Guerre hors la loi, guerre de voyous

(L’Assemblée générale de l’ONU, garante de la paix du monde…)

Après un mois d’inactivité, il est temps pour le bloc notes de reprendre vie.

La presse internationale a annoncé ce 22 août au soir le début des opérations de commandos rebelles vers Damas. Ces unités ont été formées par les Américains en Jordanie et il se joindrait à elles des membres des services spéciaux américains et israéliens. Ce n’est pas un secret pour celui qui s’intéresse à ces questions, qu’il y a en Syrie, depuis le début de la révolte contre le régime d’Assad, des agents russes et chinois du côté du régime, français, anglais, américains et israéliens contre lui, agissant du côté des djihadistes. 

Ce sont des actes de guerre que nos forces mènent discrètement dans le territoire syrien. C’est ni plus ni moins une violation de la souveraineté syrienne et une ingérence dans une guerre civile. Bien sûr, on évoquera le caractère dictatorial du régime en place, son usage de la terreur comme principe de gouvernement. Mais ce sera oublier un peu vite que la rébellion ne vaut guère mieux et que les intérêts stratégiques des puissances impliquées dans la région sont loin d’être nets. Ce qu’il faut retenir c’est que nous menons des opérations de guerre sans déclaration de guerre, ce qui ressemble, d’une certaine manière, à du banditisme d’Etat.

Il faut savoir raison garder et noter que nos forces n’attaquent que des objectifs militaires. Cependant, il faut s’interroger sur l’usage que les rebelles font des armes que nous leurs livrons et de la formation que nous leur donnons. Il n’y a pas de guerre propre, mais pouvons-nous en bonne conscience contribuer à une guerre sale, à la déstabilisation d’une région déjà très sensible et dont nous ne savons pas comment elle peut dégénérer ? Nous déstabilisons la Syrie, mais ne vaudrait-il pas mieux consacrer toute cette belle énergie à stabiliser le Liban et à laisser les rebelles se débrouiller avec Assad ?

Cette question de ce que nous appelons une sorte de banditisme d’Etat, disons une guerre de barbouzes, n’est pas neuve. C’est ainsi que dans un passé récent nous avons soutenu la rébellion en Libye avant d’y intervenir nous-mêmes. C’est de la même manière que nous avons soutenu les Croates et les Bosniaques, puis les Kosovars contre le pouvoir serbe. C’est de la même manière enfin que nous intervenons régulièrement dans les affaires intérieures d’Etats africains parmi nos alliés.

A chaque fois nous nous sommes immiscés dans des guerres civiles, nous avons violé la souveraineté d’Etats et contribué à la déstabilisation du pouvoir en place, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

Le cas des interventions en Afrique est particulièrement intéressant car la France est liée à la plupart de ses anciennes colonies par des accords de défense. Or, si nous les appliquons fréquemment dans le cadre de la coopération pour former l’armée du Gabon ou combattre la guérilla au Tchad et au Mali, nous les trahissons lorsque nous organisons en Côte d’Ivoire, au Congo ou en Centrafrique la chute d’un dictateur que nous appelions peu de temps auparavant notre allié et notre ami. Certes, il s’agit de faire de la Realpolitik. Mais à chaque fois nous agissons sans dénoncer les accords passés, sans déclarer de guerre en choisissant un parti contre un autre. Nous entrons dans ces pays comme si nous y menions des opérations de police chez nous, ou des opérations clandestines à l’étranger. Ces opérations contribuent à la paix du monde parfois. A la préservation des intérêts directs des grandes puissances occidentales plus souvent.

Dans tous les cas ce sont des méthodes pleines de réalisme mais qui manquent d’honneur et qui ne manquent pas d’irriter les hommes d’Etat qui nous faisaient confiance, ont financé les campagnes de tel et tel de nos dirigeants, et finalement sont tombés parce que nous le voulions. Après cela, pouvons-nous parler de démocratie ou de droits humains ? Ce n’est pas sûr. De plus, ces opérations de court termes n’étant pas suivies, la plupart du temps, d’une présence au sol suffisante dans le temps, faute de moyens, nous laissons derrière nous des Etats déstabilisés, où le parti vainqueur se livre à l’épuration des vaincus. Mais l’Occident est pris au piège. Il mène des guerres d’intérêt sans avoir les moyens d’occuper le terrain. De toute façon, s’il le faisait, ne l’accuserait-on pas de colonialisme ?

Cette pratique peu honorable de la guerre de barbouzes est le fait des grands. Il est évident que si une puissance de second ordre s’avisait de semer le même désordre chez nous, en Occident, nous aurions tôt fait de lui faire payer son impudence.

Cette pratique est aussi la conséquence de l’angélisme onusien qui, en mettant la guerre hors la loi, a condamné les grandes puissances à faire la guerre sans plus jamais la déclarer ou la conclure, c’est à dire à faire des guerres sans la base même des lois de la guerre, que nous respectons par ailleurs dans le déroulement des opérations.

Enfin, le souvenir des deux derniers conflits mondiaux est la deuxième grande raison de ces pratiques de barbouzes. Des déclarations de guerre selon les formes du droit international entraîneraient par ricochet la mise en route des jeux d’alliances qui lient la plupart des Etats du monde. Le conflit serait vite général. C’est pour éviter que les grandes puissances se fassent des guerres meurtrières à cause du corset des traités, qu’elles violent elles-mêmes les traités en menant des guerres souterraines qui  n’engagent pas le droit.

Il y a ainsi comme une fatalité du conflit souterrain. Les grandes nations sont obligées de mener des conflits de traîtres qui violent la souveraineté des Etats, qui envoient des forces spéciales former des séditieux, montent des commandos pour faire chuter des chefs d’Etats jadis amis devenus ennemis, sans jamais prendre la peine de déclarations publiques ou d’explications. Ces conflits doivent être menés ainsi parce que les crânes chauves de l’ONU ont décidé de mettre la guerre hors la loi. Ces conflits doivent être menés ainsi parce que le système des alliances hérité de la guerre froide et de la décolonisation est toujours en place, avec ses vieilles rivalités à peine endormies. Mais la conséquence en est une conflictualité latente permanente dans le non-dit.

Il n’y a plus de guerres, mais la guerre n’a jamais cessé. Voilà le résultat du mélange hasardeux de l’angélisme pacifiste et de la Realpolitik souterraine.

Nous n’avons pas fini de compter les morts. Car si les démocraties ne se font plus la guerre, elles la font plus que jamais en soutenant les mercenaires, les séditieux et les tyrans d’un jour.

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