Doctrine sociale de l’Eglise (IV), la mission de l’Eglise

(Père Blanc enseignant en Afrique. La mission vivante de l’Eglise)

Au cœur de l’été, quelques centaines de veilleurs debout nous montrent la valeur de la permanence de l’engagement. A notre manière, continuons notre marche, avec ce quatrième volet sur la DSE.

La DSE s’inscrit au centre de la mission de l’Eglise auprès des hommes. En effet, sa mission n’est pas celle d’une annonce désincarnée et lointaine de l’évangile, mais d’une présence active et consolante auprès des hommes. Le compendium de la DSE dispose ainsi que « L’Eglise, qui participe aux joies et aux espoirs, aux angoisses et aux tristesses des hommes, est solidaire de tout homme et de toute femme, en tout lieu et en tout temps, et leur apporte la joyeuse nouvelle du Royaume de Dieu qui, par Jésus-Christ, est venu au milieu d’eux. »

Il s’agit avant tout d’annoncer l’évangile. Ainsi, la mission de l’Eglise est religieuse et non pas politique ou économique. Mais cette mission religieuse s’incarne par une sollicitude active. La DSE parle d’une « fécondation » du  monde par l’évangile en impliquant la société dans la mission d’humanisation des relations et du monde qui est prônée par l’Eglise. L’Eglise, de ce fait, a un droit et un devoir.

Elle a le droit, comme maîtresse de sagesse et de vérité, de s’adresser au monde dans des sujets concrets de la vie des hommes sous l’éclairage de l’évangile et de son exigence. Ce droit est aussi un devoir impérieux. Elle ne peut se taire. En annonçant sa doctrine sociale, l’Eglise reste au cœur de son oeuvre évangélique car, comme le rappelait Jean-Paul II, la société des hommes est « la première route et la route fondamentale de l’Eglise. »

Cependant, elle doit rester dans son domaine de compétence. C’est à dire que l’annonce de sa doctrine sociale peut s’insérer dans tous les domaines, mais l’action concrète est l’oeuvre de missionnaires laïcs ou ecclésiastiques, hors du domaine de compétence du magistère, qui lui ne saurait faire de la politique ou de l’économie, mais vivifier ces secteurs par la Parole de Dieu.

Pour annoncer ce message missionnaire, l’Eglise s’appuie sur deux types de savoirs :

– Son savoir propre, à partir de l’Ecriture et de la tradition magistérielle, qui est à la fois constant et renouvelé.

– L’apport de tous les savoirs profanes avec lesquels l’Eglise souhaite se placer en situation de « dialogue cordial ». En effet, pour mieux comprendre les enjeux de la vie des hommes, l’Eglise fait appel au contenu de la sociologie, de l’économie, de l’histoire, de la philosophie, de la médecine, etc. Il est important, pour elle, de recevoir le don de ces savoirs pour mieux discerner ce qui est bon pour les hommes à la lumière de l’évangile.

Ces deux piliers associés soutiennent l’Eglise dans sa mission d’enseignement au monde.

Cet enseignement vient enrichir le magistère de l’Eglise universelle, il se diffuse vers les Eglises locales où les évêques en font la source d’enrichissement de leur propre magistère épiscopal, mais également l’actualisent, l’adaptent au concret de leur lieu et ainsi l’enrichissent.

Cette question du magistère épiscopal soulève celle du public auquel s’adresse cette DSE. Émanant de l’Eglise universelle, elle se dirige d’abord vers les communautés ecclésiales et les chrétiens répandus dans le monde, appelés  à en être les premiers missionnaires. Mais au-delà, la DSE se veut ouverte à tous les hommes capables d’y trouver l’air qui renouvellera leurs conceptions humaines dans toutes leurs composantes et ainsi les humanisera plus.

On parlait plus haut de constance et de renouvellement dans le dépôt magistériel. En effet, l’enseignement social est aussi vieux que l’Eglise, puisqu’elle s’adresse aux hommes dans le concret de leur vie. Mais le renouvellement est permanent, spécialement accentué depuis la fin du XIXe siècle, avec l’encyclique Rerum novarum de Léon XIII.

Ainsi, durant le XXe siècle, on a pu noter l’encyclique de Pie XI Quadragesimo anno, faisant en quelque sorte le bilan d’étape et soulevant les nouvelles questions quarante ans après le premier texte de Léon XIII. Non abbiamo bisogno et Mit brennender Sorge, ainsi que Divini Redemptoris, encycliques de Pie XI dirigées contre le fascisme, le nazisme et le communisme, sont également des encycliques sociales en ce qu’elles rappellent, par la voie négative de la dénonciation d’idéologies mauvaises, la réalité du message de Jésus-Christ pour le bonheur humain. Pie XII, lui, affirma son apport à la DSE par ses radios-messages, dénonçant la barbarie durant la guerre, défendant l’ouvrier et le pauvre, mais aussi un ordre international pacifié. Jean XXIII apporta également sa pierre avec Mater et magistra ainsi que Pacem in terris. Au sein des constitutions du deuxième concile du Vatican, la constitution pastorale Gaudium et spes réactualise le magistère dans les domaines de la culture, de la famille, de la vie économique et sociale. A cette constitution on pourrait rajouter dignitatis humanae avec l’énonciation du droit à la liberté religieuse, qui implique non pas le relativisme, mais la nécessité d’un choix libre et protégé pour opérer une conversion. Paul VI complète l’apport conciliaire dans le domaine économique et social avec Populorum progressio et en créant le conseil pontifical Justice et paix en 1967. Jean-Paul II a sans doute donné la plus importante contribution à l’enseignement social de l’Eglise en termes de volume, avec ses encycliques consacrées au travail, laborem exercens, du développement dans Sollicitudo rei socialis, au bilan d’étape de cent ans de DSE avec centessimus annus. Benoît XVI n’est pas en reste qui publia une remarquée encyclique sur la charité Deus caritas est, où il revenait sur les thèmes centraux du don et de la gratuité, mais également de la gouvernance mondiale ou de l’environnement.

Cet enseignement social continuera de s’enrichir. Il a éclairé presque tous les sujets à la lueur de l’évangile et en en faisant des pierres sur la route du Royaume. La valeur du travail, du profit, de l’environnement, de l’éthique familiale et morale, de la gouvernance, de la subsidiarité, de l’éducation ont été étudiés et approfondis, parmi tant d’autres thèmes.

Ils sont les outils de la mission qui s’offre aux chrétiens.

On peut retrouver tous ces textes sociaux dans ce maître ouvrage publié aux éditions Bayard : Le discours social de l’Eglise, de Léon XIII à Benoît XVI, 2009. Tous les grands textes sont réunis par thèmes et présentés. 1055 pages, 37 euros.

La prochaine fois, « la personne humaine et ses droits »…

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