Farce et espionnage

(OSS 117…)

Depuis une petite semaine, la révélation d’écoutes américaines dans les ambassades de plusieurs alliés des Etats-Unis et dans les locaux des institutions européennes à Bruxelles déclenche une succession de tempêtes médiatiques et de remous diplomatiques entre les deux rives de l’Atlantique.

François Hollande, notamment a « exigé » des explications. Il faut cependant conserver la tête froide et regarder les choses en face. De la part de notre Président de la République, comme de ses homologues européens, il y a deux raisons à ces exigences et cette colère :

– L’obligation de protester puisque les services américains ont été démasqués, dans un métier où la seule faute impardonnable est de se faire prendre.

– Une manière facile de se faire bien voir de l’électorat par des rodomontades antiaméricaines à deux sous.

Sans doute nos alliés américains sont-ils allés trop loin en plaçant des micros dans les locaux de nos ambassades ou de certaines institutions européennes. Il y a là une démesure dans le renseignement proportionnelle aux moyens que la première puissance mondiale peut y consacrer. Mais pour autant nous ferions mieux de faire profil bas nous-mêmes et de tenter d’éteindre l’incendie, plutôt que d’y rajouter de l’huile. En effet, comme l’ont rappelé timidement quelques journaux, dans l’univers du renseignement, tout le monde espionne tout le monde. Y compris entre les alliés les plus proches. On parle parfois de l’Etat d’Israël comme le plus proche et le plus fidèle ami des Etats-Unis, mais il y a des agents de renseignement américains en Israël, et un espion israélien, de son côté, croupit depuis 1987 dans les geôles américaines. Autre exemple, l’espion israélien récemment mort dans les prisons de son pays opérait en Australie…

Nous-mêmes Français, nous entretenons un réseau de renseignement tout à fait efficace. Comme l’explique fort bien le ministère de la défense lui-même, des agents de la DGSE rattachés à nos ambassades réalisent des missions de renseignement dans les pays où nous entretenons une représentation diplomatique. Outre ces actions de renseignement classique, nous participons à des opérations de contre-terrorisme, ou de contre-guérilla en Afrique, dans des Etats souverains de nos alliés, comme l’a récemment illustré l’arrestation de « touristes » français en Somalie, que la défense a bien dû reconnaître comme des agents DGSE. Et il y en a d’autres, agents DGSE, fonctionnaires étrangers, militaires présents sur place pour d’autres missions, sympathisants de la France, qui mènent des opérations de renseignement ponctuelles ou récurrentes et font affluer vers Paris notes de synthèses, dossiers photos, conversations privées, etc. Souvent c’est un travail administratif rébarbatif et délivrant des informations de peu d’importance ; parfois ce sont des missions à haut risque offrant des renseignements confidentiels de première importance, et pour toutes, tous les canaux sont bons. Ces renseignements complètent utilement ce que nous savons des pays où nous sommes présents par le canal normal du Quai d’Orsay.

Il n’y a pas à rougir de ces activités qui contribuent à la défense des intérêts de la France et souvent à la paix du monde. C’est grâce à elles, entre autres, que nous avons pu déjouer nombre de projets d’attentats sur notre sol. C’est grâce à la collaboration entre les divers services de renseignements de nos alliés que nous avons pu si souvent déjouer des attaques, des attentats, des menaces diverses contre nous, nos intérêts à l’étranger, ou ceux de nos amis.

En effet, c’est une autre bizarrerie de ce monde de l’espionnage, si les Etats s’espionnent entre eux, les services de renseignements des pays alliés collaborent également entre eux. La seule règle est de ne jamais se faire prendre. Et parfois, les coups les plus durs viennent de l’intérieur. Le film Le professionnel, avec Jean-Paul Belmondo, illustre de façon un peu rocambolesque des histoires tout à fait véridiques d’officiers français du Service action, envoyés en Afrique ou ailleurs accomplir des missions de barbouzes et finalement abandonnés à leur sort par le Quai d’Orsay ou la Défense elle-même, car leur mission devenait trop risquée ou tournait mal. L’échec du Rainbow warrior en est un exemple. Il arrive également que des personnes extérieures à nos services agissent avec notre soutien, quitte à déraper et être dans ce cas neutralisées par la France elle-même qui a cependant déclenchée la tempête. Le défunt Bob Denard aux Comores en était un bon exemple. La France ne reconnaîtra jamais la véracité de son témoignage impliquant nos services. Mais le simple bon sens milite en sa faveur. Comment un homme seul peut-il mener une opération militaire d’envergure avec des mercenaires, du matériel moderne et s’emparer d’un Etat, aussi faible soit-il ? D’où vient l’argent ? D’où vient la logistique ?…

L’arrivée au pouvoir et le départ précipité avec une exfiltration réussie de plusieurs chefs d’Etat africains sont également à mettre à l’actif de nos services de renseignement. L’empereur Bokassa aurait-il pu arriver au pouvoir sans la France ? Aurait-il pu tomber sans la France ? Nous nous plaignons des pratiques américaines, mais nous-mêmes, pour la sauvegarde de nos intérêts, que faisons-nous ?

On pourrait continuer la liste d’affaires désormais anciennes et donc racontables des grandeurs et misères de nos services de renseignements.

Comme nous l’écrivions, il n’y a pas à rougir. Mais lorsque l’on prend le temps de se pencher sur ces affaires, pourtant désormais toutes publiques, on considère désormais la situation des renseignements américains comme un lamentable échec ponctuel, et la réaction de M. Hollande comme une farce surdimensionnée mais de circonstance.

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