Miséricorde et radicalité

(Jésus chassant les marchands du Temple, Jacob Jordaens, 1593-1678)

Lorsque les Hébreux de l’Ancien testament désobéissent gravement à Dieu la terre s’ouvre sous leurs pas, l’ennemi s’empare de leurs villes et réduit leurs enfants en esclavage, une maladie frappe le premier homme de chaque famille, etc. C’est, pour ainsi dire, la pédagogie de Dieu. La parole de Dieu est éternelle, mais elle a été donnée aux hommes dans un temps et un lieu donné. Il y a donc des contingences que Dieu a accepté, par souci de laisser la créature progresser à son rythme. Parce que les Hébreux n’étaient pas en mesure de comprendre un autre langage, ils ont continué de subir une loi juste mais dure. La miséricorde n’était pas absente de cette loi, on l’a vu dans notre troisième article sur la DSE avec l’année sabbatique et l’année jubilaire. Mais cette gratuité miséricordieuse venait s’insérer dans un code juridique aux allures de l’implacabilité. Cela était bon, cela était la volonté de Dieu, mais il faut bien le dire, cela était ! Cela n’est plus. 

Avec l’incarnation de Jésus Christ, l’histoire sainte prend un tournant, et Dieu considère que la création a désormais reçu assez de sa parole et de son enseignement pour être mure au règne de la miséricorde.

C’est la première partie de l’évangile du jour (St Luc IX 51-62), où Jésus laisse en paix la ville samaritaine qui le rejette. Il aurait pu accéder à la demande des apôtres nourris de récits vétéro-testamentaires et détruire la ville par le feu du ciel, à l’image de Sodome qui avait rejeté Dieu ou de Jéricho qui ne voulait pas s’ouvrir aux Hébreux. Mais Jésus Christ n’en fait rien et ainsi laisse à la ville le temps de connaître le sacrifice de la Croix, de peut-être recevoir de nouveau les apôtres. En somme, Jésus Christ, faisant entrer la création dans le règne de la miséricorde, laisse à chacun des hommes de cette ville le temps de la conversion personnelle, avant l’heure de leur mort initialement prévue.

Hélas ! Bien trop d’hommes, aujourd’hui, interprètent cette miséricorde comme le « laisser passer, laisser faire » qui donnerait le droit de tout tenter, avec l’assurance que « nous irons tous au paradis » comme le chantait Polnareff. En somme, chez ces gens-là, bon s’écrit avec un « c »…

La miséricorde n’est pas de la mollesse. Choisir de laisser le temps à la création, par l’effet d’une infinie bonté, demande l’infinie patience d’un Dieu. Elle n’exclut pas cependant l’exigence de radicalité des choix. Dieu laisse aux hommes le temps de choisir, mais le choix doit être réel et sans retour. C’est l’exigence de franchise qui est prônée désormais, d’un « oui » qui soit « oui », d’un « non » qui soit « non », le refus de la tiédeur vouée aux enfers comme le rappelle l’Apocalypse.

Les livres du Pentateuque montrent la croissance d’un peuple enfant qui est puni par la force, mais peut sans cesse revenir à son père et être pardonné.  Jésus Christ ne s’adresse plus à des enfants, mais à des adultes. Lorsque trois Hébreux veulent le suivre, il exige un don intégral. Le premier le suivra sans discuter, mais Jésus le prévient, « le Fils de l’homme n’a pas même d’endroit où reposer sa tête. En somme il faudra accepter de mener une vie de dénuement pour annoncer le royaume de Dieu à tous. Le second veut le suivre mais demande le droit d’enterrer son père qui vient de mourir. Quoi de plus humain ? Mais Jésus Christ n’attend pas. « Beau sire Dieu premier servi » comme disait Jeanne d’Arc. Alors, que le père soit enterré par ceux qui  ne se consacrent pas au royaume, et lui, le futur disciple, qu’il suive Jésus Christ dans un don absolu, une renonciation totale aux biens du monde, en vue de l’action missionnaire. Le troisième voulait au moins dire au revoir aux gens de sa maison, mais il lui est répondu que ceux qui regardent en arrière lorsqu’ils ont pris une décision aussi radicale que le service de Dieu, ne sont pas fait pour le royaume. En somme, pour servir, il faut s’avoir abandonner les biens de ce monde et s’abandonner à Dieu comme à celui qui pourvoira à notre survie.

Cette exigence divine était déjà perceptible dans les temps prophétiques, où Elie exigeait d’Elysée la même spontanéité, sous peine, dans le cas contraire, d’être jugé indigne de la mission.

Aujourd’hui, à partir du dimanche 30 juin et pendant une quinzaine de jours, un peu plus de 130 jeunes Français, dont 96 pour les diocèses et une petite quarantaine pour les communautés, vont recevoir la prêtrise. Ils ont fait, pour suivre le Christ et annoncer aux hommes le royaume de Dieu, un choix de radicalité équivalent à celui de l’évangile. Pour nous offrir la miséricorde divine au  travers des sacrements, ils ont fait le don de leur vie tout entière.

Pour suivre Jésus Christ comme prêtres, ils ont abandonné le bénéfice d’études, de diplômes, de métiers parfois brillants, de positions sociales héritées de leurs familles ou acquises par leurs efforts, ils ont abandonné le droit de fonder une famille charnelle pour se consacrer exclusivement à Dieu et à son peuple, sans compromis personnels, sans demi-mesure. Ils ont accepté de se couler dans l’Eglise en faisant vœu d’obéissance à leur évêque ou à leur supérieur de communauté, qui représentent pour eux une nouvelle paternité. Ils ont renoncé à toutes les œuvres et les pompes de ce monde au nom du Ciel !

La miséricorde, pour être proclamée, semble exiger cette radicalité. L’étendue des nécessiteux de la miséricorde est telle que nous manquons cruellement d’ouvriers radicaux de la moisson de Dieu. Accompagnons ces cent trente jeunes lévites, non pas seulement par nos prières, mais par notre soutien actif, militant et matériel. Militant vient de miles, il veut dire soldat. A la suite de ceux qui ont tout donné, soyons, selon nos talents et à notre mesure, des soldats.

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