Curie et cuisine. Pas de salades !

(L’assassinat de Jules César, Vincenzo Camuccini, 1771-1844)

La révélation des pratiques homosexuelles et pornographiques du prélat nommé à la direction de transition de l’IOR, l’institut pour les oeuvres religieuses, la banque du Vatican, montre que la réforme du gouvernement interne de l’Eglise sera sans doute plus difficile encore qu’on ne pouvait l’imaginer.

En effet, il est apparu que le pape François a été abusé, dans cette nomination. Pensant placer un homme de confiance, il a institué un prélat débauché et sans scrupule. Le dossier qui avait atterri sur le bureau pontifical était tout simplement tronqué. Tronqué parce que le diplomate nommé à la direction de l’IOR, remplaçant un autre évêque corrompu, disposait de puissantes protections ayant cru bon de préserver cette personnalité trouble. Fort heureusement pour le pape François, il y a quelques honnêtes clercs au Vatican… Quel sera le sort du nouveau directeur de l’IOR ? On ne le sait pas encore. Peu importe à vrai dire. Car s’il est sodomite, le Borgia n’en est peut-être pas moins un bon administrateur. Ce qui est grave, véritablement, ici, c’est que les conseillers proches du pape ont cru bon de lui cacher des éléments graves de la vie d’un religieux appelé à manier des milliards et à dialoguer avec les plus importantes institutions bancaires du monde.

Cela signifie tout simplement que dans une mesure que l’on ne connaît pas, une partie de l’administration centrale du Vatican n’est pas sûre, n’obéit pas de façon loyale au souverain pontife. En termes de gouvernance, cela veut dire que si le pape tempête, ordonne et décide, il est possible que cela soit dans le vide et que le soufflet retombe une fois passé le vent du boulet.

Quels sont les services touchés ? On ne le sait pas. Sans doute pas la Congrégation pour la doctrine de la foi, dont les membres ont tous été nommés par Ratzinger-Benoît XVI, préfet de cette administration pendant 20 ans, puis pape spécialement intéressé à ces questions. Sans doute pas non plus la congrégation pour le clergé, en charge des nominations d’évêques, dirigée par des cardinaux intègres depuis des années.

Mais il y a plus à craindre du côté de l’administration de la maison pontificale, de la gestion du patrimoine, des réseaux diplomatiques. En effet, c’est de ces structures que proviennent les prélats véreux ou débauchés dont les agissements ont défrayés la chronique ces derniers temps.

En somme, si le pilier spirituel et hiérarchique du Vatican semble solide, le pilier de la gestion d’Etat, le plus proprement gouvernemental, apparaît comme sujet à plus d’inquiétudes.

Les conséquences de cette mollesse de gouvernement peuvent être graves. En effet, en décrédibilisant le gouvernement pontifical en temps qu’appareil d’Etat, en atténuant la portée de la parole du pape par la force d’inertie de sa propre administration, cette chienlit affaiblit le poids du pape comme chef d’Etat et la portée de sa gouvernance de l’Eglise universelle.

Ce n’est pas de la collégialité dont il faut avoir peur, mais du pourrissement de la vieille cour, dont ni Jean-Paul II, ni Benoît XVI n’ont pu venir à bout. L’esprit de la « conbinazione » du grand siècle a perduré. Mais ce ne sont plus des prélats aristocrates qui la mènent, ce sont des bourgeois mal dégrossis, clercs ou laïcs. En s’attaquant à ce monstre ramollit, le pape François rend certainement à l’Eglise un service aussi important que toutes les campagnes possibles d’évangélisation.

Si la curie est efficacement réformée, si sa gouvernabilité s’améliore, si des hommes intègres remplacent enfin les vieux monsignors madrés, alors c’est tout le gouvernement de l’Eglise universelle, bien au-delà des limites du Vatican, qui s’en trouvera régénéré. A quoi sert-il de produire des encycliques, des motu proprio, des lettres apostoliques, des constitutions disciplinaires qui ne sont pas appliqués ? A quoi cela sert-il si le Vatican lui-même n’en donne pas l’exemple, apte à convaincre les prêtres et les évêques dans le monde. A quoi cela sert-il si l’administration vaticane, ralentie et affaiblie n’est pas en mesure de se faire obéir.

Il ne faut pas se mentir. La réforme de la curie n’est pas une affaire de cuisine interne. Elle intéresse au plus haut point l’Eglise universelle et l’annonce de la Parole de Dieu.

Début octobre le groupe de cardinaux nommés par le pape François pour réfléchir à la réforme de la curie rendra ses premières conclusions. Espérons qu’elles seront satisfaisantes et que François ira jusqu’au bout. S’il baissait les bras, il y a fort à parier qu’Auguste finisse comme César.

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