L’empire européen, une idée folle ?

(Armes impériales de la famille de Habsbourg)

Une idée folle m’a été soufflée à l’oreille il y a quelques jours. Et si l’Europe devenait un empire ? Mon sang de patriote n’a fait qu’un tour ! Comment ! L’Europe ! Un empire ! Mais ce serait la fin de la nation française ? Peut-être n’est-ce pas si sûr. Et peut-être cette folie est-elle pleine de bon sens.

L’Union européenne, actuellement, est une sorte de créature protéiforme. Elle est une construction supra-étatique ne respectant aucun principe du bon gouvernement, laissant des domaines stratégiques aux mains des Etats alors que leur gestion trans-nationale serait bien plus profitable au bien des peuples, s’occupant a contrario du calibrage des œufs de cailles dans les exploitations agricoles, ou de la température des bacs à glaces sur les étals des poissonniers. Mais d’une autre main, cette formidable machine à créer des normes de plus en plus embarrassantes en dépit du bon sens, est également d’une incroyable impuissance, lente à réagir, incapable de se protéger sur ses frontières. Cela est dû à la nature diplomatique de cette construction, véritable mécano de traités signés entre Etats souverains. L’art de la diplomatie n’est pas de rechercher le bien commun de l’ensemble, mais de mettre tout le monde d’accord, sur le principe de l’unanimité, en négociant selon les intérêts de chaque partie, mais pas selon leur intérêt commun. Ce mode de négociation paralyse terriblement la structure européenne, limite la cohésion de l’ensemble, donne naissance à des traités épais de plusieurs centaines de pages, largement inapplicables. L’Europe est également, dans ce contexte, une immense pompe, perceptrice et redistributrice de fonds. Cette captation-distribution d’argent permet d’entretenir des projets industriels, technologiques ou agricoles, mais elle constitue surtout le principal, si ce n’est le seul attrait de l’Union européenne. Cette immense pompe à sous est courtisée par les petits Etats de l’Est de l’Europe. Mais ils la dénaturent. Leur adhésion malsaine, car intéressée, déstabilise l’ensemble géographique de l’Union en lui donnant une sorte d’excroissance à l’Est alors que son centre n’est pas stabilisé et équilibré, elle appauvrit l’ensemble de l’Union et limite la puissance de ses fonds d’investissements en dispersant trop leur répartition, elle fait entrer dans cette construction politique des Etats aux intérêts si dissemblables que les compromis politiques nés de leur adhésion ou de leur participation à l’institution seront forcément néfastes au tout.

Une des limites majeures de la construction européenne réside dans cette prégnance des intérêts nationaux mal compris dans toutes les négociations. Nous disons mal compris car ils occultent l’intérêt commun de ces nations et de ce fait enchaînent leur souveraineté. C’est l’absence de longueur de vue, l’absence de cohérence dans les choix qui a conduit peu à peu les nations membres de l’Union européenne à saucissonner leurs prérogatives nationales dans un indescriptible désordre, abandonnant des leviers de décisions, conservant les moyens d’action, déléguant des compétences mineures, conservant des particularités qu’il conviendrait de régler au niveau européen comme la surveillance des frontières (Frontex est largement en-dessous de ses objectifs).

Des Etats organisés en un ensemble régional cohérent, oubliant leurs égoïsmes, défendraient de façon bien plus efficace leurs souverainetés particulières tout en donnant naissance à une Union forte, c’est à dire capable de les protéger. La limite de l’Union est son absence totale de vision du bien commun européen faute d’un gouvernement dégagé des égoïsmes  nationaux.

En mettant l’Union entre les mains de dirigeants nationaux sans stabilité supérieure à six mois pour la présidence, quelques trop courtes années pour les commissions, on place les intérêts égoïstes des lobbys particuliers des nations au niveau où il faudrait les oublier pour protéger l’ensemble et tenir compte de chacune des composantes de cette union. En voulant faire de la diplomatie classique pour un objet politique nouveau, on désarme les Etats par des chicanes dans les traités sans les protéger au niveau européen. En somme, on désarme les nations sans créer une Union forte, et tout se perd, aussi bien les souverainetés que le projet européen.

L’Union a bien sûr réalisé quelques projets d’ampleur. L’agriculture française n’existerait plus sans la PAC (même si le revers de la médaille est l’incapacité de cette agriculture à se moderniser, parce que trop assistée.). Le projet Airbus ne pourrait pas rivaliser avec Boeing sans l’Union. Si Frontex fonctionne mal, il assure tout de même un contrôle relatif du flux migratoire illégal. Gallileo a parfaitement remplacé Ariane en lui donnant une ampleur nouvelle. Les fonds donnés à la revalorisation de nos vieilles régions industrielles du Nord, de la Ruhr ou de la Lorraine les ont sauvé de la ruine. Nous pourrions continuer la liste des réalisations européennes, faites avec l’argent des nations. Si la France donne beaucoup dans la construction européenne, elle reçoit également en retour.

Mais ces réalisations ne doivent pas faire oublier l’ouverture des frontières à tous les vents dans Schengen, la désindustrialisation liée à un libéralisme obtus et technocratique, l’absence de diplomatie et de politique de défense claire qui pénalise toutes les nations membres, la mollesse de réaction de nos gouvernants face aux aléas économiques, faute de pouvoir maîtriser le levier monétaire, l’absence de cohérence géographique et humaine de l’ensemble européen créé, des Highlands à la Prusse orientale. Cette pieuvre sans âme broie les nations sans rien créer de neuf.

C’est ici qu’intervient l’idée d’empire. Rêver de détruire l’Union est une chimère. Les liens tissés entre les nations dans le cadre institutionnel européen sont trop forts désormais pour les distendre sans créer une crise économique et politique majeure, pouvant faire basculer certains Etats fragiles comme la Grèce, l’Espagne ou le Portugal dans la guerre civile. Vouloir maintenir l’Union telle qu’elle est aujourd’hui, c’est vouloir continuer à exacerber les égoïsmes nationaux représentés jusqu’au plus haut niveau, c’est laisser libre cours à des groupes de technocrates n’ayant aucune notion de la subsidiarité, ni du bien commun, chacun se mêlant de tout et n’importe quoi dans ce magma diplomatique où les repères politiques et de bon sens sont brouillés. Ces deux versants conduisent à la désagrégation des nations sans Europe forte.

Une solution envisageable est la mise en orbite au-dessus des partis et des égoïsmes nationaux de la tête de l’Union européenne. Il s’agit d’imaginer une forme politique qui permette de créer un exécutif européen promouvant une vision globale de l’Union, mais également une vision respectueuse des peuples et des patries. Pour cela il faut détacher l’exécutif des nationalismes, des diplomaties particulières, des lobbys, des technocrates sans âmes. Il faut également donner à cet exécutif la longévité qui seule crée les attachements. Il semble que la transformation de cette fonction temporaire et fruit de négociations diplomatiques acharnées entre Etats en une magistrature perpétuelle, non plus élue ni nommée, la placerait en situation d’arbitrage au-dessus des égoïsmes et des pressions passagères, en situation de rechercher le bien commun de l’ensemble, indissociable de celui des peuples, car la survie de cette magistrature serait liée au bon équilibre du groupe.

Cette magistrature d’essence monarchique serait en quelque sorte une magistrature impériale. Il va de soit que nul souverain européen, nul dirigeant européen actuel n’est en mesure d’exercer cette fonction, car tous sont trop liés à leurs nations où ils exercent déjà des missions de gouvernement.

Une famille est encore en situation d’assurer cette fonction, c’est la maison de Habsbourg, dont le défunt chef, l’archiduc Otto, était connu comme une grande figure européenne et chrétienne. C’est la seule famille à avoir le cœur assez humain et européen pour donner à l’Union ce souffle de véritable unité pacifiée qui lui manque, pour garantir aux nations une politique désintéressée qui les protégera.

Devant la fermeture d’esprit des ronds de cuirs tant Bruxellois que des divers Etats, cette idée semble un rêve de doux dingue. Mais une chose est certaine ; dans sa trajectoire actuelle, l’Union européenne avance vers la dilution dans un super-marché économique où la structure politique joue le rôle de grand argentier soutenant les projets, distribuant les fonds, percevant les contributions. Cet ensemble sans âme, ouvert à tous les vents, entraîne à sa suite les nations en péril. Pour sauver les Etats, il ne semble pas qu’il y ait d’autres solutions que de donner à l’Union européenne cette âme qui lui manque, ce souci du bien commun qui n’existe que chez les gouvernants placés à l’écart du tumulte.

C’est une folie sans doute. Mais pourquoi ne pas la rêver ? 

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