sont, en effet, recrutés avec une totale liberté par le chef d’établissement, mais son vivier est assez restreint. Cependant c’est dans ce vivier qu’il pourra trouver plus facilement des personnalités chrétiennes et les soutenir vers les concours de l’enseignement qui sécurisent le poste occupé.
Les professeurs hors contrat, eux, sont la solution de la liberté complète de l’établissement, mais ne peuvent, hélas, être généralisés, à cause du coût important que représente leur salaire, à la charge intégrale des écoles.

Vaste chantier en somme, mais dans la ligne du nouveau statut de l’enseignement catholique, et le seul qui permettra à l’institution d’aborder sereinement les bouleversements éthiques actuellement en cours, dont les gender studies ne sont qu’un aspect parmi d’autres.

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